La France se tourne vers les steppes
de Mongolie
La Mongolie célèbre cette année le 800ème anniversaire de
la création de l'Empire mongol par Gengis Khan. Du 5 au 11
février dernier, une délégation de Mongolie a réaffirmé à
Paris sa volonté de renforcer la coopération franco-mongole.
"La Mongolie, ce n'est pas la CEI, pas la Corée, pas la
Chine, la Mongolie c'est à part " a insisté Patrice
Gélard, président du groupe interparlementaire France-Mongolie
du Sénat le 8 février dernier en présence d'une délégation
de trois députés du Grand Khoural de Mongolie (parlement monocaméral)
et de cadres d'entreprises françaises. Si les liens entre
la Mongolie et la France ne datent pas d'hier, ils connaissent
un nouvel essor ces dernières années. Pour preuve de ce renforcement,
la visite du 5 au 11 février d'une délégation de trois députés
mongols composée de Gonchigsuren Adiya, Président du groupe
d'amitié Mongolie-France, Rinchinnyam Amarjargal, ancien Premier
ministre, et Bat Batbaatar. Etendue sur 1 556 000 km2, soit
une superficie trois fois plus grande que la France, la Mongolie
ne compte que 2,8 millions d'habitants dont la moitié se trouve
à Oulan-Bator, la capitale.
Troisième pays asiatique doté d'un régime démocratique parlementaire,
avec le Japon et l'Inde, la Mongolie a bien mené sa transition
démocratique avec le soutien dès 1991 des Etats-Unis et de
l'Union européenne. Cependant, le pays reste très dépendant
de l'aide financière internationale. Autrefois assurée par
l'URSS, elle est désormais versée par un groupe de pays donateurs
et par des institutions financières internationales pilotées
par la Banque mondiale. Au-delà des liens historiques et peu
connus qui unissent la France et la Mongolie, la coopération
entre les deux pays se concentre aujourd'hui sur les aspects
industriels et universitaires. Si la Mongolie est avant tout
un pays d'éleveurs où le cheval règne en maître, le pays recèle
aussi nombre de ressources naturelles difficiles à exploiter
du fait d'un manque d'infrastructures. Lors de leurs nombreuses
visites en février dernier, les députés mongols ont souligné
leur intérêt pour l'expertise française dans plusieurs domaines
et notamment en matière d'élevage ovin et bovin, un secteur
qui représente une part essentielle du PIB de la Mongolie.
C.D.
Entretien avec Patrice Gélard (UMP- Seine-Maritime),
Président du groupe d'amitié interparlementaire France-Mongolie
La coopération entre la France et la Mongolie se porte-t-elle
bien?
Les relations franco-mongoles sont anciennes (elles remontent
à Saint- Louis…) et excellentes, même si elles sont un peu
trop espacées à mon avis. Le groupe d'amitié du Sénat, que
je préside depuis 6 ans, est un interlocuteur privilégié de
nos amis mongols. De retour de Mongolie en 2002, j'ai obtenu
du Quai d'Orsay que nous ayons une ambassade permanente à
Oulan-Bator ; depuis, nos liens se resserrent dans différents
domaines. Un de mes premiers objectifs est de convaincre le
Président Chirac d'effectuer une visite officielle en Mongolie,
très attendue depuis longtemps par les Mongols : ça serait
un signal fort de la considération mutuelle que nos deux pays
se portent.
Si le processus de démocratisation politique s'est plutôt
bien passé depuis 1990, où en est la transition économique
?
C'est un point faible, car en avançant à marche forcée vers
l'économie de marché, les Mongols ont perdus leurs repères
hérités de l'ère communiste. En outre, les infrastructures
mongoles sont très déficientes : peu de route, un climat difficile,
des ressources naturelles peu accessibles, un régime foncier
marqué par le nomadisme, etc.
Sur le plan économique, le fait est que la Mongolie reste
l'un des pays les plus pauvres du monde, avec 35 % de la population
en dessous du seuil de pauvreté. Rien d'étonnant que les nomades
se regroupent autour des quelques centres urbains, d'autant
qu'ils ont subi une série d'hivers catastrophiques où ont
péri des millions de têtes de bétail.
Mais la situation se redresse peu à peu, et les privatisations
se déroulent sans heurt social majeur. Par ailleurs, la Mongolie
a des atouts : son environnement, qui est une de ses grandes
richesses, et qui peut lui attirer un tourisme de qualité,
des produits d'exportation - le cuivre, dans la région d'Erdenet,
notamment, et l'or - le cachemire, un des meilleurs du monde...
L'aide internationale n'est pas absente. La France est le
second fournisseur européen de la Mongolie, et l'aide au développement
que nous lui fournissons est en progression continue depuis
trois ans.
Quelles sont les priorités du groupe sénatorial d'amitié France-Mongolie
pour les mois à venir ?
En dehors de la visite du Chef de l'État (qui ne relève pas
de notre autorité !), nous comptons renforcer nos liens de
coopération interparlementaire. En mars, nous allons par exemple
accueillir une stagiaire du Grand Khoural (le Parlement mongol),
qui va suivre le " cycle court de l'ENA sur le travail parlementaire,
organisé en partenariat avec les assemblées française. Et
bien sûr, nous participerons en juillet 2006 aux célébrations
du 8ème centenaire de la fondation de l'État mongol par Gengis
Khan.