Blogs à part
Phénomène de société, le blog, ou carnet de bord interactif
sur Internet est en passe de devenir le nouvel outil de communication
des politiques. Lectures en un clic.
Il n'y a pas un jour qui passe sans qu'un nouvel élu ou responsable
politique n'annonce la création de son blog personnel. Avec
plus ou moins de succès. Les derniers en date ceux de deux
anciens premiers ministres Jean-Pierre Raffarin et
Laurent Fabius et celui de Ségolène Royal. Mais
on connaît déjà celui de Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn,
François Fillon ou encore Alain Juppé, et Patrick
Devedjian. D'autres existent. Le nouveau magazine dédié
aux blogs Netizen en a recensé plus d'une centaine. Ce qui
peut sembler ridicule au regard des près de trois millions
de blogs présents sur la " blogosphère " française. Mais ce
phénomène de société en pleine explosion pourrait révolutionner
la manière de communiquer des hommes politiques à l'avenir.
" Le blog va bouleverser la politique. Je crois même qu'il
est un mode de communication totalement révolutionnaire équivalent
à l'arrivée de la télévision il y a cinquante ans. Aujourd'hui
on émet des messages mais avec le blog on explore des projets,
des idées en invitant les gens à réagir. Le blog est interactif,
c'est tout l'intérêt " explique l'ancien ministre, sénateur
et blogueur Alain Lambert (UMP - Orne). Une interactivité
qui va même très loin. Très en avance sur le sujet, Laurent
Fabius donne à ses lecteurs la possibilité de l'écouter, grâce
à un lecteur podcast intégré. La vidéo est annoncée pour très
bientôt.
Profil du politblogueur
Phénomène récent, les premiers blogs d'hommes politiques recensés
comme tels sont ceux de Dominique Strauss-Kahn, André Santini,
Jean- François Copé, Julien Dray, courant 2004, avec des
apparitions parfois éclairs et opportunistes au moment d'échéances
électorales. Le phénomène s'accélère en 2005. Aujourd'hui
le blog d'hommes politiques a le vent en poupe. Les internautes
sont de plus en plus nombreux à venir cliquer sur le blog
d'un homme politique afin de pouvoir échanger, dialoguer avec
celui qui a ou a eu un moment ou à un autre des responsabilités
politiques. Pour l'élu, le blog est une façon originale et
innovante d'aborder de nouvelles classes de citoyens sans
parler d'électeurs. Ainsi Roxane Decorte, conseillère
UMP de Paris estime que "le blog est un moyen de toucher
les 15-30 ans, ceux que les méthodes traditionnelles d'approche
(tractages, visites d'immeubles) échouent à trouver" a-t-elle
expliqué lors d'un débat sur le thème " Blog et politique
" (1). Mais est-on si sûr de cela ? L'enquête menée par Yves-Marie
Cann, le fondateur de sciencepolitique. net (2) semble
remettre en cause cet enthousiasme. Le " politblogueur
" est principalement masculin (86% contre 53%), âgé de 25
à 49 ans (49%) et ayant un degré d'engagement et de politisation
particulièrement élevé, " une proportion importante se
déclare membre d'une formation politique (43%) " précise
même Yves-Marie Cann. Un autre aspect du sondage devrait
ravir les responsables politiques. 76% des internautes sondés
considèrent qu'un blog permet de renforcer les liens entre
un élu et ses électeurs et 58% d'entre eux jugent que les
blogs politiques permettent d'échanger facilement avec les
élus. Un sentiment partagé par le sénateur Lambert " Cette
technologie permet de vous rapprocher des citoyens. Une relation
de proximité s'instaure. Le blog leur donne aussi la possibilité
d'exprimer tout à fait librement leur sentiment. Cela gomme
toute distance entre eux et nous ".
Une tribune politique
Mais le blog est aussi et surtout une tribune politique. Il
permet aux élus de s'exprimer librement, sans peur de voir
trahis leurs propos, sur des thèmes qu'ils ont choisis au
préalable. " Au lieu d'être en réaction par rapport aux
médias classiques sur des sujets choisis par eux, c'est vous
qui déterminez les sujets sur lesquels vous vous exprimez
avec un retour immédiat. C'est un renversement des choses
" souligne Alain Lambert. " Et même si sur certains sujets
il m'arrive de prendre des volées de bois verts, j'assume
et défends mes choix. Le blog ne doit pas seulement être un
lieu de consensus, il doit aussi être un lieu de débat
" ajoute-t-il. De son côté Nadine Jeanne, conseillère
municipale socialiste de Puteaux, n'hésite pas à dire qu'elle
" n'écrit pas pour faire de la fantaisie mais pour faire
passer une conviction " (3).
La question que beaucoup se pose alors aujourd'hui est de
savoir si les prochaines élections et parmi elles, la présidentielle
pourraient se jouer sur Internet et sur le blog. On se souvient
de la campagne référendaire sur le Traité constitutionnel
du 29 mai dernier qui avait vu fleurir un nombre considérable
de blogs. L'impact de ces journaux de bord virtuels et interactifs,
un temps méprisés avait semble-t-il était mésestimé. Dans
le sondage cité plus haut, une nette majorité prédit un impact
important d'Internet (69%) et des blogs (60%) sur la prochaine
présidentielle. Sans faire l'élection, le blog pourrait y
participer grandement. Le blog, un passage obligé pour les
politiques ? Pas si sûr. Certains et pas des moindres rechignent
encore à sauter le pas. Arnaud Dassier, le "monsieur
Internet" de l'UMP (c'est lui qui est à l'origine des
envois de spam UMP, des adhésions en ligne…) " conseillera
peut être " Nicolas Sarkozy d'avoir son blog au
moment des présidentielles mais sans grande conviction. "
Les Français n'attendent pas qu'un ministre en exercice passe,
20, 30 ou 10 minutes de son temps chaque jour pour tenir un
blog " explique-t-il. Quant à Dominique de Villepin
interrogé sur ce sujet lors d'un chatvidéo sur l'emploi,
il n'est pas encore semble-t-il prêt à ouvrir son propre blog
: " non, non, je préfère le bloc papier " (4) répond-il.
Sans présumer de l'avenir du blog politique, tous s'accordent
cependant à dire que les prochaines élections ne se feront
pas sans cet outil de communication virtuel. Les hommes politiques
d'une manière ou d'une autre devront faire avec.
(1) et (3) www.politique20.info
(2) Etude quantitative en ligne réalisée auprès de 375 internautes
âgés de 15 ans et plus entre le 1er décembre 2005 et le 25
janvier 2006. En savoir plus : www.sciencepolitique.net
(4) le Figaro le 3 février 2006 Voir également l'émission
sur Public Sénat : Parlons Blogs (http://parlonsblogs.blogspot.com/).
Sébastien Huygue (UMP - Nord) a décidé
de rendre le processus législatif transparent en créant le
1er blog parlementaire qui permet de suivre étape par étape
la genèse d'une loi.
Quelle a été votre intention en lançant votre propre blog
?
S'il ne s'agit pas du premier Blog d'un parlementaire, c'est
le premier blog dédié à l'activité parlementaire. C'est-à-dire,
consacré à une Loi en particulier, celle de la Réforme des
Successions et des Libéralités, et à travers elle, au processus
législatif dans son ensemble. En lançant ce blog, j'avais
3 objectifs.
Le premier était celui d'e-démocratie directe. C'est-à-dire
permettre à nos concitoyens de réagir sur les dispositions
du projet de Loi.
Le second était d'en faire un outil pédagogique pour expliquer
le processus d'élaboration de la Loi.
Le dernier était de faire vivre en direct, aux internautes
les travaux législatifs.
De la même manière que la Commission d'Enquête sur Outreau
participe à lever le voile sur le rôle des Députés, j'espère
que ce blog permettra aux Français de découvrir la réalité
du travail parlementaire.
Quel va en être le contenu et comment allez vous le pérenniser
?
Je crois que le principe qui consiste à offrir à ceux qui
le désirent la possibilité de s'exprimer concernant un projet
de Loi doit se poursuivre. Le blog disposera d'une rubrique
reprenant les principaux textes de Loi que l'Assemblée étudiera
et où chacun pourra déposer son avis et ses remarques.
Un certain nombre de rubriques vont voir le jour concernant
la vie locale autour de ma circonscription et des rubriques
plus politiques. Sans être, le remède universel, l'outil "
blog " est appelé à devenir un des moyens principaux d'échange
entre le député et ses concitoyens, entre le politique et
ses militants. C'est une façon de proposer et confronter ses
idées directement sans filtre et de profiter des réponses
tout aussi directes.