La loi Aillagon du Ier août 2003 a engendré un boom du
mécénat d'entreprise. Les derniers chiffres le confirment.
"Cohérence, utilité et implication", trois maître-mots
qui font la réussite de toute démarche de mécénat d'entreprise
selon Cathy Forget, directrice du mécénat de Sanofi-Aventis.
Dans les locaux d'Axa, le 2 mars dernier l'" IMS-entreprendre
pour la cité", a pu présenter devant un parterre de professionnels
du mécénat, le " premier guide pratique conçu pour aider
les entreprises à concevoir et piloter une démarche citoyenne
". Co-parrainé par Jean-François Lamour, ministre de
la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative et Claude
Bébéar, ce guide est aussi " le recueil de vingt ans
d'expérience dans le mécénat humanitaire " a précisé en
introduction l'ancien PDG d'AXA. " Depuis ma prise de fonction,
je me suis toujours attaché à réduire le fossé entre les associations
et les entreprises " a souligné de son côté Jean-François
Lamour. Au regard du développement des fondations d'entreprise
depuis la loi Aillagon du 1er août 2003, le fossé est bien
en train de se réduire entre le secteur marchand de l'entreprise
et celui du monde associatif.
Aujourd'hui, les entreprises ne se contentent plus de mettre
seulement la main au porte-monnaie, elles encouragent de plus
en plus leurs salariés à donner de leur temps et de leur savoirfaire
à une bonne cause humanitaire ou culturelle.
Mouvement de fond
C'est sous la houlette d'Henri de Reboul, Délégué général
de l'IMSentreprendre pour la cité, que plusieurs professionnels
du mécénat ont réaffirmé alors leur engagement dans ce qui
est désormais connu sous la formule " responsabilité sociétale
de l'entreprise " (RSE). Pourquoi ? Comment ? Qui ? Quelle
structure ? Autant de questions intrinsèques à l'" engagement
citoyen" de l'entreprise : une expression qui recouvre
une réalité aussi diverse qu'il y a de cultures d'entreprise.
Aujourd'hui, malgré les différences nationales relatives par
exemple à l'importance des Eglises et des corps intermédiaires
dans les sociétés européennes, des "tendances de fond ressortent
au niveau européen" a pu noter Joana Pyres, responsable
du programme " Engage in Europe ". L'intérêt croissant des
directions d'entreprise pour les projets mobilisant les salariés,
le développement de partenariats de long terme entre les entreprises
et les associations ou encore la professionnalisation des
structures associatives sont autant de signaux pour confirmer
que les indicateurs du mécénat d'entreprise sont au vert.
Les chiffres clés du mécénat
Les fondations d'entreprise, un simple effet de mode ? Négatif
confirme la publication récente d'un sondage CSA-Admical.
La preuve est faite : la loi Aillagon du 1er août 2003 doublant
les avantages fiscaux liés aux activités de mécénat a engendré
un boom du mécénat. Selon le récent sondage de l'Association
pour le développement du mécénat industriel et commercial
(Admical) rendu public le 13 mars dernier, 18% des entreprises
d'au moins 200 salariés sont aujourd'hui mécènes et ont consacré
plus d'un milliard d'euros à leur activités de mécènes.
Phénomène nouveau : plus de 30% des entreprises mécènes pratiquent
ce qu'il est convenu d'appeler " le mécénat de compétences
" c'est-à-dire l'engagement de leurs salariés. Si elles sont
plus nombreuses, les entreprises mécènes sont aussi mieux
réparties sur le territoire : 57% d'entre elles sont situées
en régions. Contrairement aux idées reçues, les PME participent
aussi de ce mouvement de fond : 53% des entreprises mécènes
emploient entre 200 et 499 salariés. Les champs de la solidarité,
de la culture et de la santé arrivent en tête des axes d'intervention
du mécénat d'entreprise.
en bref
La création d'entreprises se maintient à un haut niveau.
Selon une récente note de l'Insee, le nombre de créations
d'entreprises est repartie à la hausse en février. En un mois,
plus de 20 000 Français se sont mis à leur compte. Entre février
2005 et février 2006, ce sont plus de 228 777 entreprises
qui se sont crées. Les secteurs en plein essor restent l'immobilier,
la construction, les services aux entreprises, la santé et
l'action sociale. Cependant, depuis 2002, 86,5 % des créations
ne concernent que les entreprises sans salarié et plus de
deux créations sur cinq sont des SARL (société groupant des
associés dont la responsabilité est limitée à leur apport
personnel).
CV anonyme : une fausse bonne idée ? Le projet de loi
pour l'égalité des chances ne restera pas que célèbre pour
le très controversé CPE, il sera aussi le texte qui a légalisé
le CV anonyme. Dans la nuit du 5 au 6 mars, le Sénat a voté
un amendement proposé par Nicolas About (UDF), président de
la commission des affaires sociales de la Haute Assemblée,
instaurant le CV anonyme comme nouvel outil de recrutement
pour les entreprises de plus de 50 salariés. Aussitôt, Claude
Bébéar, à l'origine de cette proposition dans son rapport
" des entreprises aux couleurs de la France " a jugé que "
cette loi était inutile et contreproductive ". Une opinion
largement partagée par les organisations patronales : " il
ne faut pas croire que la loi fait tout et tout de suite "
a souligné Laurence Parisot, présidente du Medef, lors d'un
séminaire au Sénat intitulé " Les entreprises à la rencontre
de la diversité ".