Un entretien avec le Général Robert Bresse, Directeur du
Musée de l'Armée
Pour célébrer le centenaire du Musée de l'Armée, une exposition
intitulée "Un dernier regard en arrière avant transformation"
propose au public un parcours chronologique qui va de la création
des premiers cabinets d'armes sous l'Ancien Régime, dont le
musée de l'armée est l'héritier jusqu'au projet ATHENA. La majeure
partie de cette rétrospective se base sur des documents iconographiques
inédits ainsi que sur la présentation d'objets insolites et
méconnus*.
Quel est votre regard sur ces cent années écoulées ?
Pour moi, l'évolution du musée s'est faite en 3 étapes. La première
période est celle de l'affirmation, de 1905 à la Seconde Guerre
mondiale. Rappelons que le musée de l'Armée est née de la fusion
de deux établissements déjà présents aux Invalides : le musée
de l'Artillerie créé en 1796 et le musée historique de l'armée,
nouvellement fondé en 1896. Il n'a pas été facile de réunir
ces deux musées très différents, à la fois par leurs collections
et dans leur identité respective. L'un était un conservatoire
des techniques, l'autre un musée à la gloire des armées nationales
né dans l'élan patriotique de revanche contre l'Allemagne, après
la défaite de 1870. Les échanges épistolaires virulents entre
le gouverneur militaire de Paris et le gouverneur des Invalides
sont à ce titre plutôt édifiants ! Je qualifierai la seconde
période d'endormissement, une phase où le musée de l'Armée ralentit
ces activités. Après la période très difficile de l'occupation,
même si les acquisitions continuent et de nouvelles salles s'aménagent,
le musée vit dans l'indifférence quasi-totale de sa tutelle,
le ministère des Armées de l'époque, sollicité par les guerres
de décolonisation et la guerre froide.
A partir des années 1990, succède une période de normalisation,
qui s'opère au niveau de la gestion financière, de l'organisation
interne, et surtout avec la prise en compte de la spécificité
de ses activités par la tutelle. Je dirais que cette phase coïncide
avec la nomination de Jacques Pérot, conservateur général du
patrimoine et directeur du musée de 1992 à 1998.
Tournons-nous vers l'avenir. Où en est-on du programme de modernisation
ATHENA ?
Nous achevons actuellement la tranche II d'ATHENA (l'aile Occident
de la cour d'honneur). En décembre 2005, le musée ouvrira au
public les nouveaux espaces consacrées aux collections d'armes
anciennes et d'armures, qui représentent la 3ème collection
au monde. Après plus de deux ans de travaux, ces salles auront
l'avantage de proposer une muséographie plus pédagogique, plus
moderne.
A l'été 2006, nous inaugurerons 2 étages consacrés à la période
1871- 1939, en cohérence avec le parcours sur la Seconde Guerre
mondiale ouvert en juin 2000, créant alors un grand département
des deux guerres mondiales au sein du musée.
Parallèlement, nous avons commencé à fermer des salles de l'aile
Orient, pour les livrer aux architectes en avril 2006. Cette
3ème phase d'ATHENA porte sur le réaménagement du département
moderne - de Louis XIV à Napoléon III. La réouverture est prévue
fin 2007. Nous savons en revanche que l'inaccessibilité des
collections napoléoniennes peut frustrer nombre de nos visiteurs.
Il est donc prévu de présenter temporairement une sélection
de grands objets napoléoniens sous le Dôme des Invalides, à
partir du début 2006.
La rénovation du musée entraîne la fermeture d'un grand nombre
de salles dont la plus emblématique, celle des trophées et emblèmes.
Que vont devenir tous ces drapeaux ?
Les travaux d'ATHENA vont enfin permettre aux collections d'emblèmes
de bénéficier de conditions de stockage et de conservation qui
vont les préserver des outrages du temps. Par ailleurs, une
salle consacrée à l'explication de l'emblématique sera aménagée
dans les nouveaux espaces. Elle s'appuiera essentiellement sur
des reproductions et sur l'image afin d'éviter des problèmes
de conservation que ne manquent pas de présenter principalement
les soies et les dorures des emblèmes.
* "Un dernier regard en arrière avant transformation" -
Du 28 octobre au 15 janvier 2006 - Hôtel national des Invalides.
Ne manquez pas non plus la programmation cinématographique ainsi
que le concert du centenaire le jeudi 8 décembre. En savoir
plus : www.invalides.org