Faut-il ou non réformer les institutions
?
Par Nathalie Kosciusko-Morizet, députée de l'Essonne
Les institutions ne font pas toute notre société. Elles en
dessinent l'architecture démocratique. Par nature perfectibles,
mais trop souvent désignées comme la cause de tous nos maux,
nos institutions méritent bien sûr mieux que l'imprécation
de leur simple abrogation. La démagogie des chantres du grand
soir est trop évidente pour ne pas nous indiquer le mauvais
chemin. Les institutions de la Vème République ont fait leurs
preuves : adaptation, flexibilité, fermeté. Cela n'empêche
pas de revisiter leurs fondements. Cette méthode doit soutenir
une réflexion sans a priori, et nourrir un débat permanent.
Une solidité exemplaire de nos institutions…
Soyons reconnaissants. La Vème République a tout d'abord rompu
avec la tradition précédente, celle de la IVème, d'instabilité
chronique des gouvernements. Rapidement mises à l'épreuve,
nos institutions ont permis de surmonter la crise algérienne.
De même, le régime a survécu à Mai 68, permettant après le
dénouement politique de la crise une régulation institutionnelle
par la dissolution de l'Assemblée nationale. En 1981, François
Mitterrand a non seulement confirmé cette continuité institutionnelle
alors même qu'il l'avait combattue dans Le Coup d'Etat permanent,
mais l'a renforcé par sa pratique…
Nos institutions ont également su s'adapter au droit communautaire.
Notre Constitution a fait acte de solennité en adossant, par
exemple, la Charte de l'environnement en 2004. Elle a ainsi
élevé les préoccupations environnementales au plus haut degré
de notre édifice juridique, s'inscrivant ainsi en résonance
des préoccupations de notre époque.
... alors même qu'elles apparaissent affaiblies...
Efficaces et légitimes, nos institutions apparaissent pourtant
comme affaiblies : hausse significative de l'abstention aux
élections, multiplication des non inscriptions sur les listes
électorales, augmentation du vote de refus en faveur des extrêmes
politiques, en sont les signaux les plus visibles.
De plus, la défiance à l'égard de la classe politique s'accroît.
Et nous assistons à une véritable crise de légitimité.
Nous faisons face à une profonde remise en cause de la représentation
politique, doublée d'évolutions de la pratique institutionnelle
qui ont bouleversé son fonctionnement. La cohabitation a participé
de cette fragilisation dès 1986. La Cohabitation a au moins
été mal comprise, elle ne figure pas parmi les références
politiques en France et a malheureusement trop souvent abouti
à l'inertie.
Face à ces évolutions et aux tendances qui se dessinent, la
"Convention pour la Vème République"*, initiée avec mes collègues
Jérôme Chartier et Laurent Hénart, est née d'un double constat
: nos institutions sont à réformer, non à détruire ; le débat
doit avoir lieu, sans complexe.
... explique mon choix pour un Parlement au coeur des réformes
Le Parlement doit pouvoir mieux contrôler : la politique budgétaire,
l'insertion du droit européen, les égarements des services
de renseignement… Les dernières évolutions, avec la LOLF,
constituent un premier pas. Cependant, il faut accélérer ce
processus d'adaptation aux réalités d'aujourd'hui et donner
au Parlement une plus grande maîtrise de son ordre du jour,
et lui rendre enfin l'initiative.
Mieux contrôler, mais également mieux légiférer. L'inflation
législative, de l'avis unanime, leste un corpus juridique
de plus en plus lourd, et parfois même le vide presque de
sa substance. Une réflexion sur les procédures législatives,
et l'application des textes, s'impose.
Enfin, et ce n'est pas le moindre point, le Parlement n'échappe
pas à la crise de représentativité. Les caractéristiques sociologiques
du personnel politique ne correspondent pas à la composition
du corps social. L' " homo politicus " français, majoritairement
masculin et quinquagénaire, en ne laissant guère de place
à la diversité des sexes, des âges, des parcours professionnels
et des origines, enraye le processus nécessaire de renouvellement
de la classe politique. Une " aération " de la représentativité
doit participer de cette réforme.
Nos institutions méritent d'accéder à la modernité : c'est
la condition d'une vraie démocratie contemporaine.
* La " Convention pour la Vème République ", initiée par
les Députés Jérôme Chartier, Nathalie Kosciusko-Morizet et
Laurent Hénart, propose de revisiter nos institutions afin
de l'adapter aux exigences de la modernité. Elle a déjà organisé
deux sessions de réflexions, l'une consacrée à la " Mixité
", et l'autre intitulée " Pouvoir "