L'Europe de la défense, moteur de
l'Europe politique
La 3ème Université d'été de la Défense s'est tenue à Colmar
début septembre* sur le thème de "l'air européen". L'occasion
pour les politiques, industriels et militaires de confronter
leurs points de vue. Un événement auquel La Revue Parlementaire
s'était associée.
L'Europe de la défense a été au cœur des discussions et surtout
des préoccupations des plus de 200 universitaires réunis à Colmar
à l'initiative du président de la Commission de la défense et
des forces armées à l'Assemblée nationale, Guy Teissier.
Au nombre des invités, venus débattre du devenir de l'Europe
de la défense, on dénombrait plusieurs présidents ou membres
de commissions de défense de l'Union européenne (Italie, Espagne,
Portugal, Finlande, Belgique, Russie) mais également Nick
Witney, le directeur de l'agence européenne de défense (AED).
Aujourd'hui, l'Europe de la défense doit faire face à de nombreux
défis tels que le terrorisme qui n'épargne pas l'Europe et le
rejet traité constitutionnel qui devait marquer une nouvelle
étape dans la mise en place d'une défense européenne. Pour Guy
Teissier il est plus que temps de réagir. Il appelle à un sursaut
politique. "Si il y a une volonté politique, il y aura des
financements" explique-t-il. Le député poursuit "et aussi
paradoxal que cela puisse paraître, je suis convaincu que c'est
le domaine de la défense qui jouera le rôle de moteur indispensable
à la reprise du processus européen".
Dans cette perspective, lors des dernières universités d'été
de la défense en 2004, Guy Teissier avait donné mission à deux
parlementaires de recenser les freins susceptibles de ralentir
la construction d'une Europe de la défense forte et autonome.
Après avoir sillonné l'Europe, auditionné un grand nombre d'experts,
les parlementaires Jean Michel et Jérôme Rivière
en sont arrivés à la conclusion que la constitution de grands
ensembles industriels européens en matière de défense se heurtaient
à deux obstacles majeurs : d'une part, l'absence d'un marché
unique européen des équipements de défense, les marchés européens
constituant autant de marchés fragmentés régis chacun par des
règles propres et d'autre part, l'exclusion des marchés de défense
du champ d'application des règles communautaires en matière
de concurrence. En dépit de la volonté de chacun des Etats de
l'UE de conserver certaines prérogatives, pour les députés cela
ne doit pas empêcher l'aboutissement d'un marché unique de l'armement
en Europe. "Le contexte actuel n'autorise plus la dispersion
des industries européennes de défense ou les compétitions stériles.
Notre objectif doit être au contraire un effort partagé, valorisant
nos domaines d'excellence, garantissant notre autonomie stratégique,
permettant de faire face aux géants économiques qui se profilent
à l'horizon des dix prochaines années" enchaîne Michèle
Alliot-Marie avant d'ajouter : "Je souhaite l'émergence
d'un véritable marché européen de l'armement". Mais long
et difficile est encore le chemin d'une industrie de la défense
européenne. "L'avenir de la base industrielle et technologique
de défense en Europe est un sujet de grande inquiétude"
regrette Nick Witney, le directeur de l'AED. Mieux encore,
les divergences européennes s'étalent au grand jour. Le président
de la Commission de la défense Belge, Philippe Monfils,
devant la presse, s'est étonné que certains puissent "faire
de grandes déclarations sur l'Europe et se précipiter pour acheter
des JSF ou des F16" (les avions de chasse américains) désignant
sans les nommer les Danois les Italiens et les Polonais. Outre-manche,
on ne voit pas les choses de la même manière. "Je ne suis
pas pour la préférence européenne. Je suis pour acheter le meilleur
équipement possible au meilleur prix possible". James
Arbuthnot, le président de la commission de la défense au
Parlement britannique est clair. A aucun moment, il n'envisage
d'exclure les Américains du jeu. Réaction cinglante d'un industriel
"Jamais les Anglais n'ont été européens. Ils sont Américains".
Au ministère de la défense on temporise tout en mettant en avant
l'Agence européenne de la Défense. "L'exemple du Neuron (drone
de combat) montre que l'on sait travailler ensemble. En confiant
le projet du drone Male à l'Agence, je souhaite poursuivre cette
dynamique" a expliqué Michèle Alliot-Marie espérant ainsi
désamorcer certaines craintes. Rien n'est moins sûr.
* Organisée par la Commission de la Défense et des forces armées
de l'Assemblée Nationale et le CEIS.
"Pour un travail parlementaire audacieux et rénové"
"Les parlementaires sont plus allants que les politiques". Pour
Guy Teissier, il ne fait aucun doute que sans le travail
de fond accompli par les députés et sénateurs, l'Europe de la
défense en serait encore au point mort. Pour autant, il n'est
pas question de s'endormir sur ses lauriers. Plusieurs propositions
"fortes" ont ainsi été présentées. Le président de la Commission
de la défense souhaite nommer à la rentrée un député référent
par continent ou grand pays qui "aura pour tâche de suivre
tous les rapprochements stratégiques en cours et à venir, mais
qui pourra aussi être plus impliqué dans les programmes de l'industrie
de défense française et européenne". Pour Guy Teissier,
il s'agit de développer une diplomatie parlementaire plus efficace
au moment où chaque pays de l'UE est appelé à contribuer à la
mise en oeuvre de la stratégie de défense européenne.
Face à la montée du terrorisme, il est apparu que les problèmes
de défense et de sécurité étaient étroitement liés. Guy Teissier
propose alors "une modification du périmètre de compétence
de la Commission de la Défense nationale et des forces armées
aux questions de sécurité". S'agissant du contrôle des achats
et des exportations d'armement, pour le député des Bouches-du-Rhône
"les parlementaires auraient grand intérêt à être mieux associés
à ces questions". Des propositions allant dans ce sens devraient
être prises à la rentrée a-t-il annoncé.
Enfin, puisqu'il ne peut y avoir de diplomatie parlementaire
engagée sans proposition concrète, Guy Teissier propose d'associer
plus souvent aux débats de la Commission, le directeur de l'Agence
européenne de défense, "dont le rôle central et pionnier
peut nous permettre, au Parlement, d'éclairer un certain nombre
de problématiques cruciales".