Justice : réforme en vue
Après six mois de travail, la commission parlementaire sur
l'affaire d'Outreau rendra public le 13 juin prochain, son
rapport portant réforme de la Justice. A quand la réforme
?
Détention provisoire excessive, présomption d'innocence
bafouée, violation du secret de l'instruction, procédures
interminables, encombrement des juridictions, la liste des
dysfonctionnements de la Justice est longue. Quant à la réforme
de la Justice la situation française est paradoxale. D'un
côté, le pouvoir politique est accusé " d'affoler la boussole
" au gré des alternances politiques selon l'expression de
Philippe Houillon, (UMP-Val d'Oise), de l'autre il
est soupçonné d'attenter au sacro-saint principe de séparation
des pouvoirs dès lors qu'il s'essaye à une réforme de fond.
Et pourtant, la Justice étant " rendue au nom du peuple français
", il est légitime que le politique s'y intéresse rappelle
le rapporteur de la commission parlementaire d'Outreau.
Après " la tragédie du cataclysme d'Outreau ", Pierre Bilger,
Avocat général près la Cour d'appel de Paris, estime qu'il
est nécessaire de " désenclaver le judiciaire du judiciaire
". La réforme devient urgente même si dans le cas d'Outreau
c'est bien une " procédure légale qui a entraîné une catastrophe
humaine " précise Pierre Bilger. Si tout le monde sait "
qu'il va falloir passer par la réforme ", reste à savoir
comment et par quels chemins ? s'interroge Philippe Manière
en introduction d'un débat organisé par l'Institut Montaigne
autour de Philippe Houillon, Pierre Bilger et Christophe
Caresche (PS-Paris), vice-président de cette même commission
d'enquête parlementaire. Si le sujet aura du mal à s'imposer
dans le débat présidentiel, car il " manque une réelle
prise en charge politique de la question " regrette Christophe
Caresche, il suscite un grand intérêt de la part des justiciables
à en voir et entendre le brouhaha de l'assistance. Aujourd'hui
la crise de confiance est grande : 57% des Français ne faisaient
pas confiance à la Justice avant l'affaire d'Outreau, ils
sont aujourd'hui 65% à ne plus faire confiance à ce service
public.
Véritable serpent de mer, la réforme de la Justice avait fait
l'objet en septembre 2004, d'un " petit livre vert
" publié par le think tank de Claude Bébéar et passé quasi
inaperçu à l'époque. Entre autres propositions, ce travail
proposait de repousser l'âge maximal d'entrée à l'Ecole nationale
de la magistrature de 27 à 40 ans, d'assurer une formation
continue des magistrats dans le cadre d'un Institut des Hautes
Études Juridiques et Judiciaires réformé ou encore de simplifier
l'architecture judiciaire en unifiant les nombreuses juridictions
existantes.
S'il faudra attendre le 13 juin prochain pour connaître le
contenu du rapport issu des travaux de la commission d'enquête
parlementaire sur l'affaire d'Outreau, déjà certaines pistes
de réformes semblent émerger.
Promettant des mesures " décoiffantes " sur la question
de la détention provisoire, le rapporteur de la commission
Outreau est également favorable à une " oxygénation de
la formation des magistrats ".
La question cardinale reste que " la fonction de juger ne
supporte pas la médiocrité ", rappelle Phillipe Houillon avant
d'insister sur la principale vertu de la commission d'enquête
qui " aura permis aux Français de s'approprier leur Justice
".