"L'Etat ne peut pas rester inactif"
Entretien avec Jean-Michel Roulet, Président de la
Miviludes
Dix ans après la tragédie de l'ordre du Temple solaire, la
menace sectaire est-elle toujours aussi importante ?
En dix ans, et en dépit d'une action continue de l'État pour
prévenir le risque sectaire, le phénomène ne s'est nullement
ralenti. Les grandes organisations et les individus, isolés
ou constitués en réseaux ont investi de nouveaux secteurs
comme la santé, le soutien scolaire, l'aide humanitaire ou
la formation professionnelle. Certes, il n'y a pas eu de drame
spectaculaire entraînant des dizaines de morts, comme l'OTS,
mais que ce soit sous l'influence de gourous ordonnant le
refus des soins traditionnels ou le recours à des méthodes
d'alimentation aberrantes, que ce soit sous l'emprise de théories
destructives ou suicidaires, les victimes se comptent par
centaines et l'État ne peut pas rester inactif.
La liste parlementaire des sectes établie en 1995 est-elle
toujours valable ?
La liste parlementaire incluse dans le rapport de la Commission
Gest- Guyard de 1995 a maintenant plus de dix ans. Elle constituait
une photographie du paysage sectaire à l'époque, mais elle
n'est plus d'actualité. Plusieurs organisations ont changé
de nom, de siège social, certaines ont disparu ou se sont
auto dissoutes, mais d'autres nombreuses sont apparues. Il
n'est donc plus pertinent de s'y référer aujourd'hui, mais
la Miviludes et les Associations de défense des familles,
par leur action permanente de vigilance et de recueil d'informations,
sont en mesure de renseigner les personnes qui le souhaitent
sur les risques réels et actuels.
L'arsenal législatif est-il suffisant selon vous pour
lutter contre les dérives sectaires ?
La majeure partie des dérives sectaires se traduit par des
délits de droit commun, abus de confiance, escroquerie, violences,
viols, exercice illégal de la médecine, infractions à la législation
du travail ou à la législation fiscale etc… La différence
majeure réside dans le fait que la victime a d'abord été placée
sous emprise et que tant que les faits ne sont pas dénoncés,
la justice va probablement en ignorer l'existence. La Loi
About-Picard (2001), en complétant la définition juridique
de l'abus frauduleux de faiblesse mentale, permet de renforcer
la lutte contre les infractions de nature sectaire.
Il reste aujourd'hui que les délais de prescription des délits
" classiques " énumérés ci-dessus sont souvent trop courts,
les victimes ne témoignant qu'après avoir pu se reconstruire
sur un plan psychologique. Quand elles saisissent la Justice,
les faits sont prescrits.