Françoise Grossetête, Député européen, Vice Président du
Groupe du PPE-DE, Adjoint au Maire de Saint-Etienne
L'une des carences françaises est la très mauvaise image qui
entourait jusqu'à peu le mot "lobby" : tractations secrètes
pour les uns, séduction accrue voire corruption pour les autres,
ces connotations négatives ont pendant des années retardé l'émergence
d'une véritable culture d'influence au sein des structures privées,
associatives ou autres.
Au contraire, les anglo-saxons ont depuis très longtemps compris
tout l'intérêt d'une présence quotidienne au sein des Institutions
européennes. Ils ont développé leurs propres réseaux, postulé
aux postes stratégiques, défini de véritables stratégies d'approche
des dossiers. Forcément, la langue anglaise s'est imposée dans
les négociations, les réunions de travail, et sur ce point les
françaises et les français peinent, par manque de confiance,
à s'exprimer dans la langue de Shakespeare.
L'autre grand défaut de la France a été de ne pas suivre l'évolution
des pouvoirs et de rester en vase clos en pensant que tout se
décidait encore à Paris. Que de temps perdu...
Heureusement, depuis quatre ans environ, le lobbying français
a pris ses marques à Bruxelles. Il est plus présent, davantage
professionnel, mieux organisé. Lorsque nous recevons les représentants
des entreprises, des associations, des collectivités locales,
nous avons face à nous des français qui connaissent le fonctionnement
du Parlement européen, de la Commission et du Conseil. Le discours
a changé également. Il ne s'agit plus de crier "au loup" en
argumentant sur l'éventuel pseudo-désastre qu'une directive
entrainerait sur une activité, mais bien d'apporter une valeur
ajoutée, de s'inscrire dans l'expertise et d'apporter des propositions
constructives.
Oui, je commence à être fière du lobbying français qui rattrape
son retard. Sur certains dossiers clés, comme celui concernant
le secteur de l'industrie pharmaceutique, de l'automobile ou
bien encore de l'agroalimentaire, pour ne prendre que ces exemples,
l'activité française de "persuasion" est reconnue, appréciée
et les propositions davantage retenues. D'autre part, nombreux
sont celles et ceux qui ont compris l'urgence d'une représentation
permanente à Bruxelles. Disons la vérité : les décisions importantes,
celles qui ont une conséquence directe sur les activités, sont
prises à Bruxelles, et plus forcément à Paris.
Le lobby français sera d'autant plus efficace que les députés
européens seront présents, pas uniquement dans l'hémicycle et
au sein d'intergroupes - dont la capacité d'influence n'est
pas toujours démontrée - mais bien aux postes clés : à la présidence
de commissions parlementaires législatives, à la vice présidence
de groupes politiques, à la coordination des commissions,...
Enfin, ce lobby français sera plus amplifié encore si l'Europe
s'inscrit comme un sujet à part entière dans les discussions
nationales et ne soit plus le "bouc émissaire" idéal à tous
les maux de la société française.