"Le triple échec de l'école, de la mobilité sociale et de
l'emploi a eu raison de la fierté d'appartenance nationale
", a insisté Yazid Sabeg, docteur en économie rattaché
à l'Institut Montaigne et président de l'entreprise Communication
et Systèmes lors d'une conférence de presse le 16 novembre dernier.
Réagissant à la crise des banlieues françaises, le coauteur
du rapport " les oubliés de l'égalité des chances " qui fut
à l'origine de la mise en oeuvre de la Charte de la diversité
en entreprise a défendu avec fermeté la mise en place de la
discrimination positive " grâce à des politiques différenciées
au nom de l'intérêt général ". Transposition de la charte
de la diversité dans le code du travail, modification de l'article
2 de la Constitution et multiplication des dépenses publiques
en faveur des quartiers défavorisés font partie des mesures
"d'urgence sociale" que prône Yazid Sabeg avant d'accuser
" l'incurie de l'élite politique qui dirige ce pays, responsable
de ce résultat affligeant ". Fier d'annoncer que son entreprise
regroupe 56 nationalités différentes l'auteur de " Discrimination
positive, pourquoi le France ne peut y échapper " (1), a
déclaré que " la diversité est indispensable pour l'entreprise
sinon on écarte des talents, n'assure pas la cohésion " et puis
elle est " bonne pour l'image de l'entreprise " a précisé le
président de Communication et systèmes.
Comment expliquer alors ce sentiment de non appartenance qu'expriment
tant les populations issues de l'immigration que les jeunes
de banlieues difficiles ? Si la discrimination positive semble
avoir le vent en poupe, il n'est pas certain cependant qu'elle
apporte les résultats escomptés. Rachid Kaci, immigré
de deuxième génération, français musulman d'origine kabyle,
auteur de " La République des lâches " (2), pointe du
doigt la faillite des politiques d'intégration. Pour lui, la
discrimination positive ne serait qu'un palliatif, propice à
la stigmatisation de populations disparates et défavorisées.
Elle ne serait pas suffisante à une réelle assimilation d'une
partie de la population immigrée. Relativement virulent dans
ses propos, Rachid Kaci jette un oeil méfiant sur la montée
du communautarisme religieux ainsi que sur le conseil français
du culte musulman qui jouit d'une place trop importante à son
goût. Ses préconisations sont simples : Introduire le concept
de respect, offrir aux jeunes défavorisés des chances réelles
(envoyer des enseignants et des policiers expérimentés), rendre
les banlieues plus attractives et compétitives via les aides
à la création d'entreprises (zones franches, pépinières d'entreprises…).
Enfin, cantonner les instances religieuses à leur seul rôle
religieux et non pas politique ou social. Des politiques complexes,
aujourd'hui encore à l'épreuve et qui permettront de mieux définir
un système d'intégration efficace à la française.
(1) Discrimination positive, pourquoi le France ne peut
y échapper - Yazid et Yacine Sabeg - Calmann Lévy
(2) La République des lâches -Rachid Kaci - Edition des Syrtes.