Entretien avec Christian Derambure, Président
de la Compagnie Nationale des Conseils en Propriété
Industrielle (CNCPI)
Pourquoi la signature du Protocole de Londres est-elle,
selon vous, contraire à l'intérêt général ?
Si le Protocole de Londres était ratifié, la France renoncerait
à l'exigence de traduction intégrale en français des brevets
européens rédigés en anglais ou en allemand. Cela créerait
une profonde inégalité de situation entre les Etats : alors
que notre pays serait obligé de reconnaître sur son territoire
des droits rédigés en langue étrangère, d'autres pays, y compris
des Etats extra européens tels que les Etats-Unis ou le Japon,
continueraient de bénéficier, dans la plupart des cas, d'une
traduction dans leur langue nationale, même pour les brevets
d'origine française. Une telle ratification serait un renoncement
majeur pour la France, un recul de la langue française dans
l'univers de l'innovation, qui porterait préjudice aux entreprises
françaises. De surcroît, elle affecterait l'attractivité du
droit français et l'attractivité économique de notre pays.
Qu'attendez-vous aujourd'hui des pouvoirs publics ?
La CNCPI demande solennellement aux parlementaires et au Gouvernement
français de ne pas ratifier le Protocole de Londres. La ratification
du Protocole ne ferait qu'aggraver la position fragile de
la France en matière d'innovation : la part dédiée à la R&D
reste encore insuffisante face à nos compétiteurs, et les
dépôts de brevets, notamment face aux stratégies de dépôt
massif des entreprises étrangères, sont encore insuffisamment
développés. Pour répondre aux enjeux français, il s'agit de
provoquer une révolution culturelle en France, qui soit propre
à placer l'innovation et la PI au plus haut niveau des préoccupations,
et à renforcer la culture PI chez les étudiants, les chercheurs
et les entrepreneurs.
En particulier, la CNCPI est prête à oeuvrer avec les pouvoirs
publics pour soutenir les entreprises françaises, et particulièrement
les PME-PMI, dans leurs efforts en matière de R&D et de stratégies
PI. Nous souhaitons que le système juridictionnel français
soit adapté, avec la constitution d'un pôle PI au TGI de Paris,
que la filière française de la PI soit renforcée, avec le
rapprochement des professions d'Avocat et de Conseil en Propriété
Industrielle. Nous attendons également que le système des
brevets en Europe soit simplifié par l'introduction d'un Brevet
Communautaire, sur la base du compromis linguistique qui,
à l'instar de la marque communautaire, pourrait être pentalingue
(français, allemand, anglais, espagnol et italien). Nous souhaiterions
enfin que la France décide de participer aux discussions sur
l'European Patent Litigation Agreement (EPLA), et que la PI
soit intégrée à la réflexion sur l'intelligence économique
dont on sait qu'elle est stratégique.