Lobbying, l'Europe s'interroge
Par Dominique Brière La Commission européenne a rendu public
un Livre vert sur une initiative européenne en matière de
transparence. En ligne de mire : le lobbying.
Comment mieux promouvoir la transparence dans les relations
entre les institutions de l'UE et les lobbyistes ? Tel est
le thème de réflexion du Livre vert édité par la commission
européenne. En filigrane, l'idée que " le public a le droit
de savoir " et qu'une plus grande transparence des affaires
européennes renforcera la légitimité des Institutions. La
consultation publique qui s'ensuit et qui a commencé le 3
mai marque le lancement d'un débat sur le lobbying, sur l'instauration
de l'obligation légale pour les États membres de publier les
informations relatives aux bénéficiaires des fonds à gestion
partagée, ainsi que sur les pratiques de la Commission en
matière de consultation.
Si la Commission considère que le lobbying fait légitimement
partie du système démocratique, " certaines règles n'en doivent
pas moins s'appliquer lorsque les groupes de pression cherchent
à contribuer à l'élaboration des politiques de l'UE " explique-t-elle.
" Le lobbying est parfaitement légitime. Mais, à mesure
que ce phénomène croît, nous devons veiller à ce que l'on
sache clairement qui les lobbyistes représentent, quelle est
la nature de leur mission et quel est leur mode de financement
" complète le vice-président et commissaire en charge
de l'administration et de la lutte antifraude, Siim Kallas.
Cette initiative répond à nombre de préoccupations qui ont
été exprimées sur certaines pratiques de lobbying considérées
comme allant au-delà de la représentation légitime des intérêts.
A titre d'exemples, la Commission évoque le cas " d'informations
faussées sur les éventuelles incidences économiques, sociales
ou environnementales de propositions législatives " ou
encore des campagnes de communication de grande ampleur pour
ou contre une cause donnée, et d'éventuels conflits d'intérêts
lorsque des organisations dépendant d'un soutien financier
accordé par le budget de l'UE défendent certaines options.
Un code de déontologie
Pour tenter, sinon de contrôler du moins d'assurer une plus
grande transparence dans la nébuleuse " Lobbying ", la Commission
souhaite l'instauration " d'un système d'enregistrement
volontaire, géré par elle-même et incitant clairement les
lobbyistes à se faire enregistrer ". La Commission envisage
la création d'un code de déontologie commun à l'ensemble des
lobbyistes, ou du moins des règles minimales communes, à élaborer
par le corps des lobbyistes luimême mais également un système
de suivi et de sanctions à appliquer en cas d'enregistrement
inexact et/ou de violation du code de déontologie. Pour cela,
il sera nécessaire de créer un nouvel organe de surveillance
extérieur, ouvert et multilatéral pour contrôler le respect
du code. Enfin, la Commission européenne souhaite améliorer
l'information sur l'utilisation des fonds européens, notamment
en expliquant ce que l'Europe fait et pourquoi son rôle est
important. Autant de mesures qui ont suscité des réactions
contrastées à Bruxelles. Les cabinets de lobbying ont plaidé
leur cause, acceptant d'être mieux encadrés tout en évitant
toute législation contraignante. A l'inverse, d'autres mouvements
regrettent une timidité certaine de la Commission et dénoncent
l'influence excessive des lobbyistes d'entreprise sur les
institutions européennes.
Siim Kallas espère, quant à lui " que tous ceux qui s'intéressent
à l'UE se pencheront sur les questions posées dans ce Livre
vert et nous feront part de leur opinion d'ici la fin du mois
d'août ". Un riche débat en perspective. Pour de plus
amples informations sur l'initiative européenne en matière
de transparence : http://europa.eu.int/comm/commission_barroso/kallas/transparency_fr.htm