Par Jean-Luc Archambault, Président LYSIOS Public
Affairs
Un tel titre suscite deux questions immédiates : être lobbyiste,
n'est-ce pas un état peu recommandable ? S'agit-il vraiment
d'une profession ?
De quoi parle t-on précisément ? Le lobbying est une action
entreprise par une organisation auprès des pouvoirs publics,
relative à une décision envisagée par ces pouvoirs publics
et qui concerne l'organisation en question. Le lobbying a
donc une raison d'être simple pour le chef d'entreprise qui
entend parler d'un projet de décision susceptible d'affecter
la rentabilité de ses activités ou sa capacité à développer
de nouveaux produits. Tout naturellement, il va se tourner
vers les responsables publics dont relève cette décision,
pour leur faire part de ses préoccupations et pour essayer
d'obtenir que la décision finale soit favorable au développement
de son entreprise. Dans tous les cas, que vous agissiez par
vous-même ou avec l'appui d'un conseil extérieur, vous faites
là du lobbying.
Quant au terme " lobbying ", qui a parfois mauvaise
presse en France, on peut lui reprocher d'être anglais, langue
d'origine de ce métier. Il peut être remplacé par " relations
institutionnelles ", " affaires publiques ", " public affairs
", mais nous choisissons ici " lobbying " pour
réaffirmer la noblesse du propos, ce qui n'enlève rien au
débat sur certaines pratiques, sur lequel nous allons revenir.
Dans les commentaires de plus en plus nombreux sur le lobbying,
on entend ici ou là des tentatives de justification, expliquant
qu'il sert l'intérêt général. C'est un peu facile et nous
ne croyons pas que l'on puisse aller bien loin dans cette
voie, même si le lobbyiste peut tout à fait donner son analyse
(argumentée) de l'impact de la décision publique sur un périmètre
plus large que la seule entreprise qu'il représente. Il faut
être clair : le lobbyiste ne défend pas directement l'intérêt
général, mais celui de son entreprise ou de son client, et
c'est bien ce qu'on attend de lui.
Pour que le lobbying fonctionne de façon saine, il est donc
essentiel que chacun assume ses responsabilités : le lobbyiste
promeut les intérêts de l'entreprise, le responsable public
recherche l'intérêt général. Les problèmes surviennent en
cas de mélange des genres, si chacun tente de remplir le rôle
de l'autre : le lobbyiste ne doit pas vouloir prendre la place
du décideur public, et le fonctionnaire ou l'élu ne doit pas
rechercher un intérêt particulier. Quant à la transparence
attendue, elle est un préalable à la relation : le lobbyiste
dit " d'où il parle " et le responsable public le demande
explicitement.
Les entreprises prennent de plus en plus conscience de l'impact
des décisions publiques sur leur activité, et de la nécessité
de s'en préoccuper le plus tôt possible. De façon réciproque,
les pouvoirs publics sont désireux de comprendre l'impact
de leurs décisions sur les agents économiques, pour décider
en connaissance de cause. Le lobbying est donc amené à se
développer, et les relations entre élus et entreprises se
professionnalisent. C'est le constat fait par la députée européenne
Françoise Grossetête dans le précédent numéro de La Revue
Parlementaire : " Heureusement, depuis quatre ans environ,
le lobbying français a pris ses marques à Bruxelles. Il est
plus présent, davantage professionnel, mieux organisé
". (1) Et il en va de même en France. Le lobbying n'est plus
un métier superficiel d'ouvreur de porte, sa boîte à outils
ne se limite pas à un carnet d'adresses. Il s'agit d'un véritable
travail de communication, souvent sur des dossiers à fort
contenu technique, auprès d'interlocuteurs spécifiques et
exigeants. La pertinence et la solidité des arguments présentés
sont bien sûr essentielles. Le lobbying est donc une profession
et un métier d'expert, utile et passionnant.
Ces principes étant posés, pourquoi dès lors tant de bruit
autour des supposés méfaits du lobbying ? D'une part pour
de mauvaises raisons, par exemple lorsque ceux qui dénoncent
le lobbying réalisé autour d'un projet de loi par telle entreprise,
sont en fait d'autres parties prenantes qui défendent des
positions différentes. D'autre part pour de bonnes raisons,
à cause de pratiques inacceptables. Lorsque l'ancien lobbyiste
américain Jack Abramoff, désigné par la presse " l'homme
le plus dangereux de Washington ", plaide coupable pour
escroquerie, fraude fiscale et corruption active, il ne s'agit
plus de lobbying, mais de délinquance.
Les comportements malhonnêtes ou illégaux peuvent se rencontrer
dans toutes les professions. A chacun de ne pas s'y livrer
et de se souvenir que les lois sont précisément faites pour
les réprimer, sans oublier que les fondements de relations
humaines durables sont l'expertise, la confiance et la réputation.