The Parliament Magazine, partenaire européen de La
Revue Parlementaire. Peggy Corlin, journaliste.
"Un modèle social européen pour l'avenir" : c'était le
thème du rapport discuté le 20 avril à la commission des affaires
sociales du Parlement européen. Plus que de s'interroger sur
l'existence d'un modèle social européen, les députés appellent
surtout à le reformer. Le gouvernement français a perdu tout
crédit avec le CPE, un million d'anglais étaient dans la rue
pour défendre leur retraite, les salariés de BMW vitupéraient
également en Allemagne… Autant de conflits qui marquent les
systèmes sociaux européens confrontés à un double défi : la
démographie et la mondialisation. En réponse, les 25 ambitionnent
depuis 2000 de faire de l'Europe " l'économie de la connaissance
la plus compétitive du monde ", c'est la stratégie de Lisbonne.
Une stratégie devant bientôt intégrer, à la suite du conseil
européen de printemps, le concept de flexisécurité, panacée
européenne pour répondre aux besoins de réforme de nos systèmes
sociaux.
Le modèle social européen est un ensemble de valeurs basé sur
" l'égalité, la solidarité, la redistribution des richesses
et l'accès pour tous les citoyens aux services publics ",
explique le rapport du Parlement. " C'est ce que l'on voit
depuis les Etats-Unis ou la Chine " confirme Henri Malosse
président de la section " Emploi, affaires sociales "
du Comité économique et social européen. L'économiste André
Sapir distingue dans l'ensemble européen les systèmes anglo-saxon,
scandinave, continental et méditerranéen. Il prévoit l'échec
de ces deux derniers trop rigides et peu créateurs d'emplois.
" On voit bien que l'Union européenne ne peut pas posséder
un " modèle social " qui se substitue à ces différents systèmes
" concède le commissaire européen à l'emploi Vladimir
Spidla. " Pour une raison simple : elle ne joue pas le
même rôle que les " Etats sociaux " nationaux " . Le modèle
social européen est en effet conditionné par le principe de
subsidiarité. " Par ailleurs, poursuit le tchèque, l'Union
n'a pas la " force de frappe " financière des Etats membres
- 27% du PIB - et elle ne l'aura jamais : son budget représente
environ 1% du PIB européen, soit 100 milliard d'euros par an
". Faute de moyens et de compétence, l'Union prévoit d'accompagner
les réformes nationales avec une boîte à outils permettant d'introduire
le concept de flexisécurité.
Pour John Monks secrétaire général de la Confédération
européenne des syndicats " étant donné qu'on ne peut rien
attendre en ce moment de la Commission en matière sociale, c'est
mieux que rien ". Henri Malosse est plus tranchant: " rien
ne sortira des travaux de la Commission, la flexisécurité est
juste un concept à la mode, et puis la méthode est mauvaise,
les Etats feront ce qu'ils veulent ". L'Europe pratique
le " benchmarking " en matière sociale. Elle compare
les systèmes et distille des bonnes pratiques dans le cadre
de la méthode ouverte de coordination, en fixant des objectifs
que les 25 atteignent par leurs propres moyens. " Plus de
flexibilité grâce à de nouvelles sécurités ", tel est le
leitmotiv de la Commission dont les travaux seront présentés
en 2007. " Le danger, explique Teresa Bomba de la Fondation
" Notre Europe ", est de voir les Etats membres négliger une
branche du triangle de flexisécurité ; il ne s'agit pas seulement
de rendre le marché plus flexible et de protéger l'emploi, il
s'agit aussi de mener une politique active de l'emploi ".
Au Danemark il a fallu plus d'un siècle pour mettre en place
la flexisécurité. Une " boîte à outils " suffira-t-elle
pour l'Europe ?