Le député Jacques Myard (UMP-Yvelines), a organisé à l'Assemblée
nationale un colloque sur le thème " Médias sans tabous ". Comment
garantir le pluralisme des opinions dans un secteur en pleine
mutation ?
Un thème " médias sans tabous " pour un colloque
organisé par un homme connu et reconnu pour sa passion du débat
sans langue de bois. Jacques Myard (UMP-Yvelines), président
du Cercle Nation et République (CNR) a réuni à l'Assemblée nationale
le 12 avril dernier des personnalités d'horizons divers pour
s'interroger " sans tabous " sur le nouveau marché des
médias, leur responsabilité pour une information de qualité
et la garantie du pluralisme dans ce secteur en grande mutation.
A l'heure où se multiplient naissances, disparitions, recapitalisations
et concentrations en tous genres sur la planète média, quid
du pluralisme des idées et de la liberté d'expression ? C'est
sur cette question que se sont penchés plusieurs intervenants
sous la houlette de Richard Michel, président de la chaîne
parlementaire- Assemblée nationale (LCP-AN). " Un jour, on
m'interroge sur les risques de concentration excessive, le lendemain
sur ceux d'un démantèlement redouté " ironise en conclusion
le ministre de la culture et de la communication avant d'ajouter
que " la liberté de la presse est fragile ", et que "
l'Etat doit donc la garantir ". D'où un système d'aides
à la presse de plus de 280 millions d'euros, un service public
de l'audiovisuel puissant et un arsenal législatif anti-concentration
complexe.
Cependant, " il ne faut pas confondre le phénomène de concentration
qui relève de l'économie avec la question du pluralisme politique
et de la diversité culturelle " commente Alain Lancelot,
membre honoraire du Conseil constitutionnel, et président d'une
commission venant de rendre au Premier ministre un rapport sur
les concentrations dans le secteur des médias. Si la commission
Lancelot juge qu'il n'y a pas, " dans l'état actuel de la
concentration dans le domaine des médias, une menace directe
pour le pluralisme ", elle n'en pointe pas moins les insuffisances
et la complexité de la réglementation actuelle largement héritée
du droit commun de la concurrence et des lois de 1986 relatives
à la communication. Aussi, " l'importance croissante, tant
dans l'audiovisuel que dans la presse écrite, des phénomènes
d'intégration verticale justifie des mesures ciblées, en particulier
entre édition et distribution ". Favorable au développement
du portage, ce texte souligne que " le capital de la principale
société de messagerie, les NMPP, est détenu à 49 % par le groupe
Hachette (Lagardère), qui occupe par ailleurs une place dans
l'édition de quotidiens et surtout de magazines, et qui contrôle
enfin une grande partie du réseau des kiosques ". Dans le
cas de la télévision, le rapport Lancelot suggère d'établir
des seuils uniquement face à la croissance externe de l'entreprise
en proposant de ne garder qu'un seuil d'audience maximale fixée
à 37,5 % de l'audience totale. Un dispositif qui se substituerait
alors aux seuils de détention du capital et du nombre de fréquences
cumulables par un même opérateur. Mais la question du pluralisme
ne se situerait-elle pas en dehors du seul terrain économique
? "Où est le pluralisme des opinions dans un contexte de
bombardement informationnel" s'interroge Jacques Myard face
au développement des chaînes d'information continue qui diffusent
en boucle une même information. Le député Emmanuel Hamelin,
président du club parlementaire sur l'avenir de l'audiovisuel,
a lui réaffirmé que " plus on augmente le nombre de chaînes,
plus on augmente la pluralité ", en se félicitant du récent
boom de la TNT (télévision numérique terrestre). Pour le Conseil
Supérieur de l'Audiovisuel (CSA), ce fut alors l'occasion "
de diversifier les opérateurs et le profil des investisseurs
" souligne Alexandra Feuillade, directrice des programmes
du CSA. Peut-on en dire autant sur le contenu des programmes
? Rien n'est moins sûr.