Pourquoi il est urgent de ratifier l'accord
de Londres
Par Charles Beigbeder, Président de la Commission Recherche,
Innovation et Nouvelles Technologies du MEDEF
Pour les entreprises françaises, et notamment les PME, la
ratification de l'accord de Londres permettra
1) de réduire considérablement le coût de dépôt du brevet
européen et donc d'inciter les PME françaises qui ne le font
pas de déposer et de mieux protéger leurs inventions à l'échelle
européenne;
2) de rendre ainsi le brevet européen plus compétitif par
rapport au brevet américain ou japonais;
3) de favoriser le dépôt de brevets français en langue française
étant donné que notre langue sera directement opposable;
4) de consacrer le Français comme une des trois grandes langues
scientifique européennes et d'écarter les risques d'un système
européen évoluant vers le "tout Anglais" faute de solutions
probantes sur les traductions.
Le MEDEF tient à souligner la réalité du problème que pose
le coût des traductions. Le coût moyen (environ 40 % du coût
total du brevet européen), d'un dépôt de brevets est estimé
et peut atteindre 150 000 euros dans le cas d'un brevet "
biotech " complexe (qui peut atteindre 1000 pages) traduit
dans les 27 langues de l'OEB. En cas de ratification de l'accord
de Londres, le français devient opposable et ce coût tombe
à 0.
Mais il y a plus grave. Si les grandes entreprises industrielles
ou les gros laboratoires pharmaceutiques peuvent payer ces
coûts de traduction, les PME françaises ne le peuvent pas
: ce sont elles qui sont principalement pénalisées par l'obligation
de traduire le brevet dans toutes les langues des Etats dans
lesquels l'invention a vocation à être protégée. Nous sommes
régulièrement saisis de cas de PME qui ont abandonné la procédure
de dépôt de brevet européen faute de moyens financiers et
qui se sont vues piller leurs inventions par des concurrents
de plus grosse taille américains ou japonais. Le système actuel
n'est donc absolument pas protecteur contrairement aux apparences.
L'importance de ces coûts de traductions ne saurait être minimisée
en invoquant la rentabilité commerciale attendue. Le retour
sur investissement d'un dépôt de brevet est en effet particulièrement
incertain, et parfois lointain : il faut parfois jusqu'à 20
brevets différents pour isoler une molécule et commencer à
la commercialiser. Par ailleurs, il faut souligner que cet
investissement lourd n'assure pas une protection définitive,
mais seulement une protection limitée dans le temps.
Le MEDEF estime par ailleurs que les impératifs de traduction
dans les 27 langues européennes et paneuropéennes sont non
seulement extrêmement coûteux mais surtout inutiles : selon
l'Office européen des brevets le taux de lecture des traductions
de brevets est inférieur à 2 %. La traduction des brevets
étrangers en Français ne représente aucun intérêt, ni aucun
enjeu pour les citoyens français.
Enfin, le MEDEF tient à souligner que les opposants où le
système actuel développe des effets pervers qui favorisent
le dépôt de brevets français en langue anglaise. Comme il
est moins coûteux de traduire à partir de l'Anglais qu'à partir
du Français dans des langues rares, les entreprises françaises
tendent de plus en plus à déposer leurs brevets directement
en anglais, comme le prouvent les dernière statistiques disponibles.