Reconstruire la gouvernance de la France
Par Gérard Longuet, Sénateur de la Meuse
Pour bien gouverner, il faut commencer par avoir de bons outils.
Je suis donc de ceux qui pensent que la première des réformes
à réaliser est de moderniser le cadre dans lequel s'inscrit
la vie de notre nation. Ce n'est pas une tâche facile que
celle de résumer en quelques mots ce qu'il faut entreprendre
pour cela, car le sujet est vaste et va bien audelà des simples
modifications de la Constitution. Autant que les règles de
droit public qui régissent le fonctionnement de nos institutions,
c'est la pratique qu'il faut changer, pour reconstruire notre
gouvernance sur trois piliers : clarifier l'organisation de
l'exécutif, instaurer un vrai pouvoir parlementaire, moderniser
enfin la vie politique.
Clarifier l'organisation de l'exécutif
L'instauration du quinquennat sec et l'inversion du calendrier
électoral intervenues avant 2002 ont modifié en profondeur
la vie politique française. Désormais, l'élection du président
de la République prime sur l'élection des députés. C'est elle
qui structure le champ de la politique pour 5 ans.
Doté d'un mandat d'une durée égale à celui des députés, le
président de la République dispose de moins de temps pour
mettre en oeuvre les grandes orientations sur lesquelles il
a été élu. Il doit aller plus vite et plus profondément dans
l'action. Le président de la république, seul des Français
à être élu par une majorité des suffrages, ne peut plus être
un arbitre " en charge de l'essentiel ". Il est devenu le
chef de l'exécutif. Il faut en tirer toutes les conséquences
et équilibrer nos institutions en allant vers la séparation
des pouvoirs.
Pour autant, la fonction de premier ministre conserve son
intérêt. Moteur de l'action internationale et européenne de
la France, le président de la république ne dispose pas du
temps suffisant pour animer au jour le jour l'action du gouvernement,
veiller à sa cohérence, assurer les arbitrages entre les différents
ministères et être l'interlocuteur du Parlement.
Nommé et démis par le seul président de la République, le
premier ministre doit être placé à la tête d'une équipe gouvernementale
resserrée d'une quinzaine de ministres tout au plus, hommes
et femmes politiques choisis parmi les parlementaires. La
mise en place de grands ministères dont le périmètre sera
fixé par la loi, assurera la stabilité de l'organisation gouvernementale
et allégera le travail interministériel. Les Ministres doivent
pouvoir choisir librement les directeurs et les sous-directeurs
de leurs administrations centrales de sorte que l'action de
leur département soit mise en oeuvre par une équipe de direction
homogène assumant solidairement la responsabilité des résultats
obtenus. Dès lors, les Ministres ne conserveraient alors plus
dans leur Cabinet que leurs collaborateurs personnels, plus
spécialement chargés de leur travail politique et parlementaire.
Instaurer un vrai pouvoir parlementaire
Plus que jamais, la France a besoin d'une démocratie représentative
vivante, proche des gens et en contact direct avec eux, attentive
aux évolutions rapides du monde et de notre société.
D'élections en élections, l'abstentionnisme s'accroît ainsi
que le vote pour des formations politiques extrêmes. A se
prolonger la démocratie représentative finirait par perdre
sa légitimité. On ne peut plus laisser des millions de Français
sans aucune représentation au Parlement. Il est infiniment
plus dangereux de laisser les extrêmes hors du Parlement que
d'instiller en son sein, à l'Assemblée Nationale ou au Sénat
une dose de représentation nationale. Cela peut se faire en
maintenant ou même en diminuant le nombre des parlementaires.
Je propose d'organiser dorénavant le travail parlementaire
en deux temps d'égale durée. Le premier consacré au travail
législatif essentiellement d'initiative gouvernementale, le
second d'initiative parlementaire au contrôle de l'exécution
des lois et de l'action du gouvernement.
Réhabiliter le pouvoir parlementaire suppose d'améliorer la
qualité du travail législatif et d'augmenter considérablement
le travail de contrôle de l'action gouvernementale. La LOLF,
née d'un large consensus au sein du Parlement, trace à cet
égard une voie qu'il convient d'élargir. A l'avenir, le débat
sur la loi de règlement sera au moins aussi important que
la loi de finances.
Les commissions sont au coeur du travail parlementaire. Il
faut les renforcer et augmenter leur nombre. L'organisation
du temps parlementaire en deux temps augmentera considérablement
l'efficacité du contrôle des actes du gouvernement, à la condition,
toutefois que les commissions soient dotées d'une manière
ou d'une autre de moyens supplémentaires pour exercer leur
mission.
Les parlementaires doivent concentrer l'essentiel de leur
temps à l'exercice de leur mandat. Il faut aller vers le mandat
unique. Ainsi libérés du poids de mandats locaux pour se consacrer
à leur tâche, ils ont besoin de collaborateurs mieux formés,
mieux rémunérés, plus nombreux pour mener à bien la mission
qu'ils ont reçu des électeurs.
Il y a trop de lois. Souvent trop longues, mal rédigées ou
parfois franchement inutiles, elles génèrent trop de décrets.
Les codes grossissent démesurément. Le Parlement doit s'efforcer
de supprimer autant de dispositions anciennes qu'il en crée
des nouvelles. Le parlement est responsable de la qualité
de nos lois, cessons donc de légiférer dans le provisoire,
de faire des lois tatillonnes et bavardes. La loi doit être
faite pour durer et non pour passer.
Pour la bonne application du droit et sa bonne intelligence,
il faut mettre un coup d'arrêt à l'inflation réglementaire
qui fait de certaines branches de notre droit fiscal, social
ou administratif (comme par exemple celui des collectivités
territoriales) des monstres de complexité, inaccessibles au
citoyen ordinaire.
Politique d'abord
Réformer les institutions, c'est d'abord et avant tout réconcilier
les citoyens avec leur Etat, donc avec la politique. Il faut
lui rendre toute sa place. Les Français ne croient plus que
la politique puisse changer les choses. Il est urgent de démontrer
qu'il n'en est rien.
Il n'y a pas de démocratie vivante sans les partis politiques.
Relégués par la constitution de 1958 à un rôle somme toute
secondaire, les partis ne concourent pas seulement à l'expression
des suffrages. Ils sont au coeur de l'offre politique faite
aux citoyens, au centre des débats d'idées et de la construction
de projets. Sans eux, les projets politiques se réduisent
à des ambitions personnelles plus ou moins mises en valeur
par des professionnels de la communication. Les partis sont
des passeurs d'idées, de demandes, des exigences même, de
la société, des instruments du contrôle social. Lieux du débat
où la délibération et le vote deviennent la règle, ils donnent
vie à la politique et assurent l'indispensable lien entre
les gouvernés et les gouvernants. Ils doivent être forts,
populaires, exigeants, porteurs de sens et de projets et imprimer
une direction au travail parlementaire.
J'observe, à la lecture des propositions de réformes des institutions
qui émanent des principaux partis politiques français, l'existence
de convergences réelles sur la réhabilitation du parlement
et l'instauration d'une dose de proportionnelle. Il n'est
pas jusqu'à l'éternel débat entre tenants du présidentialisme
et partisans du parlementarisme absolu qui n'ait perdu son
caractère passionnel. Les conditions sont réunies pour qu'une
révision de nos institutions se fasse dans un climat apaisé.
Sans revenir aux errements du système parlementaire des IIIème
et IVème république, un large accord se dégage pour que, le
Parlement, enserré depuis longtemps dans un corset sévère,
retrouve de vrais pouvoirs et s'émancipe de la tutelle pesante
que l'Exécutif lui avait imposé sous les majorités de droite,
comme sous celles de la gauche. La voie est ainsi ouverte
pour procéder en 2007 à l'aggiornamento de nos institutions.