La face cachée du patriotisme économique
Le patriotisme économique est à la mode. Un article récent de
deux économistes de l'Institut Montaigne tord le cou aux idées
reçues et recommande un autre " patriotisme économique " que
celui défendu par le Gouvernement français.
"Le patriotisme économique, il faut le pratiquer mais pas
trop en parler ". C'est ainsi que Zaki Laïdi, professeur
à Sciences Po et ancien conseiller de Pascal Lamy, a
conclu une table ronde de l'Institut Montaigne consacrée au
patriotisme économique " vraie ou fausse bonne réponse à
la mondialisation " ? Sous la houlette de Philippe Manière,
Zaki Laïdi, chercheur, Elie Cohen, économiste et
Christine Lagarde, Ministre déléguée au commerce extérieur,
se sont penchés sur cette expression hautement polémique depuis
que Dominique de Villepin a déclaré au coeur de l'été
dernier " je souhaite rassembler toutes nos énergies autour
d'un véritable patriotisme économique. Je sais que cela ne fait
pas partie du langage habituel mais il s'agit bien de (…) défendre
la France et ce qui est français ". Il n'en fallut pas plus
pour provoquer une levée de boucliers dans le monde des affaires.
En réponse à cette conception d'un patriotisme économique perçu
comme défensif car fondé sur la dissuasion des investisseurs
étrangers de prendre le contrôle des entreprises françaises,
deux jeunes chercheurs mettent un pavé dans la mare de la politique
industrielle française. Augustin Landier, professeur
à New York University et David Thesmard, professeur associé
de finance et d'économie à HEC viennent de publier pour l'Institut
Montaigne un article prônant un patriotisme économique " plus
offensif " et reposant sur une réforme du système financier
français " pour que les épargnants français redeviennent
les actionnaires des entreprises françaises ".*
Un sentiment d'expropriation ?
Qui contrôle les emplois français ? Où se prennent les décisions
? Autant d'inquiétudes liées à un sentiment de perte d'indépendance
économique qui n'est que le revers de la mondialisation des
marchés financiers. Face à ce sentiment d'expropriation, le
patriotisme économique serait-il le remède tout trouvé ? Rien
n'est moins sûr. D'après Elie Cohen, deux écoles historiques
du patriotisme économique sont en concurrence : la première
fondée sur la défense de l'attractivité du territoire s'oppose
à une seconde privilégiant la nationalité et l'identité du capital.
Mais " la France a fait le mauvais choix de soutenir quelques
champions industriels au détriment de l'attractivité de son
territoire " assure l'économiste. Cependant, au regard des
chiffres, le sentiment de perte de contrôle des entreprises
françaises diffus dans l'opinion publique semble disproportionné.
En effet, au cours de l'année 2005, les investisseurs étrangers
ont acquis pour plus de 20 milliards d'euros d'entreprises françaises,
soit environ 0, 3 % de la valeur de toutes les entreprises françaises.
Les deux jeunes chercheurs vont même plus loin puisque chiffres
à l'appui, ils insistent sur le fait " qu'une prise de contrôle
par un étranger se traduit par une augmentation très importante
de la productivité de l'entreprise ; ces gains de productivité
sont reversés pour partie aux salariés et sans être obtenus
par des réductions d'effectifs ". Parant aux critiques,
Christine Lagarde est revenue sur les réussites des entreprises
françaises : avec 1% de la population mondiale, la France détient
cependant 5% des parts de marché du commerce international et
146 entreprises seraient tombées dans des mains françaises en
2004 alors que l'hexagone avait par ailleurs été le premier
pays d'accueil des IDE (investissements directs à l'étranger)
en 2003.
Pour un patriotisme économique offensif
Paradoxe français : si les Français font partie des plus grands
épargnants de la planète, ils ne sont pourtant pas intéressés
à la bonne gestion de leurs grandes entreprise car celles-ci
sont " possédées de manière disproportionnée par des actionnaires
… étrangers " soulignent les deux jeunes chercheurs tout
en relevant que 45 % du capital des entreprises du CAC 40 appartient
à des non-résidents. Dans ce contexte, parler de patriotisme
économique offensif revient à prôner une diffusion plus massive
de la propriété d'actions dans la population française. "
La priorité d'un gouvernement qui croit au " patriotisme économique
" devrait être de faire de ses citoyens, via la bourse, les
propriétaires de leur économie. ". Si cet appel à un patriotisme
économique financier a le mérite de tordre le cou à certaines
idées reçues, il occulte la dimension stratégique de certaines
industries au fondement d'une conception plus politique du patriotisme
économique. *
Secteurs protégés
Le gouvernement a finalement publié le 31 décembre dernier au
Journal Officiel le décret faisant état de la liste des onze
secteurs stratégiques à protéger des investissements étrangers.
Pour les investissements provenant des pays de l'Union européenne,
sept activités à protéger sont visées par ce décret : casinos,
sécurité privée, recherche et production d'agents pathogènes
et armes chimiques, matériel pour l'interception de correspondance
et la détection à distance des conversations, technologies de
l'information (sécurité) nécessaires à la lutte contre le terrorisme
et la criminalité, à la défense ou à double usage. Quatre autres
secteurs ont été ajoutés pour les investissements provenant
de pays tiers : cryptologie, activités liées aux marchés classés
secret-défense, recherche et production d'armes, munitions et
substances explosives, étude et équipement au profit du ministère
de la défense.
en bref
Délocalisation
" Notre priorité est la sauvegarde de notre savoirfaire,
de nos emplois et de nos entreprises industriels sur le territoire
national " a expliqué le président du groupe UMP à l'Assemblée
nationale, Bernard Accoyer à l'occasion de ses voeux.
Pour le député de Haute-Savoie, " c'est en renforçant nos
secteurs d'excellence, en mobilisant conjointement toutes nos
ressources de formation, de recherche et développement et d'innovation,
que nous serons capables de faire face aux défis industriels
et technologiques, que constituent les grandes puissances émergentes,
en particulier la Chine et l'Inde ". Parce que c'est un
phénomène " qui préoccupe au premier chef nos concitoyens
", Bernard Accoyer a réclamé la création d'une mission d'information
parlementaire sur les délocalisations " afin d'en connaître
les causes et les conséquences exactes et rechercher des solutions
pour les éviter ou à défaut en compenser les effets ".
Bercy
Chaque semaine, Thierry Breton reçoit à Bercy une quinzaine
de parlementaires pour un échange de points de vue. Le 17 janvier,
300 parlementaires UMP ont été reçus en même temps par le ministre
des Finances.
Audits de l'Etat
Jean-François Copé, ministre délégué à la Réforme de l'Etat
a lancé le 17 janvier la deuxième vague d'audits de l'Etat en
ouvrant un nouveau site Internet dédié à la performance de la
modernisation de l'Etat (www.performance-publique.gouv.fr).
Tour d'horizon des bonnes pratiques de nos voisins en matière
de gestion publique, quizz civique permettant à chacun de tester
ses connaissances, ou encore suivi détaillé des dépenses et
recettes de l'Etat sont au menu de ce nouvel outil destiné à
rapprocher le contribuable de la gestion des deniers publics.
Le ministre délégué à la Réforme de l'Etat a par ailleurs rendu
publics les résultats des quatorze premiers audits lancés en
octobre dernier. En organisant différemment les examens à l'Education
nationale, l'Etat pourrait faire l'économie de 300 à 450 emplois.
Pour réduire l'insalubrité dans les logements de Guyane et Mayotte,
l'Etat a consacré deux années de suite 50 millions d'euros.
Sans résultats significatifs, puisque 15% des résidences principales
ne répondent toujours pas aux normes. Selon l'audit, la procédure
est inadaptée, le pilotage de la politique insuffisant.