Vu par...
Christine Boutin, députée (UMP - Yvelines), présidente du
groupe d'études sur les conditions carcérales et les prisons
Les conclusions du rapporteur Gil-Robles sur l'état des prisons
vous surprennent-elles ?
Malheureusement non. Je suis très affectée de voir qu'il pointe
aussi justement ce que je dénonce depuis plusieurs années.
A cet égard, j'avais fait le même constat lors du rapport
de la commission d'enquête parlementaire sur les prisons françaises
en 2000, notamment à propos de la surpopulation des maisons
d'arrêt. Il y a environ 41 500 détenus, dont 21 000, en détention
provisoire, attendent leur jugement. Rappelons qu'une place
pour chaque détenu devrait être un principe acquis : il est
plus que temps d'établir un numerus clausus, nous obligeant
ainsi à réfléchir sur le sens de la sanction, juste et proportionnée
visant à réparer le délit mais aussi à préparer la sortie
du détenu. Il n'est pas inutile de rappeler que la privation
de liberté reste temporaire et que la réinsertion commence
dès la période de détention.
Depuis le rapport de la commission d'enquête parlementaire
sur la situation dans les prisons françaises en 2000, les
choses semblent s'être encore dégradées. Est-ce à dire que
les recommandations du rapport n'ont pas été suivies d'effet
?
Ce rapport reposait sur trois constats de départ : les dysfonctionnements
de la prison sont les mêmes que ceux de la société " libre
", étudier les conditions carcérales revient à s'intéresser
à l'ensemble des relations sociales et à notre modèle de société,
il est urgent de définir le sens de la peine et de l'enfermement,
c'est-à-dire une privation temporaire de liberté. Face à cela,
de nombreuses recommandations ont été énoncées concernant
les détenus, le personnel et le corps social, rappelant la
nécessité de poursuivre le débat public, relayé par le travail
législatif. Si la plupart de nos propositions restent encore
à concrétiser, le débat public est quant à lui bien lancé,
mobilisant de plus en plus de personnes autour de la question
des prisons comme cela est le cas lors des deux Rencontres
parlementaires que j'ai organisées à ce sujet.
Quelles suites pensez-vous donner au rapport du Conseil
de l'Europe ?
Il me semble plus que jamais nécessaire de travailler sur
la question de la réinsertion, thème des dernières Rencontres
parlementaires et de nombreuses auditions du groupe d'études
sur les conditions carcérales et les prisons que je préside.
D'autre part, la publication du rapport de M. Alvaro Gil-Roblès,
que nous inviterons certainement lors des IIIèmes Rencontres
parlementaires sur les prisons, n'a fait que renforcer l'urgence
d'une sensibilisation populaire autour de la réalité carcérale.
Je suis persuadée que si les Français connaissaient les conditions
de détention, ils ne l'accepteraient pas. C'est également
en ce sens que le groupe d'études sur les conditions carcérales
et les prisons a choisi d'orienter son travail, notamment
par de nombreuses visites de prisons et par la rédaction d'un
livre collectif.