Patriotisme économique, en quête
de définition
Le patriotisme économique suscite toujours des controverses
et un débat d'idées autour de cette notion.
Patriotisme économique, le mot s'il est remis sur le devant
de la scène avec l'actualité du moment (OPA de Mittal contre
Arcelor, Enel/Suez…) n'en demeure pas moins sujet à caution.
Autour de cette notion de nombreuses questions se posent :
Jusqu'où peut-on aller pour défendre ses entreprises sans
être taxé de protectionnisme, l'OPA est-elle l'avenir de l'emploi,
doit-on laisser faire le marché sans intervenir ? Autant de
questions auxquelles ont tenté de répondre les invités de
l'IRIS lors de ses 11èmes conférences stratégiques annuelles*.
" Le patriotisme appliqué à l'économie, c'est beau, mobilisateur
voire même pacificateur ". Bernard Carayon (UMP-Tarn)
croit fermement à cette notion, dont il se présente comme
l'inventeur. " Nous ne devons pas nourrir de complexes
lorsque l'on parle de patriotisme économique " ajoute
le parlementaire. " En Europe, ces dernières années, tous
nos partenaires européens ont multiplié les outils de protection
de leurs entreprises sensibles. Il n'y a que la France pour
poursuivre sa réflexion sur le sujet " regrette Bernard
Carayon. Pourtant en désaccord avec le député du Tarn, Philippe
Manière, directeur général de l'Institut Montaigne reconnaît
tout de même que " la thématique est intelligente et que
la rhétorique est porteuse ". " Si la France décline, recule,
soyons donc patriotes et tout ira mieux " souligne-t-il
ironiquement avant de dénoncer " un patriotisme défensif
et hystérique ". Pour le directeur de l'Institut Montaigne,
" le vrai patriotisme, économique, c'est de faire en sorte
que tous les Français soient actionnaires des entreprises
". De son côté, le président de la Commission des Finances
à l'Assemblée Pierre Méhaignerie (UMP-Ille-et-Vilaine)
juge le terme " porteur de confusion sur le nationalisme,
le protectionnisme ; porteur de représailles et qui engendre
la méfiance de nos voisins européens ". Comprenant le
mot, il estime cependant nécessaire de la manier avec prudence.
Criant plus fort que les autres, Arnaud Montebourg
(PS-Saône-et-Loire) pense que parler de patriotisme économique,
" c'est parler du rapport entre l'action publique, la politique
et le marché ". Existe-t-il encore une possibilité que
le politique puisse agir sur l'économique s'interroge-t-il
regrettant dans le même temps que l'on ait, depuis les années
80, " dépolitisé les choix économiques du pays ". " Arrêtons
de nous flageller ! " s'emporte Bernard Carayon. "
Il n'y a que la France pour se poser ce genre de questions
existentielles ". Philippe Manière s'étonne lui que l'on
puisse avoir cette discussion " Il n'y a que les pays qui
ont peur qui débattent de ce sujet ". Le débat a encore
de beaux jours devant lui.
*Institut de Relations Internationales et Stratégiques
- " La place de la France dans le monde " - 11èmes conférences
stratégiques annuelles - 9-10 mai 2006
en bref
PME
Renaud Dutreil, Ministre des PME, du Commerce, de l'Artisanat
et des Professions Libérales, a récemment mis à l'honneur
les 2000 PME les plus dynamiques de l'économie française surnommées
" les gazelles ". Elles ont été identifiées parmi l'ensemble
des entreprises françaises comptant 5 à 250 salariés sur la
base de la croissance exceptionnellement rapide de leur chiffre
d'affaire. En moyenne leur CA a été multiplié par trois, ces
deux dernières années et elles ont créé plus de 30 000 emplois
à elles seules.
Lecture Bernard Carayon vient de publier : " Patriotisme économique
" - De la guerre à la paix économique (Editions du Rocher).
Banque de France
Jean Arthuis, président de la commission des finances au Sénat
a déposé en mai dernier une proposition de loi de réforme
de la Banque de France supprimant le Conseil de la politique
monétaire (CPM) créé en 1994. Le sénateur espère voir sa proposition
"venir en discussion au mois de juin".
Tremplin entreprises, dont la 8ème édition se tiendra
au Sénat le 5 et 6 juillet 2006 aura pour thème : " Quelles
actions les entreprises du CAC 40 peuvent- elles mettre en
oeuvre pour encourager l'innovation et l'esprit d'entreprendre
en France ? ". Christian Poncelet, Président du Sénat,
souhaite que soient formulées des propositions visant à inciter
les grandes entreprises à développer l'innovation et l'esprit
d'entreprendre en France.