La Bulgarie sera au centre du débat
européen
Par Radoslav Totchev, Chargé d'études, Direction du Trésor et
des politiques économiques, Ministère de l'Economie, des Finances
et de l'Industrie en France
Pays proche et méconnu à la fois, la Bulgarie n'est pas vraiment
au coeur du débat européen. Les clichés traditionnels mis de
coté, son nom est relativement peu évocateur d'actualité. Pourtant,
dans les semaines à venir, la ratification de son traité d'adhésion
à l'Union Européenne sera à l'ordre du jour des parlementaires
français. Si le pays n'a pas fait partie de la "première vague"
d'élargissement de 2004, c'est que la transition bulgare a été
plus longue et plus douloureuse qu'ailleurs. C'est seulement
en 1997 et au prix d'un véritable crash économique que Sofia
a emprunté la voie des réformes et le chemin menant à l'Union
Européenne et à l'OTAN.
Huit ans après, la situation est bien différente: en moyenne
le PIB a cru depuis lors de plus de 5% par an pour revenir,
enfin, à son niveau de 1990. La stabilité financière est remarquable
- digne, presque, des critères draconiens du Pacte de Stabilité
dans sa " première version ". Avec la mise en place du currency
board en 1997 et la parité fixe du change lev-euro, l'inflation
apparaît maîtrisée. Conséquence immédiate, les excédents budgétaires
ont permis la diminution continue de la pression fiscale de
moitié mais aussi la part relative de la dette, divisée par
trois. Les grandes privatisations sont presque achevées est
la part du secteur privé est désormais plus importante que dans
certains anciens membres de l'Union Européenne. Les investissements
étrangers affluent massivement - la Bulgarie étant devenu en
2004 la première destination des capitaux de la région. Concernant
les craintes de délocalisation : notons seulement que dans le
cadre de la modernisation de son armée, la Bulgarie a décidé,
récemment, de s'équiper chez des constructeurs tricolores pour
plus d'un milliard d'euros. Une somme colossale pour la Bulgarie,
il s'agit aussi là pour la France du maintien et la création
de milliers d'emplois.
Sur le plan géopolitique, la Bulgarie a constitué un facteur
de stabilité et de paix dans une région qui en manque chroniquement.
Le pays a aujourd'hui d'excellentes relations avec tous ses
voisins - fait unique dans son histoire et rare dans l'histoire
des Balkans. Autre fait rare, par les temps qui courent, le
"modèle ethnique bulgare": à savoir l'intégration politique
et économique réussie des minorités turque et musulmane. Enfin,
pour couronner ces efforts, la Bulgarie a été admise le premier
avril 2004 comme membre de plein droit à l'Alliance atlantique.
Toute la classe politique, au-delà des clivages traditionnels,
a soutenu cette adhésion. Il faut y voir un signe de l'évolution
des mentalités: dix ans plus tôt un tel résultat aurait été
difficilement imaginable.
Difficilement imaginable aussi, le compromis trouvé à l'issue
des élections législatives de juin dernier. Sans vainqueur incontestable,
la situation paraissait pourtant bloquée. Finalement, au bout
de deux mois de crise politique, les libéraux du gouvernement
sortant se sont ralliés aux socialistes arrivés en tête du scrutin.
Si les gouvernements à Sofia se succèdent donc, les priorités
restent. Le seul objectif de cette alliance fragile : assurer
l'adhésion de la Bulgarie à l'Union européenne en 2007.
La partie n'est pourtant pas gagnée d'avance: les difficultés
sont encore nombreuses. Outre le niveau de vie qui est parmi
les plus faibles en Europe, la corruption reste, encore et hélas
trop présente. La faiblesse de l'administration et tout particulièrement
du système judiciaire crée un sentiment d'impunité qui fragilise
les fondements même de la démocratie. Signe inquiétant, l'apparition
pour la première fois aux dernières élections d'un mouvement
populiste et xénophobe. Autre véritable fléau, la démographie
du pays est déclinante avec comme triste record le plus faible
taux de natalité en Europe.
Les Bulgares sont conscients de leurs handicaps .Au point même
que chaque éternuement de Bruxelles, de Paris ou de Berlin est
ressenti comme un vrai séisme à Sofia. Les rapports annuels
de la Commission sur l'avancement de l'intégration bulgare sont
de vrais épais de Damoclès pour toute la classe politique.
C'est bien pour cela que les Bulgares mettent toute leur énergie
à avancer et combler leur retard. La Bulgarie avance et poursuit
plus déterminée que jamais vers ce qu'elle a toujours été, européenne.
Le pays a déjà gagné la confiance des ses partenaires et amis.
La France est aux premiers rangs dans la coopération technique
et administrative. Si les entreprises françaises sont encore
hésitantes, les perspectives désormais plus claires et le renouveau
de la francophonie dans le pays devraient accroître leur motivation.
L'Histoire a rendu les Bulgares peu optimistes de nature. La
Bulgarie, membre de l'Union Européenne? Ils osent encore à peine
y croire et pourtant les négociations avec l'Union se sont déjà
terminées et le traité d'adhésion signé. Finalement, la Bulgarie
sera au centre du débat européen. Du moins pendant quelques
heures, à l'Assemblée Nationale et au Sénat, lors de la ratification
de son traité d'adhésion à l'Union Européenne. En attendant
peut-être son heure de gloire, le premier janvier 2007, à minuit…