Réflexions autour des institutions
Les institutions de la Vème République sont-elles encore adaptées
? La question est plus que jamais d'actualité.
"Nous allons revisiter la Vème République !". En février
dernier, Jérôme Chartier (UMP-Va l d' Oise), Nathalie
Kosciusko-Morizet (UMP-Essonne) et Laurent Hénart
(UMP- Meurthe-et-Moselle) lançaient un nouveau cercle de réflexion
intitulé : " Convention pour la 5ème République " (C5R).
Après une première réunion consacrée à la mixité, les trois
parlementaires avaient retenu comme thème de cette deuxième
rencontre : le Pouvoir. " La crise du pouvoir est aujourd'hui
dénoncée par les Français. Pouvoir contesté, pouvoir partagé,
pouvoir discrédité, tous les qualificatifs les plus pessimistes
sont utilisés. Les institutions de la Vème République avaient
pour objectif de rendre au pouvoir son efficacité. Mais qui
dispose aujourd'hui du pouvoir de gouverner ? Le politique,
l'économique, le médiatique, la rue ? " s'interroge Jérôme
Chartier. " Aujourd'hui il y a une désillusion, un désenchantement
des Français vis-à-vis du pouvoir " ajoute Laurent Hénart.
La légitimité même du ou des pouvoirs est en jeu. Faut-il
pour autant changer la Constitution ? " Non ! " répondent
en coeur les trois élus. En février dernier, lors du lancement
de la C5R, ils expliquaient même ne pas vouloir se transformer
en " petits constitutionnalistes ". " Nous ne voulons pas
faire le grand soir constitutionnel. On peut être parfois
beaucoup plus révolutionnaire en ne modifiant que la pratique
constitutionnelle ".
" Un système à bout de souffle "
Pourtant l'actualité de ces dernières semaines laisse un goût
amer dans la bouche de beaucoup. La France semble bloquée,
les institutions paralysées. Invité du jour, François Fillon
(UMP-Sarthe) dénonce " le dysfonctionnement d'un système
qui apparaît à bout de souffle ". Une vision pessimiste
qui n'est pas du goût du directeur de la Revue de droit constitutionnel
Didier Maus. " Ni dans la durée, ni aujourd'hui,
je ne vois de crise institutionnelle. La Vème République n'est
pas la IVème. La France n'a pas vécu sans gouvernement pendant
un mois. On ne peut pas mettre sur le dos de la Constitution
les errements du moment ". Si pour ce constitutionnaliste,
il n'y a pas de crise institutionnelle, il y a bien par contre
une crise de confiance, " qui n'est pas seulement due à
des circonstances politiques mais plutôt à la logique du quinquennat
". En cause : le calendrier électoral qui pour la première
fois va mettre fin au mandat du président et à celui des députés
en même temps. " Cette coïncidence de fin des deux mandats
crée un problème de légitimité. Le président, à un an de la
fin de son mandat, n'a plus assez d'autorité sur les parlementaires
de sa majorité, euxmêmes en fin de mandat " expliquet-il
résigné. Edwy Plenel, autre invité de cette rencontre
préfère parler de " fatigue démocratique ". L'ancien
directeur du Monde trouve même que nos institutions " amènent
le confort pour ceux qui en bénéficient et du coup une volonté
de durer ", ce qui n'est jamais bon pour le pays. " La
gauche a eu du mal à se remettre de la très longue présidence
de François Mitterrand. 14 ans de Mitterrand plus 5
ans de Jospin, c'est long. Si François Mitterrand avait démissionné
au moment de la cohabitation, peut être que cette gauche aurait
pu se reconstruire ". François Fillon insiste quant à
lui sur " la répartition des pouvoirs et des responsabilités
qui est opaque et sur le pouvoir de contrôle du législatif
sur l'exécutif qui n'est pas assez fort ". Le conseiller
politique de Nicolas Sarkozy, souvent présenté comme
premier ministrable en cas de victoire du président de l'UMP
aux présidentielles présente alors une vision " présidentialiste
des institutions ". Selon lui, le président de la République
doit gouverner plus directement. " Il représente la légitimité,
il doit donc s'engager pour défendre ses réformes. Il pourrait
ainsi s'adresser à l'opinion publique plus souvent et venir
devant les assemblées ; son équipe gouvernementale pourrait
être réduite ". Il propose également d'élargir les compétences
et les pouvoirs du Parlement " en augmentant ses moyens,
en regroupant sous son aile un certain nombre d'instances
de contrôle mais aussi en réduisant le nombre de députés ce
qui rendrait le parlement plus populaire " pense-til.
" La crise du politique est sérieuse. Si nous ne revitalisons
pas le débat public, si nous ne modernisons pas nos pratiques
institutionnelles, la crise nationale finira par nous emporter
dans une tourmente à côté de laquelle le 21 avril 2002 aura
l'air d'une péripétie " finit par lacher François Fillon.
D'ici les présidentielles, nul doute que le débat sur la réforme
des institutions reviendra sur le devant de la scène.