Les 7èmes Assises nationales de l'énergie se sont tenues
à Dunkerque du 24 au 26 janvier sur le secteur du bâtiment,
responsable de 40% de nos besoins énergétiques et de 25% des
émissions de gaz à effet de serre.
"Faisons vite, çà chauffe ! ", derrière ce slogan de l'Ademe
(Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) en
faveur de la maîtrise de l'énergie, se trouve le contexte d'une
flambée des prix de l'énergie couplée à des objectifs de lutte
contre le changement climatique. Que peuvent les élus pour maîtriser
l'énergie dans un plan de rénovation urbaine ? Que peut la décision
publique en faveur d'une réhabilitation économe en énergie des
quelques 30 millions de bâtiments mal chauffés et mal isolés
répartis sur l'ensemble du territoire ?
A l'heure où le développement durable est devenu un outil de
politique publique, se pose également pour le bâtiment la question
de la HQE (haute qualité environnementale). Aujourd'hui si 75
% des opérations HQE sont portées par le logement social, les
établissements scolaires et les collectivités locales, cette
démarche novatrice est encore mal connue et complexe pour de
nombreux acteurs de la chaîne de construction. Au-delà des nombreuses
tables rondes consacrées aux enjeux économiques et sociaux de
la maîtrise de l'énergie dans le secteur du bâtiment, les Assises
ont tenu à mettre l'accent sur les pratiques de certaines collectivités
exemplaires françaises ou européennes. Joignant le geste à la
parole, les participants ont pu se rendre sur certains sites
emblématiques, à l'instar de la centrale éolienne près de Dunkerque
regroupant des machines de dernières générations, préfigurant
les éoliennes de demain sur terre ou en mer.
Entretien avec Michel Delebarre, député-maire de Dunkerque
Sur le thème, que peut l'élu local pour changer la donne
énergétique ?
Dans le contexte actuel de la décentralisation, l'Etat confère
désormais aux acteurs locaux, notamment aux collectivités, un
rôle majeur dans la répartition des financements pour engager
une politique énergétique moderne et innovante qui va dans le
sens du protocole de Kyoto, principalement dans les renouvellements
urbains. Saisissons cette opportunité ! En effet, la loi de
cohésion sociale prévoit ainsi la construction de 500 000 logements
sociaux de 2005 à 2009 : 100 000 autres seront réhabilités.
Même si un doute peut concerner ces chiffres, saisissons l'enjeu
!
Etat, collectivités locales, organismes HLM, 1% logement, Caisse
des Dépôts vont ainsi joindre leurs efforts. Va-t-on profiter
de cette opportunité - et de son effet d'échelle - pour construire
des logements à faible consommation d'énergie et émissions de
CO2, donc à faibles charges de chauffage, permettant ainsi à
tous de disposer durablement d'un droit au chauffage ? D'autant
plus que les prix de l'énergie et donc des charges de chauffage
sont orientés durablement à la hausse. La France a l'occasion
de lancer un processus de grande ampleur pour des bâtiments
neufs à faible consommation énergétique.
Par sa situation géographique et son histoire, l'agglomération
Dunkerquoise est devenue un noeud du réseau énergétique international.
Son avenir s'inscrit dans une politique de développement durable
conciliant l'économique, le respect de l'environnement et le
mieux être des habitants. Pari impensable il y a quelques années
pour une grande agglomération industrielle, pari volontaire
aujourd'hui.
Prenons l'exemple de Dunkerque.
Nous avons décidé d'engager nos actions dans les secteurs "énergivores"
- et principalement le Bâtiment - , en essayant de se montrer
le plus exemplaire possible vis-à vis du public.
En effet, notre volonté prioritaire pour l'agglomération est
avant tout d'améliorer l'efficacité énergétique des bâtiments
qui représentent actuellement 42 % des consommations d'énergie
en France et 25 % des émissions de gaz à effet de serre. D'où
la construction de bâtiments et de logements HQE, la réalisation
de la thermographie aérienne infrarouge dont vous avez certainement
entendu parler et l'engagement d'autres actions incitatives
à venir (Opération Programmée d'Amélioration Thermique et énergétique
des Bâtiments dite OPATB). Cette problématique est d'autant
plus importante que l'entrée en application récente de deux
Directives européennes a imposé la réalisation d'un diagnostic
énergétique lors des transactions immobilières et l'affichage
des consommations d'énergie dans les bâtiments recevant du public.
La Communauté Urbaine de Dunkerque sensibilise donc les partenaires
publics et privés à la nécessité de réaliser des études et des
programmes d'amélioration de l'efficacité énergétique. Elle
met en oeuvre des actions de maîtrise de la demande en énergie,
(ex : thermographie aérienne infrarouge) et de lutte contre
l'effet de serre (logements collectifs et bâtiments administratifs
HQE, Quartier 21…). A travers ses investissements, elle favorise
la production d'énergie décentralisée (le futur Centre de Valorisation
Énergétique produira à partir des déchets récupérés dans l'agglomération
de l'électricité).
L'arsenal législatif est-il aujourd'hui suffisant ?
Outre le Code de la Construction et de l'Habitation et le Code
de l'Urbanisme, les principales dispositions réglementaires
en matière de performance énergétique sont contenues dans la
réglementation thermique. Actuellement est encore en vigueur
la réglementation RT 2000 qui fixe des objectifs de consommations
d'énergie pour le chauffage de l'ordre de 100 kWh par m? pour
la construction neuve. Nous sommes dans l'attente de l'entrée
en vigueur de la nouvelle réglementation RT 2005 qui devrait
améliorer les consommations d'énergie d'environ 15 %. Puis,
tous les 5 ans, la réglementation thermique devrait connaître
un renforcement de ses exigences de 15 %.
La réglementation nationale évolue donc, mais pas aussi vite
que celle de nos voisins européens tels la Grande-Bretagne,
les Pays-Bas ou l'Allemagne, où sont déjà construits des habitations
consommant moins de 40 kWh par m?, voire produisant plus d'énergie
qu'elles n'en consomment. L'Europe est de fait un important
stimulant.
Quels sont les principaux blocages que vous rencontrez dans
votre action ?
Le coût élevé du foncier est un élément pénalisant qui limite
les investissements en matière de performance énergétique.
L'absence ou l'insuffisance de produits existants sur le marché
français tels que le triple vitrage ou les ventilations individuelles
double flux sont également des freins à l'émergence de nouveaux
procédés de construction. Le manque de savoir-faire et peut-être
la réticence de certains professionnels pénalisent également
le développement de nouveaux modes de construction plus économes
en énergie.
De manière générale, le cloisonnement des budgets de fonctionnement
et d'investissements pour tout investisseur limite la capacité
à investir au moment de la construction ; alors que ces investissements
généreront des économies de fonctionnement ultérieures. Seul
le bilan global permet le choix d'avenir.