La Cour de cassation italienne a confirmé le 19 avril la
victoire de la coalition de Romano Prodi aux élections législatives
des 9 et 10 avril derniers. Silvio Berlusconi devient le leader
de l'opposition.
"Il faut sortir de l'idée que l'Italie est une anomalie"
martelait Marc Lazar, trois jours après les élections
italiennes des 9 et 10 avril derniers. " Quelqu'un a gagné,
et l'autre partie a perdu " déclarait de son côté le nouveau
président du Conseil, Romano Prodi, avant que sa victoire
à l'arraché ne soit enfin confirmée par la Cour de Cassation.
Agacé par l'incompréhension caricaturale des Français à l'égard
de leur voisin transalpin, Marc Lazar, auteur de l'Italie
à la dérive tire deux leçons du dernier scrutin italien
: " communication et personnalisation " seraient aujourd'hui
les composantes incontournables de la compétition politique
dans nos démocraties européennes. Sans revenir sur le fait bien
connu que Silvio Berlusconi ait été à la fois chef du
gouvernement italien et magnat des médias, Marc Lazar souligne
que le " Cavaliere " a su "génialement" remobiliser
un " électorat populaire " qui ne se rendait plus aux
urnes depuis cinq ans. Sa méthode : être omniprésent sur les
plateaux de télévision quel que soit le programme. En somme
" il ne s'agit pas d'un coup d'Etat mais d'un coup d'éclat
" poursuit-il avant d'ajouter non sans ironie que l'ancien
président du Conseil, aujourd'hui vaincu, " reste une chance
" pour l'union de la gauche. Tant que le " Cavaliere
" s'accroche à son rôle de farouche opposant, la coalition sortie
gagnante s'efforcera de trouver un compromis sur les nombreux
dossiers qui l'attendent. Face à une union de la gauche très
" hétérogène " et face à une Italie aujourd'hui " divisée
en deux ", le " Professore " saura-t-il jouer les
conciliateurs ? Au Sénat, la coalition de gauche aura une courte
majorité de deux sièges tandis qu'à la Chambre des députés,
sa majorité plus ample, due à la prime accordée à la coalition
arrivée en tête, ne peut faire oublier que son succès reste
étroit avec seulement 25 000 voix de plus que la Maison des
libertés, menée par Silvio Berlusconi, sur près de 40 millions
de suffrages exprimés.
Sur le front de la politique extérieure, Romano Prodi ne pourra
pas " faire pire que Silvio Berlusconi " tranche Fabio
Liberti, chercheur à l'IRIS. Au-delà d'une bonne relation
avec les Etats-Unis, c'est sur le deuxième axe traditionnel
de la politique étrangère italienne, la construction européenne
que l'ancien président de la Commission européenne souhaite
concentrer tous ses efforts. Ardue et délicate sera la tâche
de " renouer de bonnes relations avec la France " souligne
Fabio Liberti, après les passes d'armes récentes des grandes
entreprises du secteur de l'énergie. Aujourd'hui, se prépare
l'élection du successeur de Carlo Azeglio Ciampi, l'actuel
chef d'Etat dont le mandat expire le 13 mai. L'élection de son
successeur sera une des premières missions du nouveau Parlement
italien.
en bref
Etats-Unis. Le magazine BusinessWeek a publié
récemment une enquête sur la sensibilité politique des grandes
marques américaines. Une orientation politique majeure dans
un pays où le poids des consommateurs est conséquent et où il
n'est pas rare de choisir une marque plutôt qu'une autre en
fonction de sa couleur politique. Pour s'y retrouver, les Américains
peuvent consulter les dons faits aux partis ou encore s'intéresser
aux causes défendues. Dernier exemple en date : Ford qui pour
avoir sponsorisé la Gay pride a été étiqueté de gauche et du
même coup boycotté par les conservateurs.
Turquie. Un jury de sept experts européens a choisi Istambul
comme capitale européenne de la culture 2010 avec Essen (Allemagne)
et Pecs (Hongrie). Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan
a fixé comme objectif pour Istanbul en 2010 l'accueil de 10
millions de touristes étrangers et annoncé la mise en oeuvre
de divers projets de mise en valeur du patrimoine historique
de la ville. La décision du comité d'experts doit encore être
examinée par le Parlement européen et la Commission européenne
avant d'être validée en novembre par les ministres de la Culture
des pays membres de l'UE réunis en conseil. Le statut de capitale
européenne de la culture s'accompagne d'un soutien financier
communautaire aux projets culturels présentés. La Commission
européenne a demandé que ce soutien, qui s'élevait jusqu'ici
à 500 000 euros par ville et par an, puisse être porté à 1,5
million d'euros annuels.