Vision(s) de l'agriculture française
A l'heure on l'on débattait au Parlement du projet de loi d'orientation
agricole, l'Institut Montaigne* organisait une table-ronde intitulée
: "L'agriculture française a-t-elle encore un avenir ?". Ont
participé à cet échange, Hervé Gaymard, ancien ministre de l'Agriculture,
Bernard Layre, président de Jeunes agriculteurs et Yann Wehrling,
secrétaire national des Verts. Retour sur une soirée de libres
propos animée et riche en suggestions.
Aborder le futur de l'agriculture n'est plus un tabou en France.
"Aujourd'hui ce débat constitue même un impératif ",
a souligné Joachim Bitterlich, président du groupe de
travail "Agriculture" en ouverture du débat. Et la question,
"L'agriculture française a-t-elle encore un avenir ?",
adressée par Philippe Manière, directeur de l'Institut
Montaigne à ses invités, ne manquait pas d'audace.
Pourtant il faut admettre que la situation économique, parfois
précaire, des agriculteurs ne porte pas à l'optimisme. Ce phénomène
de "sinistrose", évoqué par Bernard Layre, traduit
bien le malaise des campagnes, leur angoisse face à la concurrence
internationale et leur sentiment d'être asphyxiées par une accumulation
de contraintes et de règlementations. Dans le même temps, la
perte de compétitivité et de rentabilité de l'agriculture française
peut amener notre société à se demander si il existe quelque
moyen pour enrayer cette évolution. Et surtout, si cela en vaut
la peine…
Réagissant aussitôt, Hervé Gaymard a défendu le secteur
agricole, "ce n'est pas ringard !", et rappelé la nécessité
d'avoir une vraie politique agricole en France. "Essentielle
dans notre paysage économique, l'agriculture est une activité
à préserver". Seulement, il apparaît urgent de redonner
des perspectives aux agriculteurs et c'est bien dans ce sens
que le groupe de travail de l'Institut Montaigne a cherché à
avancer. Ce rapport élabore ainsi une série de propositions
pertinentes et susceptibles d'engendrer un avenir plus serein.
Parmi elles, on retiendra l'idée de "redonner un modèle économique
viable à l'agriculture" en passant notamment par une meilleure
gestion des risques, la remise en ordre du secteur de la qualité
(fin de la profusion des labels) et la conquête de nouveaux
débouchés (avec notamment les biocarburants).
Les nouveaux enjeux de l'agriculture
Les invités ont approuvé la volonté du rapport de "redonner
des marges de manoeuvre aux agriculteurs" en leur laissant
le choix des productions et en réduisant l'impact de la bureaucratie.
Concernant la recherche, "facteur-clé du renforcement de
la compétitivité", les intervenants se sont opposés. Yann
Wehrling a certes approuvé le recours à de nouvelles technologies
mais en spécifiant toutefois qu'il fallait "pousser la recherche
dans le sens d'une agriculture faisant davantage confiance à
la nature". Ajoutant qu'"on ne connaissait pas encore
tous les méfaits des OGM sur la santé". Pour Bernard
Layre au contraire, "les nouveaux enjeux stratégiques
de l'agriculture passent par la recherche. Il y a juste besoin
de plus de transparence dans ce domaine".
A l'heure où le dossier agricole fait à nouveau l'objet de tentatives
de négociations dans le cadre de l'OMC, il faut noter le "coup
de gueule" d'Amélie Castera, rapporteur du groupe de
travail, qui "en a marre de voir l'Europe mise en situation
d'accusée à l'OMC !" Pour illustration, elle a souligné que
l'Union absorbait à elle seule "le quart des exportations des
pays en développement et les 3/4 de celles des PMA, contre seulement
12% pour les Etats-Unis". Sans mâcher ses mots, elle a affirmé
que l'Europe devait "changer d'attitude et cesser d'être bernée
par les Etats-Unis". Approuvant ce plaidoyer, Hervé Gaymard
a renchéri : "on ne pose pas les bonnes questions à l'OMC".
La question du prix mondial notamment, qui "n'est pas un prix
d'équilibre économique, écologique ni social", fausse totalement
le débat.
*L'Institut Montaigne est un laboratoire d'idées indépendant
créé fin 2000. www.institutmontaigne.org