Un rapport sénatorial fait le point sur les avancées et
surtout les retards des drones dans le système de défense
français (1).
"Domaine crucial", "domaine porteur de souveraineté", "sujet
d'avenir". Les qualificatifs employés par les rapporteurs
sont symptomatiques de l'intérêt que la France devrait porter
à ses drones qui, selon eux ont " un avenir militaire,
civil et industriel immense ". Les drones ne sont pas
une nouveauté pour l'armée française. Elle les utilise depuis
les années 90, notamment en Bosnie et au Kosovo. Mais au regard
du coût et de l'intérêt commun, des projets à l'échelle européenne
ont été lancés. Le premier porte sur le démonstrateur de drone
de combat Neuron dont le développement a été confié à un groupe
d'industriel européen sous la responsabilité du Français Dassault
; le second, le projet de drone d'observation EuroMale (2)
a été confiée à EADS. " Ce sont ces drones d'observation,
qui sont aujourd'hui, au coeur de la problématique opérationnelle
et industrielle européenne et française " souligne Philippe
Nogrix. Pour autant et après une année d'enquête et des
dizaines d'auditions plus tard, les rapporteurs restent dubitatifs.
" Confusion ", " gaspillage ", " réserve des militaires
", " manque d'Europe ", sont quelques-unes des remarques
énoncées par Maryse Bergé-Lavigne. Philippe Nogrix
confirme et va encore plus loin : " Avons-nous pris la
bonne décision avec l'EuroMale ? ". La question surprend.
Y-a-t-il eu erreur de casting ? Si l'EuroMale vise à doter
l'Europe d'un équipement de qualité, ce programme coûte cher
: 340 millions d'euros. A ce jour 95 sont financés par la
DGA et 100 par EADS. Le complément devant être apporté par
les futurs partenaires européens. Et c'est bien là que là
bât blesse. A ce jour, seule l'Espagne contribue au projet
à hauteur de 40 millions d'euros. Enfin, à cette difficulté
de financement s'ajoutent les critiques émises par d'autres
sociétés aéronautiques françaises, qui proposent des alternatives
à l'EuroMale, " à moindre coût, et qu'elles considèrent
comme plus performantes ". " Le projet EuroMale constitue-t-il
l'instrument le mieux adapté pour réaliser le recueil d'observation
dans les conditions optimales tant techniques que financières
" s'interroge finalement Philippe Nogrix. Si les rapporteurs
dénoncent le manque de coopération européenne, ils ne veulent
pas pour autant, et curieusement, l'abandon de l'EuroMale.
Ils souhaitent que l'on travaille à son intégration dans notre
système d'observation et de décision et qu'on le rende également
plus interopérable. Pour Serge Vinçon, président de
la Commission des Affaires étrangères, de la défense et des
forces armées, il ne s'agit donc pas de parler " d'échec
mais de retard ". Dont acte.
(1) Rapport d'information n°215 fait au nom de la commission
des Affaires étrangères, de la défense et des forces armées
à la suite d'une mission sur le rôle des drones dans les armées
- Par Maryse Bergé-Lavigne (Soc. - Haute Garonne) et Philippe
Nogrix (UC-UDF - Ile-et-Vilaine)
(2) MALE : Moyenne Altitude Longue Endurance