Le Sommet de Bucarest pour la Francophonie
et l'intégration à l'Union européenne sont liés - Par Christian
Preda
Du 28 au 29 septembre, la Roumanie accueillera le XIème
Sommet de la Francophonie sur le thème des " technologies de
l'information dans l'éducation ". L'occasion de fêter le vingtième
anniversaire des Sommets de la Francophonie. Depuis la première
édition qui s'était tenue à Paris en 1986 à celle de Bucarest,
dix sommets de la Francophonie se sont déroulés dans 8 pays
différents. Pour la première fois, depuis Paris, cette onzième
édition se tiendra en Europe. Un symbole fort pour la Roumanie
qui connaît quelques difficultés dans son adhésion à l'UE. En
mai dernier, la Commission a en effet jugé que pour être prêts
d'ici à la fin de l'année, Sofia et Bucarest devront faire des
progrès dans plusieurs domaines, notamment en matière judiciaire,
de sécurité alimentaire et de gestion des fonds européens. "La
Commission fera un rapport sur les progrès que feront la Bulgarie
et la Roumanie pour résoudre les problèmes restants au plus
tard début octobre. Sur cette base, la Commission étudiera si
la date de leur adhésion à l'UE au 1er janvier 2007 peut être
maintenue" soulignait le rapport de la Commission. La Bulgarie
et la Roumanie ont signé en avril 2005 un traité d'adhésion
à l'UE qui prévoit leur adhésion au 1er janvier 2007 mais permet
aux 25, sur recommandation de Bruxelles, de reporter cette entrée
d'un an si les deux pays ne sont "manifestement pas prêts".
Si dans son prochain rapport, la Commission juge que les deux
pays ont fait suffisamment d'efforts pour éviter le report d'un
an, mais que certains problèmes majeurs persistent, elle pourrait
décider de recourir à des clauses de sauvegarde.
Entretien avec Christian Preda, Secrétaire d'Etat pour la Francophonie,
Ministère roumain des Affaires étrangères
Comment votre pays a-t-il été désigné pour accueillir le
XIème Sommet de la Francophonie ?
La Roumanie a exprimé son désir d'héberger un Sommet de la Francophonie
dès qu'elle a obtenu le statut de membre de plein droit de la
communauté des Etats et gouvernements ayant le français en partage,
en 1993. La candidature de la Roumanie pour l'organisation du
XIème Sommet de la Francophonie a été entérinée à Beyrouth,
en 2002 et elle a été validée en 2004 au Sommet de Ouagadougou.
En vue de la préparation de ce Sommet, nous avons organisé en
1998, la Conférence ministérielle de la Francophonie. Le Sommet
sera précédé par les réunions du Conseil permanent (25 septembre)
et de la Conférence ministérielle (26 septembre) de la Francophonie.
Ce Sommet est-il un pas supplémentaire dans le processus
d'intégration de la Roumanie à l'Union européenne ?
Il est évident que les deux événements sont liés d'une manière
tout à fait complémentaire du point de vue politique, si l'on
pense qu'après l'intégration à l'Union européenne de la Bulgarie
et de la Roumanie le nombre de pays francophones membres de
l'UE passera à 14.
La Roumanie veut mettre en valeur sa double qualité de pays
membre de l'Union européenne et de la Francophonie pour s'exprimer
en tant que voix de la Francophonie au sein de l'Union mais
aussi pour représenter la dimension européenne au sein de la
Francophonie.
Le Sommet de Bucarest est un moment de référence pour la mise
en valeur de l'élément européen de la francophonie. Aujourd'hui
21 pays européens, y compris la Roumanie, sont membres de la
Francophonie. Le fait que ce Sommet se tienne pour la première
fois en Europe, dans un pays autre que la France, prouve, à
mon avis, l'importance que cette région accorde à la Francophonie.
En 1990, un rapport sur l'état de la Francophonie dans le
monde indiquait qu'" un Roumain sur quatre connaît le français
et le pays compte 27% de francophones ". Qu'en est-il 16 ans
après ?
Bien que la pénétration de l'élément anglophone dans la vie
quotidienne se ressente de plus en plus en Roumanie comme ailleurs,
la langue française reste toujours bien représentée à tous les
âges.
Notre système d'enseignement donne aux Roumains la possibilité
d'apprendre la langue française et d'étudier en français. Les
statistiques prouvent que le français reste un élément fondamental
dans la formation culturelle des jeunes roumains aux niveaux
pré-universitaire et supérieur. Au niveau pré-universitaire,
88% des jeunes roumains apprennent le français en première ou
en seconde langue étrangère. L'enseignement bilingue est développé
dans 70 lycées bilingues franco-roumains. 14 000 professeurs
de langue française enseignent le français à presque 2 000 000
d'élèves.
Au niveau universitaire, 27 filières francophones, 10 établissements
membres titulaires et 9 établissements membres associés à l'Agence
Universitaire de la Francophonie assurent la formation en français
de presque 40 000 étudiants. Dans le domaine de la formation
doctorale, le système de diplôme en cotutelle est en pleine
expansion. Grâce aux partenariats entre universités, environ
5 000 étudiants roumains ont bénéficié des programmes d'échange
avec des étudiants de pays francophones.
Si on ajoute à cela la présence de 4 centres culturels français
à Bucarest, Cluj-Napoca, Iasi et Timisoara et le fort intérêt
du public roumain pour les manifestations organisées en marge
du Sommet de Bucarest, alors je pense qu'on a toutes les raisons
pour conclure que la langue française se porte très bien en
Roumanie.
Que peut attendre la Francophonie de ce sommet ?
Le Sommet de Bucarest est le premier Sommet qui se déroule après
l'adoption de la nouvelle Charte de la Francophonie de la Conférence
ministérielle d'Antananarivo, en novembre 2005. De ce point
de vue, la Conférence de Bucarest constitue une étape importante
dans l'évaluation des progrès réalisés dans la mise en oeuvre
des principes inclus dans la nouvelle Charte et des priorités
identifiées dans le Cadre stratégique décennal adopté lors du
dernier Sommet de Ouagadougou.
Le thème du Sommet, " Les technologies de l'information dans
l'éducation ", revêt une importance particulière aussi pour
la Roumanie que pour l'OIF. Le Sommet Mondial sur la Société
de l'Information a établi les lignes directrices d'action internationale
pour une meilleure gestion et utilisation des technologies de
l'information dans tous les domaines. La contribution de la
Francophonie en ce qui concerne la société de l'information
inclusive, une société qui soit accessible au plus grand nombre
met en évidence des points de vue et des principes que la Roumanie
valorise à son tour.
Nous considérons que la fracture numérique qui sépare aujourd'hui
encore les pays du Nord et du Sud et le fossé numérique qui
existe entre les hommes et les femmes doivent être transformés
en des opportunités de développement. Amener le sujet des technologies
de l'information en tant qu'outils de travail au service de
l'éducation à l'attention des chefs d'Etat et de gouvernement
de la Francophonie démontre toute l'importance que nous accordons
à ce sujet. La Déclaration finale du Sommet de Bucarest, document
rédigé en étroite collaboration par la partie roumaine et le
comité de réflexion mis en place par l'OIF, devra présenter
la volonté des membres du Sommet d'agir d'une manière utile
et pragmatique dans ce domaine sensible.
Il faut aussi rappeler que le Sommet de Bucarest est un sommet
électif. Tous les quatre ans, les chefs d'Etat et de gouvernement
des pays ayant le français en partage élisent le Secrétaire
général de la Francophonie.
La Francophonie est-elle compatible avec le discours de votre
président, Traian Basescu qui veut faire de l'axe Washington-Londres-Bucarest
une priorité de son action internationale ?
La Francophonie donne une importance particulière aux synergies
fondées sur la coopération accrue entre les Etats et gouvernements
ayant le français en partage. Le partage de certaines valeurs,
comme le respect de la démocratie et de l'Etat de droit, le
développement durable et le renforcement de la protection des
droits de l'Homme constituent le fondement de cette coopération.
Le partage de ces mêmes valeurs se trouve à la base de la coopération
mise en place par ce que l'on appelle l'axe Washington-Londres-Bucarest.
Nous considérons que ces thèmes méritent toute l'attention,
car ils sont la base de toute construction bilatérale et multilatérale
dans le monde d'aujourd'hui. Le fait d'avoir désigné cet axe
comme prioritaire ne signifie nullement le manque d'importance
des autres lignes de coopération et de développement international
de la Roumanie.
Depuis 1990, les priorités de la Roumanie en terme de politique
étrangère ont été l'adhésion à l'UE et à l'OTAN. Cela ne nous
a pas empêché d'intégrer la grande famille francophone, d'être
toujours impliqué dans les activités menées au sein d'autres
organismes de coopération à vocation régionale ou globale dont
nous sommes parties prenantes. Nous, les Roumains nous avons
un proverbe qui dit que l'on n'a jamais assez d'amis. Je crois
que cela est vrai aussi pour un pays. Propos recueillis par
Caroline Diebold www.sommet-francophonie.org