"Et si l'Europe était une marque ?". Cette question
provocatrice fait l'objet du dernier ouvrage détonnant de
Geoges Lewi. Chaussant ses lunettes de spécialiste des marques,
ce professeur à la Sorbonne et HEC, passe l'Union européenne
au crible de la notion commerciale de marque, définie comme
un " repère mental sur un marché ". Si la construction européenne
a d'abord été celle d'un grand marché unique, l'idée d'Europe
s'est imposée dans les esprits des " conso-citoyens
" européens grâce à des produits phares tel que le programme
Erasmus, la PAC ou encore l'Euro, des produits aimés, adoptés
voire rejetés. Mais aujourd'hui, l'Union européenne ne fait
plus rêver constate Georges Lewi. L'Europe a du mal à passer
le cap de la cinquantaine, un cycle de vie critique pour toute
grande marque. Souffrant " d'un vrai déficit de proximité
et de simplicité ", l'Union doit donc " réinventer son
projet de vivre-ensemble ". En effet, la troisième génération
d'européens est loin de se sentir concernée par le projet
de ses aïeux dont le noyau dur reste la construction de la
paix entre les ennemis d'hier.
" L'Europe est bien une marque car elle s'inscrit dans
un système de représentations mentales plutôt pratiques mais
surtout elle s'est développée comme une enveloppe, un suremballage
au-dessus des Etats " conclut l'auteur avant de formuler
" trois voeux concrets " lors de la présentation de son ouvrage
à la presse. Que chaque européen ait un " passeport européen
", qu'il " puisse aller le chercher à la maison de l'Europe
" et que l'Union aide chaque européen à apprendre l'Anglais.
Selon Jean-Marie Cavada, député européen et auteur de la préface
de cet ouvrage, le problème de l'Europe aujourd'hui réside
dans son manque de " connaissance et d'appropriation ". Et
si finalement l'Europe était un produit de luxe ?
" L'Union européenne n'a hélas pas encore acquis, partout
et pour tous, la dimension de besoin fondamental ". L'Europe,
bonne ou mauvaise marque ? La question n'est pas tranchée
une certitude demeure : " les meilleurs marques mondiales
sont souvent européennes " rappelle avec ironie l'ancien
journaliste.