Lionnel Luca, Député au franc-parler
Il est l'un des empêcheurs de tourner en rond, l'un des
agitateurs, des trublions de l'Assemblée nationale. Lionnel
Luca, au tempérament bien trempé, ne se sent pas
obligé de " bêler avec le groupe ".
La plupart des journalistes snobent gentiment ses communiqués
de presse qui rappellent inlassablement qu'il est " député
de la Nation ". Il est le seul parmi les 577 à graver au
frontispice de ses courriers ce titre de gloire : "Bien qu'élu
dans une circonscription, le député ne la représente pas à l'assemblée.
Le mandat de député est un mandat national. Le député est donc
le représentant de l'ensemble de la Nation française. Si j'étais
sénateur, j'inscrirais Sénateur de la République ", explique-t-il.
Lionnel Luca est fier de ses origines, s'enorgueillit
de son parcours et ne renie rien de ses convictions chevillées
au corps.
Personnage sacré
Le virus de la politique lui est venu très jeune " parce
que c'est la politique qui s'est d'abord intéressé à ma famille
", raconte-t-il. En particulier à un père roumain à l'histoire
aussi incroyable que mouvementée, qui après avoir quitté la
Roumanie pour travailler " légalement en France dans les années
1930 " préciset-il, fuit le régime nazi en 1942 pour se réfugier
en Roumanie d'où il repart en 1946 après l'invasion soviétique.
Ce père qui s'engage dans la Légion étrangère, fait l'Indochine,
sort sergent-chef avant de devenir ajusteur et qui n'est naturalisé
Français qu'en 1958, lui tient de mentor politique. " Pour
mon père, le personnage sacré c'était De Gaulle ". A table,
les débats tournent constamment autour de la politique contre
l'incapacité du régime de la IVème République, contre la " fourberie
et la supercherie du système communiste ". Pour couronner
cette première prise de conscience, le second tour des présidentielles
de 1965 se déroule le jour du onzième anniversaire du jeune
Lionnel Luca, le 19 décembre. Une maîtrise puis un DEA d'histoire
avec un mémoire sur " le gaullisme dans les Alpes-Maritimes
entre 1958 et 1974 " viennent parfaire et récompenser un
parcours scolaire et universitaire bien mené et l'amènent à
enseigner l'histoire-géographie.
Respecter sans craindre
Parallèlement son engagement au RPR où il tient les rênes du
secrétariat de la 6ème circonscriptionl des Alpes-Maritimes
pendant 15 ans, l'incite à se présenter, en 1997 sans investiture,
contre la députée sortante, Suzanne Sauvaigo qui avait
perdu la mairie de Cagnes-sur-Mer deux ans auparavant. Il lui
ravit la circonscription. Tel est Lionnel Luca, sans complexe
mais respectueux. " Je ne cultive pas le rejet du puissant.
J'estime seulement que lorsque les puissants ne sont plus à
la hauteur, ils ne méritent plus notre confiance. Dans ma famille,
on m'a toujours appris à respecter tout le monde mais à ne craindre
personne ", explique-t-il, se contrefichant de passer pour
le vilain petit canard. " Tout le monde sait comment l'histoire
se termine ", ajoutet-il avec une pointe d'ironie…
Il n'est pas étonnant, dans ces conditions, de le voir se positionner
sans complexe à droite de l'UMP, tendance souverainistepopulaire
mais certainement pas populiste. S'il se réjouit de la remobilisation
militante née sous la présidence de Nicolas Sarkozy,
il déclare aussi se sentir à l'aise et " libre " dans
ce mouvement qui s'apparente à un " vaste supermarché où
chacun a sa console ".
Mais il ne joue pas perso. En bon rugbyman et membre de l'amicale
parlementaire du rugby il sait qu'il ne peut pas marquer un
essai sans les quatorze autres joueurs de l'équipe. Ses coreligionnaires
tel Jérôme Rivière, député de la 1ère circonscription
de Nice, avec lequel il est allé courir les 10 km de la Prom'classique
de Nice mi-janvier (Lionnel Luca est licencié au Stade Laurentin)
voient en lui " un authentique patriote " qui nourrit
" un profond attachement au pays ", qui " sait mettre
ses convictions au premier plan " sans se soucier du quand
dira-t-on. Mais l'homme est plus souple qu'il n'y paraît de
prime abord " C'est un homme de discussion et de compromis
mais pas de compromission ", confirme son voisin de la 7ème
circonscription, Jean Leonetti. " C'est loin d'être
un médiocre, c'est quelqu'un sur qui l'on peut vraiment compter
et qui sait superbement allier indiscipline et loyauté ".
Discussion et compromis
Son franc-parler pourrait lui apporter des déboires. Le président
du groupe d'études sur le problème du Tibet n'en a cure : "
Les phrases creuses me gonflent. Elles symbolisent le manque
de respect envers l'autre ". C'est ainsi qu'il maintient
sa déclaration concernant l'article 4 de la loi du 23 février
2005 " En disant que s'il n'y avait pas eu la colonisation,
ni Léon Bertrand, ni Azouz Begag ne seraient ministres de la
République française, je n'ai fait que rappeler une évidence,
un fait, sans aucune arrière pensée. ", soutient- il mordicus.