" L'information est une ressource stratégique
qui conditionne le dynamisme de notre économie "
Par Thierry Lefébure, Vice-Président de la Fédération des Professionnels,
de l'Intelligence Economique - FéPIE, Président d'honneur de
l'AFCL
Il aura fallu finalement près d'une vingtaine d'années pour
que les milieux dirigeants français veuillent bien admettre
que l'information est une ressource stratégique qui conditionne
le dynamisme de notre économie et donc le développement de notre
pays. C'est par son partage et par sa mise en réseau que nous
parviendrons à décloisonner nos élites et à exploiter de manière
beaucoup plus efficace nos capacités entrepreneuriales.
Les pesanteurs idéologiques ont la vie dure et entretiennent
des préjugés simplistes et consternants, selon lesquels, par
exemple, il n'est vertueux que le secteur public, comme s'il
n'y avait d'argent corrupteur que dans le secteur privé ! Comme
si l'on pouvait sérieusement affirmer qu'il y a deux France
: celle des fonctionnaires et des agents du public, probe et
dévouée, et l'autre, celle des profiteurs et des corrupteurs.
Comme si la SNCM n'était pas une illustration effarante et maffieuse
que cette France obsédée par le service public, génère impunément
aux frais des contribuables. Il n'est que d'observer les pays
qui aujourd'hui sont leaders en Europe, tel l'Irlande, pour
comprendre que nous sommes victimes de ces pesanteurs ataviques,
propres à notre culture latine du secret. Celui qui sait se
croit toujours supérieur à ceux qui ne savent pas. C'est à lui
qu'appartient le choix de leur apprendre. Illusion du pouvoir,
naissance de la tentation mégalomaniaque, combien de crises
sont nées et naissent encore de ces attitudes délirantes ? A
l'opposé les Français sont connus pour leur capacité à être
soudainement et passablement bavards dans les restaurants, les
trains, les avions… La subtilité de la notion de partage des
connaissances entre initiés et de confidentialité, nous échappe
tout autant que celle de méfiance et de prudence. Parce que
nous copions peu les autres, nous ne les soupçonnons pas de
s'ingénier à nous copier !
Comment s'étonner dès lors de la difficulté que rencontrent
nos élus nationaux, à obtenir des informations objectives et
à être en mesure de les exploiter. Nous oscillons sans cesse
entre le secret qui s'impose à de prétendues informations stratégiques
et les excès simplificateurs de la communication médiatique.
Sans nuance, ni discernement, entre l'information noire et l'information
blanche. Dès lors intelligence et lobbying dont l'objectif est
de se renseigner, de vérifier, d'analyser et de faire savoir
sont tenus pour suspects, puisqu'ils travaillent sur l'information
" grise ", récupérée dans les méandres des circuits administratifs.
En s'attachant au partage constructif des informations et de
la connaissance des entreprises, ces disciplines facilitent
au contraire le travail du législateur, en lui offrant une table
de lecture des faits et des enjeux des décisions qu'il doit
prendre. Quant à l'argumentation partisane qui intervient en
aval, elle est expression du jeu démocratique : chacun est libre
de préconiser un choix déterminé et de plaider sa cause auprès
des représentants du Peuple. Loin de chercher à manoeuvrer en
secret, ces activités contribuent à l'inverse à éliminer les
tentatives de désinformation et à désamorcer d'éventuelles manoeuvres
clandestines.
" L'Intelligence économique est fondée sur les réalités de
la compétition, de la concurrence et des lois du marché qui
imposent de mettre en cause les rentes de situation et de faire
évoluer les mentalités, pour passer d'une culture de moyens
à une culture de résultat " explique l'Amiral Pierre Lacoste.
Cela vaut tout autant pour le lobbying. En ce sens, il est temps
que notre pays fasse ce qu'Alain Juillet qualifie de véritable
"révolte culturelle". Notre vraie richesse tient aux
compétences et aux savoir-faire de nos entrepreneurs qu'il nous
faut non seulement protéger mais surtout développer, encourager
et promouvoir. Tel est le sens de notre action, afin de permettre
au législateur de n'être plus cantonné à seulement encadrer,
voire limiter l'initiative et la liberté d'entreprendre mais
à disposer des moyens d'accompagner et de faciliter notre expansion
économique.