Pour être efficace face à
l'Iran, savoir tirer des leçons des erreurs passées
Par Jean-Pierre Michel, sénateur (PS- Haute-Saône) et Marc
Reymann, député (UMP-Bas-Rhin), Vice-président de l'Assemblée
de l'Union de l'Europe Occidentale.
Depuis l'avènement du nouveau président iranien, nous assistons
à une radicalisation inquiétante de la République islamique.
Les déclarations de Téhéran deviennent de plus en plus extrémistes.
Ahmadinejad a franchi la ligne rouge en réfutant publiquement
l'Holocauste et en lançant des concours de caricatures négationnistes
dans le pays.
Les discours ouvertement anti-occidentaux approchent les déclarations
de guerre au monde entier. C'est d'autant plus inquiétant
que nous savons que l'Iran a repris ses activités d'enrichissement
d'uranium malgré les demandes répétées de l'Agence internationale
de l'énergie atomique de les suspendre.
Profitant de la crise des "caricatures", l'Iran incite à la
violence les foules pour s'en prendre à l'ensemble de l'Occident.
A Téhéran, sous les yeux complices de la milice, les ambassades
du Danemark, d'Autriche, de Grande Bretagne, d'Allemagne et
de France sont attaquées à coup de pierres et de cocktails
Molotov.
Cette attitude radicale ne se limite pas à l'Occident. Les
autorités iraniennes répriment avec une rare cruauté leur
propre population. Les pendaisons publiques et les condamnations
à mort annoncées depuis six mois dépassent la centaine. Amnesty
International s'est alarmée des exécutions de mineurs. Les
prisonniers politiques sont menacés d'élimination. Les organisations
de défense des droits de l'homme ont fait part de l'exécution
au mois de février du jeune Hodjat Zamani à la prison de Gohardacht
pour son appartenance aux Moudjahidine du peuple (OMPI). Les
observateurs dénoncent une recrudescence alarmante des mesures
discriminatoires envers les femmes.
Nous étions pourtant habitués d'entendre des nouvelles rassurantes
et des promesses séduisantes sur l'avenir de ce pays. Beaucoup
de spécialistes et d'iranologues nous disaient que l'Iran
traversant son "thermidor", allait entamer une phase de réforme
et de libéralisation. Nous avons encouragé la marche de ce
pays de grande civilisation vers la modération. Mais nous
remarquons avec déception que la nature extrémiste et totalitaire
de cette théocratie a été largement sous estimée, particulièrement
par nos spécialistes et les chancelleries européennes.
Alors que tout le monde nous invitait à choyer ce pouvoir
religieux, seule l'opposition iranienne nous avait mis en
garde. Comparant ce régime à une vipère, elle rappelait "qu'une
vipère ne peut accoucher d'une colombe". Venant d'une opposition
a priori partiale, peu de gens y ont prêté l'oreille. Force
est de constater, que l'analyse de cette résistance, qui a
affronté face à face les mollahs, s'avère particulièrement
fondée. En effet, la théocratie se révèle totalement incapable
de se modérer. L'opposition avait vue juste, d'autant plus
qu'elle avait tout intérêt à souhaiter une transition pacifique
du régime vers la modération. N'oublions pas que la dirigeante
de la Résistance avait déclaré qu'elle accepterait le verdict
des urnes si un référendum était organisé sous l'égide de
l'ONU.
Aujourd'hui le régime iranien tente de poursuivre le jeu cher
aux dictatures, celui des modérés et des durs. Ahmadinejad
joue le mauvais génie et le guide suprême Ali Khamenei serait
le bon. Ce jeu de dupe ne peut plus tromper les dirigeants
occidentaux, il ne fait qu'accorder un temps précieux aux
ayatollahs. La théocratie iranienne a besoin de temps pour
réaliser un front des Etats et des organisations extrémistes
dans la région du Moyen-Orient et se doter de l'arme atomique.
Dix-huit années de dissimulation et trois années de cache-cache
avec la troïka ne laissent aucun doute sur les intentions
du programme nucléaire iranien. Le chef de la diplomatie française,
Philippe Douste-Blazy l'a clairement dit : "Aujourd'hui
c'est très simple: aucun programme nucléaire civil ne peut
expliquer le programme nucléaire iranien. Donc, c'est un programme
nucléaire iranien militaire clandestin". Face à cette
situation le monde devrait changer de politique et adopter
une attitude concertée devant un danger commun. En décidant
de transférer le dossier nucléaire iranien au Conseil de Sécurité,
un pas important a été franchi, mais reste insuffisant.
L'Iran compte poursuivre les pressions et le chantage pour
dissuader le monde à baisser les bras. Pour ne pas céder,
il faut que le Conseil de Sécurité adopte des mesures contraignantes
contre Téhéran. La Présidente de la Résistance iranienne,
Maryam Radjavi vient de lancer un appel : "La seule manière
de faire face et de contrecarrer les tromperies des mollahs,
c'est d'agir rapidement et de ne plus leur donner de temps".
Elle a appelé à un embargo en armes et en pétrole, diplomatique
et technologique de l'Iran des mollahs. Sachant que les bénéfices
de la rente pétrolière sont empochés par les dignitaires du
régime ou consacrés aux dépenses militaires et nucléaires,
nous pouvons comprendre la légitimité d'un tel appel. Si nous
voulons être efficaces, voir la fin du cauchemar vers lequel
l'Etat intégriste est en train de mener l'Iran et le monde
et éviter de tomber dans l'aventurisme guerrier, nous devrions
écouter ceux qui résistent avec courage et honnêteté à ce
pouvoir depuis plus d'un quart de siècle. Les Iraniens qui
n'ont pas plié devant l'intégrisme méritent notre respect
et notre soutien. Il faut surtout changer d'attitude à l'égard
de leur résistance.
Cependant, les Etats démocratiques ne se sont pas comportés
dignement envers ces résistants. La conséquence majeure de
la politique dite de dialogue critique ou constructive a été
de pénaliser la principale force d'opposition iranienne pour
faire plaisir aux mollahs de Téhéran. C'est d'abord le Département
d'Etat américain qui a placé l'OMPI sur la liste des organisations
terroristes, à la demande du régime iranien selon Martin Indyk,
secrétaire d'Etat adjoint aux affaires du Proche Orient de
l'époque. Ce fut ensuite le tour de l'Union européenne en
2002, également à la demande de Téhéran selon le ministre
britannique des affaires étrangères, Jack Straw. Depuis, la
plupart des parlements européens et le Congrès contestent
ces inscriptions, qualifiées par les juristes internationales
d'injustes et d'infondées. Les Américains ont reconnu depuis
en Irak un statut spécial protégeant les membres de l'OMPI
conformément à la IVe convention de Genève comme force non
belligérante, les lavant dans les faits de tout soupçon de
terrorisme.
Une campagne de diabolisation dirigée par Téhéran taxe cette
résistance de terroriste et de secte. Quand on sait que ces
accusations sont avancées par des fanatiques qui entraînent
leur pays vers une dérive sectaire et encouragent le terrorisme,
on ne peut que contester leur crédibilité. Cela reviendrait
à traiter les résistants français qui s'organisaient contre
l'occupation de secte. Il ne faut absolument pas confondre
l'extraordinaire capacité d'organisation des Moudjahidine
du peuple, avec une dérive sectaire. C'est d'une répression
cruelle qui imposent à ceux qui ont pour souci d'établir coûte
que coûte la liberté dans leur patrie, de s'organiser de manière
efficace. C'est une grave erreur de vouloir évaluer une résistance
avec les critères d'un parti politique en tant de paix. Un
rapport d'enquête fort détaillé de nos collègues du Parlement
européen (1) arrive à établir la vérité sur ce mouvement.
Aucun reproche de cette nature ne peut être fait à une résistance
qui se déclare fidèle à la Déclaration universelle des droits
de l'Homme.
Face à la détermination d'un régime qui sème la haine et la
violence, nous ne pouvons rester silencieux. Nous devons être
de plus en plus nombreux à réagir et à répondre aux attentes
du peuple iranien. Nous devons briser le silence et l'inaction
face aux violations des droits de l'homme de ce régime. Nous
devons réclamer la fin des restrictions imposées à l'opposition
iranienne en France et en Europe, la suppression de l'OMPI
des listes du terrorisme. Nous resterons ainsi fidèle à notre
histoire et à la tradition de la France.
1. André Brie, Paulo Casaca, Azadeh Zabeti, Rapport de
mission d'enquête sur les Moudjahidines du peuple d'Iran,
édition l'Harmattan.