Constitutionnaliste de renom (1), Hugues Portelli avait franchi
le pas en devenant maire d'Ermont (Val d'Oise). Il a passé un
autre cap en devenant, à l'automne 2004, sénateur du Val d'Oise.
Portrait d'un homme attachant.
Il n'est pas de ces parlementaires qui raffolent des ors de
la République. Hugues Portelli est tout le contraire
de ce genre de députés ou sénateurs. Il est en réalité un homme
abordable, d'une rare et sincère simplicité, cachant sa (très)
vive intelligence sous un sourire affable, exprimant sa non
moins grande perspicacité dans un humour aussi fin que ravageur
et surtout délivrant une gentillesse proportionnelle à son solide
esprit d'indépendance et à sa grande capacité critique ! C'est
peu dire que celui qui fut agrégé de droit à 28 ans (!) a les
convictions républicaines et religieuses chevillées au corps
et sait se faire comprendre. Comment aurait-il pu en être autrement
avec un père, d'origine italo-corse qui deviendra directeur
d'établissements postaux après avoir servi dans les armées de
Juin et de de Lattre et avec une mère "alsacienne pur jus"
qui fut délivrée du joug allemand le 9 février 1945 près de
Colmar ("une date importante dans notre famille"), notamment
par son futur mari ? "L'éducation que j'ai reçue, c'est-àdire,
rigoureuse mais pas rigide a fait que je ne disposais que de
deux manières de m'évader : le sport ou la politique". Il
a gardé sa passion pour la première, en particulier pour le
football et a fait de la deuxième son second "métier"
puisqu'il peut, à la faveur des franchises universitaires (2)
cumuler son activité de "prof de fac" avec celle de sénateur.
Un an après son élection qu'il doit en partie, à la loi de 2000
qui a rééquilibré la composition de la Chambre haute au profit
des villes (3), il constate que les analyses qu'il a pu fournir
sur le fonctionnement déséquilibré des institutions de la Vème
république étaient plutôt fondées : "Nous sommes coincés
par l'ordre du jour, par la limitation de temps pour l'examen
des textes, le gouvernement nous ressort toujours l'article
40, etc. C'est intolérable", s'irrite- t-il plaidant pour
que l'exécutif redonne du souffle, de l'initiative et du pouvoir
au Parlement "qui a vu ses conditions de travail amoindries
sinon restreintes". Cette "réforme" serait d'autant
plus nécessaire qu'elle s'imbriquerait bien avec le glissement
du système politique français vers un régime présidentiel. "Il
faudrait d'ailleurs aller au bout de la logique et repenser,
à travers les réformes entreprises, c'est-àdire le quinquennat
et la réduction du mandat des sénateurs à six ans, à l'architecture
de l'exécutif", avance-til. Songerait-il à supprimer la
fonction de Premier ministre ? "Il est difficile de laisser
deux caïmans dans le même marigot", explique-t-il précisant
que le chef de l'Etat et celui du gouvernement empiètent souvent
sur le même domaine. C'est pourquoi il esquisse un nouvel équilibre
: un exécutif fort face à un parlement disposant de pouvoirs
importants, avec comme garde-fou et arbitre le pouvoir du peuple
matérialisé par le référendum d'initiative populaire. Ce dernier
pourrait être activé dès le dépôt d'une pétition rassemblant
500 000 signatures, comme en Italie. Quant au pouvoir judiciaire,
dernier versant de la sacro-sainte séparation des pouvoirs,
il trouverait toute sa légitimité à travers une Cour constitutionnelle
et non plus un simple Conseil.
Tours de passe-passe
A propos de conseils, les siens ont été écoutés de quelques
grandes figures de la vie politique française : tout d'abord
Raymond Barre avec qui il avoue avoir eu beaucoup de
plaisir à travailler, notamment pendant la campagne présidentielle
de 1988 et aussi Edouard Balladur pour le compte duquel
il fut le chargé de mission "Opinion" entre 1993 et 1995.
"C'est Jérôme Jaffré qui m'a mis en contact avec le cabinet
du Premier ministre", se rappelle-t-il. A Matignon, il travaille
en liens étroits avec Laurence Parisot de l'IFOP, Pierre
Giacometti alors à BVA et aussi Frédéric de Saint-Sernin,
qui remplit une fonction identique auprès de Jacques Chirac.
Les deux hommes qui se connaissent très bien, se retrouvent
face à face lors de la présidentielle de 1995. "Nous sommes
parvenus à préserver notre indéfectible amitié malgré la rivalité
des chefs", affirme-t-il, au prix parfois de tours de passe-passe
(très bénins) que ni l'un ni l'autre des candidats n'a jamais
appris.
Eluard et Benoît XVI
Pourquoi donc ce catholique pratiquant, père de quatre enfants
(dont deux ont poursuivi des études de droit) n'est-il pas resté
à l'UDF et a-til rejoint les rangs de l'UMP ? " Parce que
j'ai mal vécu le fait que le parti de François Bayrou
ait renoncé à l'enracinement philosophique que représentait
la démocratie chrétienne. Après tout, peut-être la fin de la
démocratie chrétienne était-elle inéluctable ?", répond-il.
Hugues Portelli tente toujours, mais de manière non ostentatoire,
de réaliser la difficile synthèse entre le politique et le religieux.
C'est ce qui explique qu'en qualité de membre du groupe de spiritualité
des assemblées parlementaires qui rassemble une centaine de
députés et sénateurs de droite comme de gauche, il réfléchisse
à des sujets très sensibles : le droit des malades, la fin de
vie... Avec une trentaine d'entre eux, il s'est rendu en septembre
dernier à Rome pour rendre visite aux différents prélats de
la Curie et bien sûr au Pape Benoît XVI qu'il compte
parmi ses auteurs de prédilection au même titre que Chateaubriand,
Bernanos, Eluard, Dostoievski, Stendhal, Calderon… Celui qui
faillit devenir rédacteur en chef du journal La Croix, s'il
avait été un jour question de lâcher le métier universitaire
(ce qu'il ne ferait pour rien au monde) porte enfin un regard
lucide sur l'état de la France et de ses banlieues. La politique
de la ville ? "Elle ne règle pas le problème des banlieues,
elle évite juste que ça n'explose". Les failles du système
? "Un taux de rotation très faible dans les HLM, une désorganisation
familiale, le racisme, le surnombre dans les appartements et
aussi l'échec scolaire". On devrait envoyer les meilleurs
professeurs dans les écoles les plus dures", conseille-t-il.
Cet homme politique, très à l'écoute de ses concitoyens, aimerait
être plus écouté. Etre une éminence grise ? Pourquoi pas ?
(1) Il a écrit de nombreux ouvrages sur la vie politique
et institutionnelle française.
(2) instaurées par Napoléon, confirmées par Louis-Philippe et
par les lois organiques de la République et entérinées par le
Conseil constitutionnel
(3) "La gauche n'a pas fait que des mauvaises lois", dit-il.