Modèle social : l'exception française
"Existe-t-il encore un modèle social français ?" Tel était
le thème d'un colloque organisé par Génération Entreprise,
l'Ifrap et la Revue Parlementaire. Compte rendu.
"Le modèle social français est un mythe !". Le
ton est donné. Pour l'ensemble des participants au colloque,
il ne fait aucun doute que " le prétendu modèle social français
" a vécu. Il est loin le modèle des années 60 qui se caractérisait
par un chômage quasi inexistant, une croissance économique
forte et une relation harmonieuse entre progrès économique
et progrès social. Aujourd'hui, le modèle social français
" produit de la pauvreté et de l'assistanat " remarque
Nicolas Lecaussin de l'Ifrap. Jean-Michel Fourgous
s'inquiète lui de l'instrumentalisation du mot. " Le social
est devenu le référent. Tout en France est ou doit être social.
Or le social c'est d'abord la croissance et l'emploi "
note-t-il. Pour rééquilibrer progrès économique et progrès
social, il faut également rééquilibrer le rôle de l'Etat et
de l'entreprise, car " c'est elle qui est le premier lieu
d'intégration sociale " ajoute le député. En dépit de
cette remarque de bon sens, les intervenants au colloque constatent
amèrement que la France ne semble pas aimer ses entrepreneurs.
Venu tout spécialement de Mulhouse pour témoigner, René Hans,
vice-président de la CGPME Alsace enfonce le clou. " Entreprendre
n'est pas un délit. Travailler n'est pas un péché. Ce que
nous demandons c'est à travailler plus, or tout est fait pour
nous mettre des bâtons dans les roues. Les entrepreneurs,
les patrons ne sont pas des voyous comme certains aimeraient
à le faire croire ", s'insurge-t-il. Dans la salle, les
applaudissements battent à tout rompre. Le public, certes
acquis d'avance aux idées exposées apprécie tout de même.
Pour René Hans, cette situation vient d'une grande
méconnaissance de l'entreprise de la part des Français mais
aussi de nos dirigeants et du législateur. " Nos concitoyens
ne savent pas ce que c'est qu'une PME " expliquet-il avant
de rappeler qu'en France 98% des entreprises ont moins de
50 salariés et que l'effectif moyens des entreprises françaises
est de 6 salariés. " L'entreprise est devenue une victime
collatérale du modèle social français " ajoute Jean-Michel
Fourgous. Autre problème soulevé par ce colloque, la question
de la déconnexion entre production de richesse et redistribution.
Alors même que la croissance économique a connu un net ralentissement,
la redistribution a explosé sans que l'on soit certain qu'elle
ait contribué à faire baisser les inégalités et la pauvreté.
" La redistribution telle qu'elle existe aujourd'hui ne
va pas là où elle devrait aller " s'insurge Nicolas Lecaussin.
Même son de cloche chez Bernard Zimmern, le président
de l'Ifrap : " depuis 30 ans que nous l'élargissons sans
discontinuer, la redistribution est devenue un gigantesque
fromage dont profitent au moins autant ceux qui distribuent
que les bénéficiaires proclamés de la redistribution ".
Pour le président de l'Ifrap, l'occasion de ce colloque est
idéale pour " rappeler à nos politiques qu'il ne suffit
pas de redistribuer aveuglément la richesse mais qu'il faut
avant tout penser à sa création ". Création qui passe
par l'entreprise. Or, constate Jean-Michel Fourgous " notre
modèle social s'est fissuré puis rompu lorsque les gouvernants
ont commencé à augmenter la redistribution tout en multipliant
les obstacles au développement des entreprises, leur retirant
leurs sources de financement et limitant le droit de licencier
avec comme contreparties inéluctables la chute de l'embauche
et la montée du chômage ". Rien ne va plus. Refusant la
question de l'évaluation de l'efficacité de notre modèle,
les politiques, à gauche comme à droite, ont construit un
grand mythe : celui de la supériorité de notre modèle social.
Un aveuglement qui s'étend à l'ensemble de la population.
" Pendant trente ans notre modèle a fonctionné aujourd'hui
cela n'est plus le cas. Mais en France, il y a une forme d'autisme.
On refuse de voir ce qui marche à l'étranger " explique
Geoffroy Roux de Bézieux, président de Virgin mobile
France et de CroissancePlus, " l'association des entreprises
à forte croissance ". Pour l'ensemble des intervenants,
il faut que cela change. Tous s'accordent alors sur "l'impérieuse
nécessité" de réformer en profondeur le système. Ils souhaitent
que les échéances de 2007 soient l'occasion de " dépasser
les déclarations de principes pour répondre à une question
: comment réconcilier les Français avec les réalités sociales
et économiques de notre pays, de l'Europe et du monde ?
".
L'économie touristique, facteur de croissance
"L'économie touristique est une des sources principales
de croissance économique. Elle est à la portée de la France
pour les trente prochaines années" explique avec conviction
Léonce Deprez, député du Pas-de-Calais. Une idée-force
dont il a fait un livre*. Le président du groupe d'études
" Tourisme " n'en démord pas : " Organisée, mieux prise
en compte par les pouvoirs publics, l'économie touristique
offre de réelles perspectives d'espoir et d'emplois ".
Grâce à ses atouts diversifiés (montagne, mer, histoire, culture,
gastronomie, art de vivre, etc.), l'espace français est des
plus attractifs. Encore faut-il le valoriser. Pour Léonce
Deprez, ce travail de mise en valeur, " qui exige un effort
de cohérence dans l'aménagement du territoire ", est du
ressort des élus territoriaux qui " sont en première ligne
". Le maire du Touquet sait d'ailleurs de quoi il parle,
lui qui a su faire de sa commune " une station européenne
de quatre saisons ". Mais pour le député du Pas-de-Calais,
l'intervention de l'élu ne suffit pas. " L'effort public
doit être prolongé par les efforts privés. Car l'économie
touristique étant une économie partenariale, il faut que les
investissements privés, les efforts d'accueil et les services
offerts à la clientèle par les hôtels, restaurants, commerces
et professions artisanales et libérales diverses assurent
la transformation des '"essais" marqués par la commune à vocation
touristique " explique-t-il. Développant sa réflexion
dans son livre, Léonce Deprez espère fait oeuvre pédagogique,
non seulement auprès des professionnels du tourisme mais également
auprès des élus. Pour le Maire du Touquet, il est temps de
" mettre en oeuvre une politique structurelle clairement
définie à partir du vivier que représente le territoire français
".
*L'économie touristique ou une croissance accessible -
Préface de Léon Bertrand, ministre délégué au Tourisme - Commentaires
de Thierry Breton, ministre de l'Economie - Publibook - 188
pages.