La réforme des institutions s'impose
Par André Vallini, Député de l'Isère,
Secrétaire national aux institutions au Parti socialiste
S'il n'y a, à première vue, aucun rapport, entre l'affaire
Clearstream et le débat sur les institutions, la relation
est pourtant évidente : cette affaire comme toutes les " affaires
", contribue à discréditer la politique, et plus exactement
la démocratie. Si les abus de pouvoir ne sauraient être évités
par le seul changement des institutions, et si l'éthique de
comportement des responsables politiques est au moins aussi
importante que les textes, une réforme institutionnelle s'impose
pourtant, aujourd'hui plus que jamais. Dans ces conditions,
personne ne comprendrait que la réforme institutionnelle ne
soit pas au coeur du projet des socialistes pour 2007.
La dissolution de 1997, les élections régionales de 2004,
le référendum de 2005, ont fait du président actuel une sorte
de monarque irresponsable ne tirant jamais aucune conséquence
du suffrage populaire. Et les récentes dérives institutionnelles
lors de la crise du CPE (adoption par 49-3 à l'Assemblée nationale
puis vote conforme du Sénat d'un amendement gouvernemental
sans aucune concertation ni délibération gouvernementale,
promulgation-suspension d'une loi, dessaisissement du gouvernement
au profit d'un parti, annonce par l'exécutif d'une proposition
de loi…) ont signé une profonde déliquescence du fonctionnement
des institutions.
Après douze ans de chiraquisme, les institutions de la Vème
République sont donc dans un désordre grave avec un exécutif
qui concentre tous les pouvoirs sans responsabilités clairement
réparties entre le président et le Premier ministre, un Parlement
réduit à jouer le rôle d'une chambre d'enregistrement à coups
de 49-3 à l'Assemblée nationale et de votes conformes au Sénat
et un Conseil constitutionnel qui ne joue plus son rôle de
régulation.
Certes, il est toujours plus facile de modifier des articles
que de changer des pratiques. Et les Français attendent sans
doute davantage une nouvelle façon d'exercer le pouvoir qu'une
modification des textes relatifs aux pouvoirs. Mais la réforme
des institutions s'impose.
Un Président vraiment responsable
Réformer le statut pénal du chef de l'Etat.
Depuis 2002, le rapport Avril qui propose de modifier les
articles 67 et 68 de la Constitution n'a été suivi d'aucune
réforme, en violation de la promesse de Jacques Chirac. La
gauche ayant voté une réforme en juin 2001 en adoptant, à
l'Assemblée nationale, une proposition de constitutionnelle
modifiant l'article 68 de la Constitution, il conviendra de
reprendre cette démarche inaboutie.
Rééquilibrer les pouvoirs entre le Président de la République
et le Premier Ministre.
Si l'on souhaite s'orienter vers un régime vraiment parlementaire,
le Premier ministre pourrait passer avec sa majorité un "
contrat de majorité " avant d'engager son action et solliciter
obligatoirement la confiance de l'Assemblée nationale en ayant
recours à l'article 49-1 de la Constitution.
Pour agir dans la clarté et la responsabilité, le Premier
Ministre pourrait aussi présenter au début de chaque session
parlementaire un programme de travail qui donnerait lieu à
un débat sur les grandes orientations de la politique qu'il
compte suivre.
Si l'on veut renforcer davantage encore le pouvoir gouvernemental,
responsable devant l'Assemblée nationale, afin de mettre celle-ci
" au coeur de la vie politique ", le Premier ministre devrait
aussi :
- être investi par l'Assemblée nationale avant d'être formellement
nommé par le chef de l'Etat,
- représenter la France avec le président (comme en période
de cohabitation) aux sommets européens,
- donner son accord à la mise en oeuvre du droit de dissolution
de l'Assemblée nationale par le président de la République.
Un vrai Parlement
Une nouvelle limitation du cumul des mandats
Préalable au renforcement des pouvoirs du Parlement, il s'agira
de rendre incompatible le cumul d'un mandat parlementaire
et la présidence d'un exécutif local.
Le cumul dans le temps
La limitation à deux du nombre de mandats présidentiels successifs,
(retenue également par l'UMP), nécessite une révision de l'article
6 de la Constitution.
La limitation à trois mandats parlementaires successifs nécessite
une révision de l'article 25 de la Constitution.
De nouveaux pouvoirs pour le Parlement
La maîtrise de l'ordre du jour
La notion de retour du Parlement à la " pleine maîtrise "
de son ordre du jour priverait le gouvernement de sa capacité
à fixer le rythme de ses réformes.
On pourrait se limiter à doubler les séances mensuelles réservées
à l'initiative parlementaire et prévoir aussi une concertation
plus en amont sur le programme prévisionnel de travail du
Parlement afin d'obliger les ministres à présenter publiquement
leurs programmes de réforme.
L'allègement du parlementarisme rationalisé La suppression du vote bloqué et de l'article 49-3 sont
des propositions récurrentes présentées par les programmes
socialistes depuis plus de quinze ans. Il convient toutefois
de rappeler qu'il a été fait un usage très modéré du vote
bloqué de 1997 à 2002 et qu'un gouvernement de coalition a
gouverné cinq années sans jamais recourir à la procédure de
l'article 49-3.
Sur le recours aux ordonnances en raison de l'abus qui en
est fait depuis 2002, il faut envisager une majorité qualifiée
pour autoriser le gouvernement à utiliser l'article 38 de
la Constitution.
L'augmentation du nombre des commissions permanentes
Il faudrait conférer aux commissions permanentes, dont le
nombre devrait être augmenté en révisant l'article 43 de la
Constitution, les mêmes prérogatives et les mêmes compétences
que celles des actuelles commissions d'enquête. Cela permettrait
à chaque commission de convoquer à tout moment les ministres,
comme l'ensemble des responsables publics.
La rénovation de la procédure parlementaire
La procédure législative doit être rénovée, recentrée sur
le travail en commission et allégée afin de permettre au Parlement
de mieux contrôler les organismes de l'Etat et d'évaluer les
politiques publiques.
Pour développer la capacité d'expression politique du Parlement,
ce dernier pourrait être autorisé à voter des résolutions
ne mettant pas en cause la responsabilité du gouvernement
mais lui permettant de prendre position sur des questions
de politique générale ou de politique internationale.
La reconnaissance de la fonction d'évaluation de
la loi
Trop souvent, l'application de la loi est paralysée par l'absence
de publication de décret d'application. La volonté du Parlement
est ainsi bafouée, et l'effet sur les citoyens des lois non
appliquées est désastreux. La fonction d'évaluation et de
contrôle de l'exécution des lois n'est pas suffisamment développée.
Des droits nouveaux pour l'opposition
Un statut devra être élaboré avec les éléments suivants :
- le droit d'obtenir la création d'une commission d'enquête
par session
- le partage à parité entre la majorité et l'opposition, des
séances mensuelles réservées à l'initiative parlementaire
à l'Assemblée nationale comme au Sénat,
- l'attribution de responsabilités comme la présidence de
délégations parlementaires ou les fonctions (à créer) de corapporteur
général pour la loi de finances et la loi de financement de
la sécurité sociale.
Par ailleurs, les modalités des questions d'actualité devraient
être revues afin de retrouver à ce mode de contrôle parlementaire
utilité et dignité.
La réforme du mode de scrutin à l'Assemblée nationale
Election des députés à la proportionnelle
Le ratio en vigueur dans la plupart des démocraties est de
un député pour 100 000 habitants ce qui conduirait, pour la
France peuplée de 62 millions d'habitants, à augmenter le
nombre de députés à 620. Devant le risque d'une telle mesure
au regard de l'opinion publique, il est possible de maintenir
le scrutin majoritaire à deux tours pour 499 sièges, et d'introduire
l'élection de 78 députés à la proportionnelle de liste dans
un cadre interrégional.
Le redécoupage des circonscriptions
Si le schéma ci-dessus était retenu, l'élection de 499 députés
au lieu de 577 au scrutin majoritaire entraînerait un redécoupage
des circonscriptions.
Une réforme du Sénat, pour le rendre plus représentatif
des territoires
Un " Bundesrat à la française "
Certains veulent faire du Sénat un " Bundesrat à la française
", avec moitié de membres de droits (présidents de régions,
de conseils généraux, de collectivités d'outre-mer et maires
des villes de plus de 100 000 habitants) et pour moitié (entre
120 et 180) élus par les seuls maires dans un cadre régional.
Limiter le Sénat à une chambre des grands élus pourrait à
terme le cantonner à ne s'occuper que des questions relatives
aux collectivités territoriales.
La réforme du corps électoral du Sénat devra :
- prendre en compte les réalités démographiques et la structure
réelle des collectivités locales (communes, départements,
régions et intercommunalités, dès lors qu'elles seront élues
au suffrage universel),
- revenir à l'élection à la proportionnelle à partir de trois
sièges,
- déterminer le nombre de délégués sénatoriaux sur la base
de 1 pour 100 habitants et prévoir leur désignation à la proportionnelle
du conseil municipal, pour mieux représenter le poids des
populations.