Olivier Dassault, l'homme orchestre
A l'image de son père (Serge) et de son grand-père (Marcel),
Olivier Dassault, 54 ans, est parvenu à se forger un prénom.
Mais l'homme reste encore pour beaucoup une énigme.
Qui est véritablement Olivier Dassault ? Un homme de
son temps ? Assurément. Un idéaliste ? Certainement ? Un créateur
? Complètement. "Multifacette, polyvalent, l'homme sortilège"
comme l'a si judicieusement surnommé le magazine Club Cigare
assure avec élégance et efficacité toutes ses passions. Jugez
plutôt : président de Dassault communication, député de l'Oise,
photographe, pilote professionnel (1), homme d'affaires, patron
de presse, musicien (2)... En fait qui rencontre-t-on vraiment
? Qui se cache réellement derrière cette barbe grisonnante,
ce sourire enjôleur et ces yeux d'un bleu intense et rieurs
? Sans doute un perfectionniste qui aime la vie, qui la prend
comme elle vient, qui aime relever les défis et les gagner.
Mais l'on sent derrière le masque du personnage, la peur de
ne pas complètement se livrer, la crainte de révéler quelques
failles (?) et une certaine pudeur qui confine presque à la
timidité.
Accrocheur
Pourtant le député de la première circonscription de l'Oise,
redécoupée depuis son grand-père, est un battant. "Un accrocheur
et un pugnace" répond-il quand on lui demande ce que l'on ne
sait pas de lui après tous les articles publiés sur son compte.
Il lui en fallut pour reconquérir en 1988 une circonscription
qui quelques semaines auparavant avait voté François Mitterrand
à plus de 60%. "Jacques Chirac m'avait dit
que c'était perdu d'avance, que c'était ingagnable", se
remémore-t-il. Pugnacité encore quand en 2002 il doit affronter,
dans une primaire surprise, Caroline Cayeux son ancienne
suppléante qui avait ravi en 2001 la mairie de Beauvais au PS.
Une histoire maintenant ancienne.
Cette ardeur et une combativité qu'il puise dans le souvenir
de son grandpère lui servent aussi à diriger de nombreuses sociétés
: Président du conseil de surveillance du groupe de presse Valmonde
(Spectacle du Monde, Valeurs actuelles, etc.) et du conseil
de surveillance du Journal des Finances, il est aussi administrateur
de la Socpresse. Le voilà bien armé pour reprendre un jour,
les rênes du groupe Dassault. Cependant, cette perspective ne
le hante pas, tant il donne l'impression de savoir se détacher
des contingences matérielles, de prendre de la hauteur par rapport
aux événements. "Le vrai pouvoir c'est d'avoir des partenaires
fiables et c'est aussi de ne pas avoir de pouvoir pour pouvoir
faire ce que l'on a envie de faire".
"Le député n'a qu'une voix"
Reste qu'un conseil d'administration n'est pas une assemblée
parlementaire. Le co-fondateur de Génération entreprises avec
Jean-Michel Fourgous (UMP, Yvelines) avoue éprouver quelques
difficultés à faire avancer les dossiers qui lui tiennent le
plus à coeur à l'image des fondations et de la réforme du scrutin.
"Le député n'a qu'une voix", noyée parmi les autres explique-t-il.
Sa proposition de loi sur l'instauration d'une journée des fondations,
comme il existe des journées du patrimoine, a été poussée par
Bernard Accoyer et votée à l'unanimité (2). Transmise
au Sénat, "il suffirait d'une deuxième lecture pour qu'elle
soit définitivement adoptée. Mais j'ai du mal à faire trouver
un créneau au Sénat, et j'ai l'impression que le ministre de
la Culture n'est plus aussi favorable à cette proposition qu'il
l'était auparavant", regrette-t-il avec une pointe d'agacement.
De même, il ne comprend pas pourquoi sa proposition (n°2072)
tendant à réformer les modes de scrutins ne trouve pas d'écho,
surtout après la débâcle de 2004 qui a vu la gauche rafler 24
régions sur 26 à la faveur de triangulaires. "Il suffit simplement
de reproduire le modèle de la présidentielle. Dans un scrutin
uninominal seuls les deux premiers s'affrontent au second tour.
Dans un scrutin de liste, la moitié des sièges est proportionnellement
répartie en fonction des scores du premier tour et des deux
listes en concurrence pour le second tour, la première arrivée
en tête emporte la totalité des sièges restants. Avec les sièges
obtenus au premier tour, elle dispose d'une majorité", explique-t-il,
fort du soutien de nombreux co-signataires : Christian Estrosi,
Christian Vanneste, Roland Blum et Jean-Marc Roubaud...
"Nous aurions pu obtenir des résultats plus équilibrés, c'est-à-dire
sauver 10 régions. Car nous en avons perdu beaucoup pour seulement
sept ou huit voix au premier tour qui ont permis au Front national
de se maintenir au second", ajoute-t-il. Le politique a vite
repris le pas sur le compositeur l'aviateur et sur le patron.
Mais au fond de lui, Olivier Dassault n'a pas changé de peau.
Il reste l'hommeorchestre qu'il a toujours voulu être. Tout
en harmonie et en équilibre.
(1) Il est le seul pilote au monde à être qualifié sur l'ensemble
de la gamme Falcon.
(2) Il a composé de nombreux hymnes, imaginé l'identité de nombreuses
collectivités (mairies, conseils régionaux ou généraux, l'Assemblée
nationale, Parc Vulcania) ou sociétés (Caisse d'Epargne, Daimler
- Benz, Hédiard, Galeries Lafayettes, …). Sa dernière oeuvre
: l'hymne de La Grande Odyssée une course de traîneaux à chiens
du plus haut niveau mondial organisée selon une idée originale
de Nicolas Vanier,
(3) Proposition de loi n°1651, déposée le 8 juin 2004, adoptée
le 16 juin 2005. Seuls les communistes se sont abstenus.