A livre ouvert
Lieu méconnu, la bibliothèque du Sénat est un écrin pour de
véritables trésors littéraires. Visite privée.
Il est des lieux qui inspirent la sérénité et la réflexion.
La bibliothèque du Sénat fait partie de ces endroits là. En
pénétrant dans ce lieu empreint d'histoire, votre regard a du
mal à se fixer : doit-on contempler les rayonnages d'ouvrages
ou lever les yeux au plafond pour admirer les oeuvres de Delacroix
? Quelque soit votre choix, la vue d'ensemble vous laissera
sans voix. Si l'histoire de la bibliothèque débute en 1799 avec
la fondation du Sénat conservateur, les fonds d'alors sont plutôt
maigres. Il faut attendre 1815 et la Restauration pour que la
Chambre des pairs désigne un bibliothécaire, également en charge
des archives. A cette époque, la bibliothèque s'enrichit de
nombreux ouvrages rares et précieux achetés, légués ou hérités
comme le recueil Duprat-Taxis (la généalogie des pairs de France)
ou " La description de l'Egypte " commandée par Napoléon
et pour laquelle Louis-Philippe offre aux pairs de France un
meuble spécialement dédié… En 1831, la bibliothèque peut s'enorgueillir
de posséder un fonds de près de 10 000 ouvrages. Jusqu'alors
sise dans la galerie des Bustes, la bibliothèque est définitivement
installée dans l'actuelle salle de lecture (52 mètres de long
sur 7 de large, six fenêtres) en 1842 après l'agrandissement
du Palais. Les travaux sont dirigés par l'architecte Alphonse
de Gisors, la peinture de la coupole et du cul-de-four est
confiée à Eugène Delacroix, la décoration des caissons
à ses élèves Léon Riesener et Camille Roqueplan.
25 000 ouvrages trouvent alors leur place dans cette nouvelle
salle. Avec les nombreuses acquisitions (un millier par an sous
Louis-Philippe), la bibliothèque ne se suffit plus à elle-même.
Il est urgent et nécessaire de trouver un nouveau lieu pour
abriter les collections (80 000 volumes en 1887). La galerie
de Joardens (aile est) libérée du musée du Luxembourg devient
l'annexe de la bibliothèque. Les années passent, les régimes
se succèdent et toujours, sans faiblir, la bibliothèque acquiert
de nouvelles pièces rares. Documents, gravures, affiches, revues
viennent compléter des collections déjà riches. Citons par exemple
l'ensemble complet, depuis son premier numéro en 1631, de "
La Gazette " de Théophraste Renaudot, des manuscrits
de Victor Hugo et de Jean Jaurès ou les photographies
inédites du reboisement de la France de 1877.
Avec aujourd'hui plus de 400 000 volumes recensés et un rythme
d'acquisition de près de 4 000 volumes par an, sans oublier
les plus de 900 publications périodiques auxquelles elle est
abonnée, la bibliothèque du Sénat suit au plus près le travail
parlementaire en recueillant tout ce qui a trait à l'action
du Sénat. Véritable outil de travail, la bibliothèque a également
su se doter des instruments les plus modernes (Internet, Intranet,
cdroms) en vue de faciliter la recherche et la consultation
de son fonds documentaire. La bibliothèque du Sénat, un lieu
de tradition et de modernité.
Pour aller plus loin " D'encre et de lumières " propose aux lecteurs un chemin
insolite pour parcourir l'histoire de France. Des itinéraires
secrets dévoilent les collections uniques de gravures, d'estampes,
de recueils d'expéditions et d'atlas de voyages, d'éditions
originales, de pamphlets, d'archives, de comptes rendus et même
de photographie qui font de la bibliothèque du Sénat l'une des
plus belles bibliothèques d'Europe. Des trésors mis en lumière
par des sénateurs, des historiens de l'art, des historiens et
des journalistes. Cet ouvrage est placé sous la direction scientifique
de Frédéric d'Agay et servi par les très belles photographies
de Jérémie Bouillon. Un magnifique livre. D'encre et de lumières - Itinéraires secrets dans la bibliothèque
du Sénat - La Martinière - 296 pages