Quel accueil pour les étudiants étrangers
en France ?
Un rapport sénatorial d'information consacré à l'accueil
des étudiants étrangers en France déplore "une offre de mobilité
loin d'être optimale" (1). Pourtant, on compte aujourd'hui en
France 250 000 étudiants étrangers, soit une augmentation de
60% depuis 1998. Explications.
Pour les rapporteurs Monique Cerisier ben Guiga (PS -
Français établis hors de France) et Jacques Blanc (UMP-Lozère),
il ne fait aucun doute que la venue d'étudiants étrangers en
France est "un atout décisif pour le rayonnement culturel
international de la France, sa recherche scientifique, ses capacités
d'innovation technologique, le dynamisme de son industrie et
de ses échanges commerciaux internationaux". Aujourd'hui,
avec 250 000 étudiants étrangers, la France, après une relative
période de déclin, a restauré sa capacité d'accueil. Pour autant,
les rapporteurs sont inquiets. "Comme la mobilité étudiante
internationale s'est beaucoup développée au cours de ces vingt
dernières années, la part relative de la France a baissé"
note Monique Cerisier ben Guiga. Selon les statistiques cités
dans le rapport, la France n'accueillerait que 9% des étudiants
faisant leurs études supérieures en dehors de leur pays, ce
qui la place loin derrière les Etats-Unis (30%), le Royaume-Uni
(14%), l'Allemagne (12%) et depuis peu, l'Australie (10%). Une
situation que déplorent les rapporteurs. "L'offre française
de mobilité internationale de mobilité aux étudiants étrangers
est loin d'être optimale" estiment-ils. A cela plusieurs
raisons. La première concerne l'attractivité internationale
de nos universités. Le rapport annuel de l'OCDE place ainsi
la France au 19ème rang sur 26 en matière d'enseignement supérieur.
Or, la notoriété des universités rentre en ligne de compte dans
le choix des étudiants. Une mauvaise place n'incite pas à venir
étudier chez nous. Deuxième point litigieux : la délivrance
des visas. Au cours de leur enquête, les parlementaires ont
pu constater que "le hasard, l'arbitraire et le jeu des influences
parasitaient le processus au détriment des étudiants et de l'image
de notre pays". Mais sur cette question de visas, les avis
divergent. Déjà en novembre 2004, un rapport remis au ministre
de l'Education de l'époque François Fillon fustigeait
la politique de l'Etat en la matière qui "a trop délivré,
sans trop regarder des visas et des cartes de séjour à des étudiants
auxquels il était incapable de garantir de bonnes conditions
d'accueil (…) Certaines universités compensent la baisse des
effectifs nationaux par des recrutements abusifs d'étrangers".
A l'heure actuelle, l'inscription dans une universités française
permet la délivrance par l'ambassade d'un visa d'étudiant qui
ensuite donne droit à un titre de séjour d'une durée d'un an.
Or, dans de nombreux cas, les étudiants étrangers détournent
le système et une fois inscrits sont plus enclins à chercher
un emploi qu'à suivre des cours. Il ne s'agit pourtant pas de
généraliser. Les statistiques montrent que plus de 30% des étudiants
étrangers suivent un enseignement de troisième cycle et ce pourcentage
est en augmentation. Les universités ne sont quant à elles pas
exemptes de toute responsabilité lorsque l'on sait qu'elles
reçoivent une dotation de l'Etat qui est calculée en fonction
du nombre d'étudiants qu'elles accueillent. Inscrire des étudiants
étrangers peut ainsi permettre à certaines de maintenir leur
budget. Ce qui est sous-entendu par cette question de visa,
c'est également le niveau des étudiants et leur pays d'origine.
Selon le rapport du Commissariat au Plan sur "la mobilité
internationale et l'attractivité de la France" paru récemment
(2), sur les 250 000 étudiants étrangers, seuls 40% d'entre
eux parviendraient à obtenir une licence et plus de la moitié
seraient originaires d'Afrique et moins de 16% de l'Union européenne.
Le rapport sénatorial pointe encore du doigt "le parcours
du combattant d'un étudiant étranger souhaitant s'inscrire à
une université française". Informations pas ou peu accessibles,
difficultés pour constituer un dossier, procédures d'admissions
compliquées, problème de reconnaissance des diplômes, délais
de réponse trop longs, attribution des bourses aléatoires… voilà
quelques-uns des obstacles recensés par les rapporteurs. Enfin,
dernier point sur lequel insistent les rapporteurs, les problèmes
rencontrés par les étudiants étrangers lors de leur arrivée
et pendant leur scolarité (logement, mauvais état des bâtiments
universitaires, …). Pour les parlementaires, l'urgence est là.
"Il faut apporter de profonds changements à notre façon d'accueillir
les étudiants étrangers en France" estiment-ils.
Parmi les diverses mesures proposées, les rapporteurs réaffirment
cinq priorités :
- définir par une loi d'orientation les grands
axes de la politique de mobilité internationale au sein de l'université
française et la mettre en oeuvre au niveau interministériel
;
- accueillir un nombre croissant d'étudiants
étrangers et améliorer la qualité de cet accueil en l'adaptant
à leurs besoins spécifiques en contrepartie d'une contribution
financière modulable ;
- former, orienter et sélectionner les étudiants
des pays du Sud avant leur départ et privilégier dans le cadre
d'accords interuniversitaires, la formation des étudiants de
premier cycle dans leur pays d'origine ;
- mutualiser les services de relations internationales
des pôles universitaires ;
- instaurer systématiquement des guichets
uniques d'accueil des étudiants étrangers.
Mais ces mesures, au-delà des universités ne pourront êtres
qu'avec le soutien et l'appui des collectivités territoriales.
Les rapporteurs ajoutant même en conclusion que le renforcement
de la dimension internationale des universités et écoles supérieures
sera pour les territoires "un atout de développement considérable".
Après de multiples hésitations, les sénateurs ont fini par accepter
le principe du report des élections sénatoriales de 2007 à 2008.
Sans ce report, ce sont quatre consultations qui se seraient
tenues entre mars et juin 2007 (cantonales, municipales, présidentielles
et législatives). Aussi, face aux difficultés qui s'annonçaient,
le gouvernement a préféré repousser d'un an les élections locales
et pour éviter que les sénateurs ne soient élus en 2007 par
un collège de grands électeurs issus des élections de 2001,
le report des sénatoriales s'est alors imposé. Pourtant, cela
ne s'est pas fait sans mal. Les sénateurs de la majorité se
seraient bien vu faire campagne sur la base des municipales
de 2001 qui leur avaient été favorables. Pour autant, pour les
sénateurs qui seront renouvelés en 2008, il a été demandé que
leur mandat soit de six ans comme s'ils avaient été élus en
2007. Et par effet domino, les sénateurs élus en 2004 verront
aussi leur mandat prorogé, les uns jusqu'en 2011 au lieu de
2010, les autres jusqu'en 2014 au lieu de 2013.
Nomination
Alain Delcamp qui était directeur général de la communication
du Sénat a été nommé le 11 octobre secrétaire général de la
présidence de la Haute Assemblée. Il remplace Jean-Claude Bécane
atteint par la limite d'âge.
Travail Parlementaire
Le président du Sénat, Christian Poncelet a annoncé lors
de la reprise des travaux parlementaires la création d'un groupe
de travail chargé de faire le "bilan" de la session unique.
Ce groupe composé aussi bien de sénateurs de la majorité que
de l'opposition s'est ainsi vu confier la mission de proposer
des axes de réflexion visant à moderniser les méthodes de travail
du Sénat. Christian Poncelet a par ailleurs demandé au
gouvernement qu'il laisse aux sénateurs "le temps de la réflexion
indispensable pour faire de bonnes lois".