La présidence finlandaise
La Revue Parlementaire est associée à son homologue européen
: The Parliament Magazine pour une analyse de l'actualité européenne.
Par Peggy Corlin, journaliste
Dix ans après son entrée dans l'Union européenne, la Finlande
s'apprête à en prendre la présidence pour la seconde fois. Le
gouvernement de Matti Vanhanen ne connaîtra pourtant pas l'enthousiasme
qui fut celui de la coalition " arc-en-ciel " sociale démocrate
en 1999, quand le pays occupait pour la première fois le devant
de la scène européenne. En 2006, les Finlandais pourraient substituer
à la devise de l'époque " conduire l'Europe jusqu'au nouveau
millénaire " un slogan du type " conduire l'UE à la présidence
allemande ", tant l'objectif affiché est celui de la transition.
Limitée dans son champ d'action par la paralysie du projet constitutionnel,
la présidence finlandaise s'en tiendra à la gestion des affaires
courantes, avec la transparence en ersatz du projet politique
européen. Nul ne sera surpris de lire que le pays le plus compétitif
d'Europe mentionne la stratégie de Lisbonne au rang de ses priorités.
Espérons que les Finlandais donnent à leurs partenaires le secret
de la recette miracle de flex-sécurité. Il y a davantage à attendre
sur le front des relations extérieures dans un pays où la sécurité
a constitué l'un des principaux motifs d'adhésion à l'Union.
Vanhanen collaborera sans peine avec son homologue finlandais,
le commissaire à l'élargissement Olli Rehn, pour clôturer les
candidatures de la Roumanie et de la Bulgarie, dont les dates
d'adhésion seront fixées en octobre. La Russie est également
au coeur de l'agenda de la présidence finlandaise. Historiquement
et géographiquement liés, les deux pays se retrouveront autour
de la même table cet automne, lors du sommet UE-Russie, pour
discuter, notamment, des questions énergétiques et de la signature
par Moscou de la charte de l'énergie. Mais, les Finlandais s'en
cachent à peine, c'est surtout une présidence " profil bas "
qui débutera le 1er juillet 2006. Certes, ils ont pour mission
de faire vivre la réflexion autour de la question constitutionnelle.
Les véritables décisions n'en resteront pas moins de l'apanage
des Allemands en 2007, comme convenu lors du dernier sommet
européen. Le libéral démocrate Vanhanen peut ainsi souffler
car, à moins d'un an des prochaines échéances électorales de
son pays, la présidence de l'UE constitue un test pour l'action
de son gouvernement. Tout un symbole, le Parlement finlandais
procèdera à la ratification du traité constitutionnel en novembre.
La présidence espère encourager le processus de ratification
en montrant l'exemple. Rien de plus n'est à prévoir sur le volet
constitutionnel tant que l'UE est en mode " réflexion ". La
transparence doit donc marquer l'Europe des projets concrets
que les 25 appellent sans cesse de leurs voeux. " C'est un domaine-clef
de la présidence ", estime le député finlandais conservateur
Alexander Stubb, " il n'existe à ce jour que trois corps législatifs
encore fermés au public : à Pyongyang, en Corée du Nord, à la
Havane et à Bruxelles au conseil, la Finlande doit la jouer
à la Full Monty ". Nu, telle est l'ambition finlandaise pour
le conseil de l'Union. Tempori servire… En attendant, Helsinki
n'a pas perdu de son humour puisque le site de la présidence
reprendra la pratique saugrenue lancée en 1999 consistant à
diffuser régulièrement des bulletins d'information en latin.