"L'esprit européen" malmené par le patriotisme
économique
La Revue Parlementaire est associée à son homologue européen:
The Parliament Magazine pour une analyse de l'actualité européenne.
Par Peggy Corlin, journaliste
La controverse sur le " patriotisme économique " n'aura
pas enflammé le sommet européen qui s'est tenu à Bruxelles
les 23 et 24 mars. Face à une Europe anémique depuis l'échec
de la constitution européenne, les chefs d'Etat et de gouvernement
des 25 ont préféré taire le différend qui oppose les partisans
du libre marché à ceux, la France en tête, se réclamant du
patriotisme économique face aux défis de la mondialisation.
La tentative avortée du ministre des finances italien Giulio
Tremonti de faire signer à ses homologues européens, à
la veille du sommet, une lettre fustigeant les mauvais élèves
du marché intérieur avait pourtant laissé craindre que l'affaire
ENEL/Suez ne s'invite à la réunion des 25. L'Italie et la
France sont en effet à couteaux tirés depuis l'annonce faite
par le gouvernement français de la fusion de l'électricien
Suez, pourtant convoité par l'italien ENEL, avec Gaz de France.
Cette décision, s'ajoutant aux mesures prises par la France
pour renforcer ses entreprises face aux risques d'OPA étrangères,
a suscité une bronca du côté des institutions européennes.
Bruxelles a dénoncé a plusieurs reprises la vague de protectionnisme
qui touche certains pays appelant leurs dirigeants à plus
d'" esprit européen ". L'Espagne, dont l'électricien
Endesa se trouve dans le collimateur de l'allemand Eon, a
néanmoins fait savoir qu'elle ferait tout ce qui est en son
pouvoir pour maintenir ses compagnies d'énergie espagnoles.
Dans le secteur bancaire, la Commission enquête aussi sur
le véto de Varsovie à la fusion de l'italien Unicrédit avec
la polonaise BPH. " Le nationalisme économique n'a jamais
été une solution et il l'est encore moins aujourd'hui "
a affirmé le président de la Commission José Manuel Barroso.
" N'est-il pas absurde que les pays européens se protègent
l'un de l'autre ? " s'est interrogé le chef de l'exécutif
européen. La France, qui tarde également à ouvrir ses portes
aux travailleurs des nouveaux Etats membres, est accusée de
créer des lignes Maginot politique. Charlie McCreevy,
commissaire au marché intérieur, a condamné " le patriotisme
démagogique " d'un gouvernement déjà réticent sur la directive
services depuis l'échec de son référendum constitutionnel.
Bruxelles s'inquiète de voir les Etats membres bafouer les
quatre grandes libertés du marché intérieur : libre circulation
des biens, des personnes, des services et du capital. "
Le Conseil européen ne doit pas se dérober à ses responsabilités
et doit réprimander fermement les Etats membres qui vont à
l'encontre des quatre libertés sur lesquelles se fonde notre
Union " avait affirmé le chef des libéraux démocrates
européens, Graham Watson. Seule la chancelière allemande
Angela Merkel a exhorté ses partenaires " à ne pas penser
uniquement en termes nationaux ", et appelé à la constitution
de " champions européens " dans le secteur de l'énergie…
ambition de l'allemand Eon lorgnant sur Endesa. Jacques Chirac
a balayé les accusations dont fait l'objet son pays d'un "
c'est n'importe quoi, c'est une contre-vérité évidente
" et a affirmé que ses partenaires ne se permettraient pas
de telles accusations. En refusant d'aborder les sujets qui
fâchent les 25 ont montré que la flamme européenne était loin
d'être ravivée laissant la porte ouverte à plus de patriotisme
économique.
Que pensent les Français de l'Europe ?
Le 29 mai 2005, la large victoire du non français au traité
établissant une Constitution pour l'Europe a souvent été interprétée
dans l'Union européenne comme une preuve d'" europhobie "
des Français. Près de huit mois après ce vote, une récente
enquête de l'" Eurobaromètre " publiée le 15 mars vient prendre
le pouls de l'opinion française sur la construction européenne.
S'il est difficile de dire si les Français aiment l'Europe,
ils y sont pour le moins attachés : d'après cette étude commandée
par la Représentation française de la Commission européenne,
trois Français sur quatre jugent positif l'attachement de
leur pays à l'Union. Un attachement particulièrement fort
chez les plus jeunes et les plus anciens, les classes intermédiaires
étant elles plus mitigées. Si pour 66% des personnes interrogées,
l'Union est une communauté de valeurs qui la distingue du
reste du monde, 54% des sondés jugent qu'elle permet de mieux
lutter contre les effets négatifs de la mondialisation.
Reste que sur de nombreux points, l'Union européenne doit
encore convaincre. En effet, 63% des sondés jugent que la
construction européenne est une mauvaise chose pour l'emploi
: un résultat qui inquiète le commissaire français, Jacques
Barrot, qui a jugé à chaud que " les politiques n'ont pas
fait leur travail " car le " marché unique a produit des effets
positifs ". Aux yeux de Jacques Barrot, plus inquiétante est
l'opinion des sondés sur le dernier élargissement car pour
49% d'entre eux il a été une "mauvaise chose" et 47% le jugent
positivement. A une très large majorité, les Français souhaitent
que les responsables politiques et les media parlent davantage
d'Europe. Quant à l'épineuse question du texte constitutionnel,
seuls 12% des sondés sont pour l'abandon de toute idée de
Constitution, 35% pensent qu'il faudrait renégocier à partir
du projet existant et 39 % sont pour une renégociation à partir
de zéro. " Le bon sens des Français rejoint l'incertitude
et les difficultés des dirigeants dans cette affaire " a remarqué
le commissaire Barrot. C.D.
http://europa.eu.int/comm/public_opinion/archives/flash_arch_fr.htm
En bref
Jeunes et vie politique
EUYOUPART est un projet financé par le programme-cadre de
recherche de l'Union européenne sur l'implication des jeunes
européens dans la vie politique. Une enquête a été menée auprès
de 8 030 jeunes de 15 à 25 ans originaires de 8 pays européens
(Autriche, Italie, Slovaquie, Estonie, Finlande, France et
Royaume-Uni) afin de connaître les facteurs qui poussent les
jeunes à s'engager en politique. Les conclusions de l'enquête
nous apprennent que l'école mais aussi les amis et la famille
sont les premiers vecteurs d'incitation à l'engagement en
politique. L'école est ainsi décrite comme le lieu idéal pour
sensibiliser les jeunes aux mérites de la participation, grâce
aux associations d'élèves ou aux débats politiques en classe.
La famille et les amis jouent aussi un rôle prépondérant.
L'étude souligne qu'il existe également un lien entre les
médias par lesquels les jeunes s'informent et leur attitude
politique : ceux qui s'informent par la presse et Internet
sont politiquement plus actifs que ceux qui s'informent uniquement
par la télévision, comme ce fut le cas notamment au moment
des élections européennes de 2004. Fort de ce constat, la
Commission européenne souhaite que l'ensemble des institutions
européennes prenne à bras le corps cette question de la baisse
de l'intérêt des jeunes européens pour la politique.
RSE
Comment encourager les entreprises à aller au-delà de leurs
obligations légales minimales pour agir en faveur de la société
et du développement durable ? Pour répondre à cette question,
la Commission européenne apporte son soutien au lancement
d'une " Alliance européenne pour la responsabilité sociale
des entreprises ". Cette alliance ouverte à toutes les
entreprises européennes, quelle que soit leur taille n'est
pas un instrument juridique nécessitant l'aval des entreprises
mais un cadre politique général pour des initiatives nouvelles
ou existantes prises dans le domaine de la RSE. Une initiative
qui s'inscrit dans la continuité d'une large consultation
de l'ensemble des parties prenantes au sein du forum plurilatéral
européen sur la RSE qui a présenté son rapport final en 2004.
La Commission propose d'organiser périodiquement de nouvelles
réunions du forum en 2006 afin de permettre un suivi continu
des progrès accomplis en matière de RSE. Pour plus d'informations:
http://europa.eu.int/comm/enterprise/csr/policy.htm