Point mort dans les négociations
sur le temps de travail en Europe
Parviendrons-nous un jour à nous entendre sur le droit
du travail au niveau européen ? Sans faire preuve d'un scepticisme
exacerbé, force est d'admettre que les divergences entre Etats
membres sont fortes en la matière et empêchent bon nombre
de projets de textes d'aboutir. Tel est le cas de la durée
maximale du travail. Le point sur l'avancement des négociations.
Réviser la directive européenne relative au temps de travail,
une mission impossible ? L'histoire de la directive débute
en 1993. Dès l'origine, elle prévoit une durée maximale de
travail hebdomadaire en Europe, calculée sur une période de
4 mois, de 48 heures, heures supplémentaires comprises. Pour
autant, le principe ne valant pas sans exception, il est donné
la possibilité pour un Etat de dépasser cette limite si les
travailleurs, consultés individuellement, donnent leur accord.
C'est ainsi que dès l'origine, la Grande-Bretagne choisit
de recourir à cette clause de renonciation, dite clause d'opt-out,
d'autres pays en faisant également usage dans certains secteurs.
Pour essentielle qu'elle soit, la directive de 1993 occultait
certains secteurs. La directive du 22 juin 2000 a donc étendu
certaines règles aux activités de transports, de mer et des
médecins en formation, notamment concernant les périodes de
repos, de temps de pause, d'heures de travail, de congés payés
et de travail de nuit. Particularité de ce texte, il a rajouté
le terme "repos suffisant", terme loin d'être juridiquement
anodin.
C'est dans un but de clarification que cet ensemble normatif
a été repris et recodifié dans la directive du 4 novembre
2003.
Pourquoi cette directive, partie essentielle de l'architecture
sociale de l'Europe, est-elle alors sujette à modification
?
Depuis Septembre 2004, la Commission européenne a entrepris
de modifier cette directive - à la suite de la renonciation
des partenaires sociaux européens - en vertu de trois paramètres
: la période de référence pour le calcul de la durée maximale,
la clause d'opt-out et enfin, la clarification de la notion
de "temps de garde", à la suite de trois décisions de la CJCE
(affaires dites SIMAP, Jaeger et Pfeiffer).
En outre, en 1993, il était convenu que, sous dix ans, la
Commission proposerait au Conseil de réexaminer les dispositions
de la directive. Elle a donc, en toute logique, initié un
projet de réforme.
Aussitôt proposés, les éléments de modifications se heurtent
alors à de fortes oppositions, d'une part, d'États membres,
le Royaume-Uni tout particulièrement, s'agissant en particulier
de la clause de renonciation, d'autre part, des partenaires
sociaux européens. Les syndicats (CES) s'opposant à toute
refonte des règles de la durée maximale du travail qui se
traduirait par un allongement, les organisations patronales
(UNICE et UEAPME) appuyant au contraire toute disposition
autorisant plus de flexibilité.
Au-delà de ces conflits habituels entre syndicats de salariés
et patronaux, c'est entre les Etats-membres que la négociation
va s'avérer la plus ardue puisqu'ils n'ont pas la même conception
des relations de travail et donc, pas la même réglementation.
S'en suivent alors diverses étapes depuis 2004, notamment
un avis du Parlement Européen en première lecture, le 11 mai
2005, favorable sous réserve de différents amendements. Les
députés de Bruxelles réclament notamment la suppression de
l'opt-out individuel dans les trois ans qui suivent l'adoption
de la directive, l'extension à 12 mois de la durée moyenne
maximale du temps de travail hebdomadaire et la nécessité
de considérer comme temps de travail la période de garde "y
compris la période inactive".
Le 31 mai 2005, la commission accepte de modifier sa proposition
de directive, tout en assouplissant les points sensibles.
En effet, sur l'opt-out, les Etats pourront proroger le délai
à l'issue duquel la clause disparaît, et la période inactive
du temps de garde reste en dehors du temps de travail. Le
feuilleton ne s'arrête pas là puisque le 8 décembre 2005,
le Conseil échoue dans l'adoption d'une position commune,
"en raison des différences qui existent sur le marché de l'emploi
des Etats-membres et de la complexité des nouvelles dispositions".
Enfin, c'est le 2 juin dernier qu'en dépit d'une réflexion
de quelques mois, la question de l'opt-out s'est encore révélée
le "point de rupture" de la réunion du Conseil, la présidence
autrichienne allant jusqu'à souligner "les divisions (...)
de plus en plus marquées entre les deux camps".
Avant de réfléchir sereinement à son élargissement, l'Europe
devra sans doute penser d'abord à se mettre d'accord sur une
politique commune en matière sociale.
Point procédural
En matière de temps de travail, ce n'est qu'après consultation
des partenaires sociaux, conformément à l'article 138 du traité
(qui peuvent refuser de négocier) que le recours à une directive
modificatrice peut être choisi. Ainsi, en l'occurrence, une
fois adoptée par les institutions de l'Union européenne, la
directive sur le temps de travail devra être transformée en
loi nationale dans les vingt-cinq États membres, qui auront
deux ans pour le faire. Ce n'est qu'au terme de ces deux années,
qu'elle sera applicable aux travailleurs européens.
Petit retour en arrière...
En Europe, lors de la période d'industrialisation, les journées
de travail atteignaient parfois seize heures. Le passage de
seize à dix heures s'est opéré progressivement. Au début de
la première guerre mondiale, la journée de travail de dix
heures était pour ainsi dire la "référence". Puis fut adoptée
la journée de huit heures, adoption impulsée et accélérée
par les organisations de travailleurs au niveau national.
L'Union européenne a reconnu ces principes depuis sa fondation.
La Charte sociale européenne de 1961 oblige les parties contractantes
à fixer une durée raisonnable au travail journalier et hebdomadaire,
la semaine de travail devant être progressivement réduite.
Pendant longtemps, le droit communautaire n'est intervenu
sur la question du temps de travail que par des recommandations.
Par la suite, sont apparues des réglementations sectorielles
via les politiques communes.
La Charte communautaire des droits sociaux des travailleurs
de 1989 contient également des dispositions intéressantes.
Elle énonce en effet le droit à des conditions de travail
justes et équitables ainsi que le droit à la protection de
la santé (article 31), évoquant sa dignité, son droit à une
limitation de la durée maximale du travail, à des périodes
de repos journalier et hebdomadaire, ainsi qu'à une période
annuelle de congés payés.
Laure Miller
Agenda européen
Octobre
Parlement européen :
- Vote en deuxième lecture sur le programme REACH (enregistrement,
évaluation et autorisation des produits chimiques)
- Adoption du plan d'action pour l'efficacité énergétique
Commission/
- Communication sur la viabilité à long terme des finances
publiques de l'UE
- Communication sur les changements démographiques de l'Europe
- Communication sur la stratégie à mettre en oeuvre en matière
de politique extérieure pour atteindre les objectifs de Lisbonne
Banque centrale européenne
- Rapport annuel de la Banque Centrale Européenne par M. TRICHET
Novembre
Parlement européen :
- Vote en deuxième lecture sur la Directive "Services" (Rapport
GEBHARDT)
- Examen du Rapport BACHELOT sur le Fond d'ajustement à la
Mondialisation Commission
- Rapport sur la stratégie d'élargissement de l'Union concernant
la Turquie, l'ancienne république yougoslave de Macédoine,
l'Albanie, la Bosnie Herzégovine, le Monténégro et le Kosovo
- Première évaluation de la politique européenne de voisinage
Conseil
- Adoption officielle des perspectives financières 2007-2013
Décembre
Parlement européen :
- Désignation du Prix SAKHAROV 2006 (Droits de l'Homme).
- Examen du Rapport d'initiative (MORGAN) sur le Livre vert
sur l'Energie
- Examen du Rapport WEBER sur le retour des migrants illégaux.
Commission
- Livre vert sur la stratégie européenne en matière de nutrition
et d'activité physique Conseil
- Décision sur le troisième paquet maritime et sur Galileo
- Evaluation des réformes nationales en vues de la mise en
oeuvre de la stratégie de Lisbonne Conseil européen
- Rapport de la Commission sur la capacité d'absorption de
l'UE
- Réflexion sur la manière de réintégrer l'Afrique sur la
voie du développement durable et de mettre en oeuvre les objectifs
du millénaire.