La table ronde organisée par la commission des affaires étrangères,
de la défense et des forces armées du Sénat que préside Serge
Vinçon (UMP-Cher) sur le thème de la dissuasion nucléaire française
a permis de faire un large tour d'horizon des moyens, de la
doctrine et des menaces. Une rencontre pertinente " à quelques
mois d'une échéance politique majeure pour la France, le futur
gouvernement issu des urnes ayant la charge de préparer une
nouvelle loi de programmation militaire " souligne Serge
Vinçon. Interrogé sur les menaces identifiables à l'horizon
de 20 à 30 ans, le général Bentegeat, chef d'Etat-major des
armées s'est montré prudent mais en a identifié trois : un chantage
ou une agression émanant d'une puissance nucléaire face auxquels
" le recours à la dissuasion reste la seule garantie suffisante
" ; ensuite, " plus vraisemblable ", la menace constituée
par un chantage ou une agression d'une puissance régionale dotée
de missiles balistiques à tête biologique ou chimique qui pourrait
être contrée par " une dissuasion nucléaire crédible " et enfin,
la menace terroriste " qui appelle des réponses multiples
mais qui ne relève pas de la dissuasion nucléaire, sauf dans
le cas de la complicité démontrée d'un Etat ". A ces trois
hypothèses, Bruno Tertrais de la FRS en voit au moins
une autre : la Russie. Selon lui, " on ne dispose pas assez
d'assurance quant à l'évolution de la Russie pour ne pas considérer
l'éventualité qu'elle puisse être un adversaire potentiel à
cette échéance ". Bruno Tertrais pense également à la Chine
mais pas seulement. " Si l'on fait preuve d'imagination,
il faut aussi prendre en compte un avenir plus ouvert et des
menaces majeures différentes de celles de la guerre froide,
et s'intéresser à des pays tels que l'Iran, mais aussi dans
des scénarios extrêmes à des puissances aujourd'hui amies qui
seraient sujettes à un nationalisme exacerbé, telles que l'Inde
ou le Japon ". Reconnaissant que des arsenaux nucléaires
considérables étaient actuellement en service et en cours de
modernisation aux Etats-Unis, en Russie, en Chine et au Royaume-Uni
et que d'autres pays tentent de se doter de l'arme nucléaire,
le général Bentegat s'étonne de la réaction de ceux " qui
considèrent que cette arme n'est plus pertinente hors du contexte
de guerre froide ". Peut être devraient-ils s'interroger
sur " l'attrait qu'elle conserve visiblement pour ces pays
" ajoute-il. Bruno Tertrais acquiesce avant de s'inscrire
en faux contre la thèse selon laquelle la prolifération est
encouragée par des puissances nucléaires qui ne se montreraient
pas suffisamment l'exemple en démantelant leurs arsenaux. Il
a rappelé que la période la plus vaste, en matière de désarmement
nucléaire, de 1987 à 1996, avait coïncidé avec la poursuite
voire l'accélération des programmes nucléaires nord-coréen,
indien, irakien, libyen ou encore pakistanais.