"Il n'y a pas aujourd'hui de vrai budget
de l'Elysée"
Un entretien avec René Dosière, député
de l'Aisne
Pourquoi cette enquête ?
La toile de fond c'est ma préoccupation de parlementaire de
contrôler l'usage des fonds publics et d'en assurer leur transparence.
De là, en juillet 2001, je me suis intéressé au budget de l'Elysée.
J'ai pu constater qu'il évoluait dans des proportions assez
particulières et ce depuis 1995. Il y avait là une anomalie.
Quelle a été la réaction de l'Elysée ?
La première réaction date d'octobre 2001. A l'époque Arnaud
Montebourg s'était saisi de mes conclusions et avait déposé
un amendement médiatique sur le sujet. L'Elysée avait alors
justifié l'augmentation par une restructuration de son budget.
En 2002, même réponse de l'Elysée. Aussi, à partir de là, en
utilisant toutes les procédures qu'un parlementaire a à sa disposition,
j'ai multiplié les questions écrites aux ministères, et j'ai
fini par obtenir des réponses qui m'ont permis d'en faire une
synthèse aujourd'hui.
Mais à ce jour, je n'ai toujours pas eu de réaction directe
de l'Elysée. Jamais personne au nom de l'Elysée ne m'a approché
directement ou indirectement.
Et du côté du Parlement ?
Du côté des socialistes, après un temps d'hésitation, on est
plutôt satisfait de ma démarche. A droite, par contre je ressens
une certaine gêne.
Votre enquête tombe plutôt bien.
A point nommé pourrait-on dire. Il se trouve qu'avec la Lolf,
nous avons modifié les procédures budgétaires. Et dans le cadre
de la Lolf, on ne peut pas aujourd'hui, lorsque l'on vote le
budget de l'Elysée, accepter qu'il ne s'agisse, dans les faits
que d'un tiers de son budget, le reste étant réparti entre différents
ministères. La Lolf devrait conduire logiquement à ce que toutes
ces sommes soient regroupées dans une rubrique unique au niveau
de l'Elysée et soustraites des budgets des ministères concernés.
Vous pointez également du doigt la rémunération du président.
Quel est le problème ?
Il n'y a pas aujourd'hui de vrai budget de l'Elysée, il n'y
a pas non plus de transparence sur le sujet. En allant plus
loin dans mon enquête, j'ai pu constater que le président fixait
lui-même sa propre rémunération. Voilà une chose étonnante.
Il est à ce jour le seul responsable politique à faire ainsi.
A partir d'un tel fait, se pose la question du statut du président.
Où est la personne publique où est la personne privée ? Tout
cela devrait conduire à une réflexion sur le statut financier
du président et de la présidence. Aujourd'hui on a un peu l'impression
que cela fonctionne comme une liste civile, liste qui est d'ailleurs
huit fois supérieure à celle de la Reine d'Angleterre.
Quelles vont être les suites ?
Je vais continuer à poser des questions au gouvernement même
si j'ai encore parfois du mal à obtenir des réponses. Mais dans
le cadre de la Lolf, on sera bien obligé de modifier les choses.
Toutefois la bataille d'amendements ne se fera pas cette année
mais plutôt l'année prochaine. Laissons la nouvelle procédure
budgétaire se mettre en place et après on verra.