Chercheurs contre faucheurs : comment sortir
de l'impasse ?
Par Jean-Yves Le Déaut, Député de Meurthe-et-Moselle, Président
de la Mission d'Information sur les OGM
Il n'y a pas de réponse simpliste à la question : "Etes-vous
pour ou contre les OGM ?". La transgénèse est une technique,
elle doit être jugée à l'aune des applications proposées. Pour
preuve, personne ne remet plus en cause aujourd'hui des OGM
permettant de fabriquer de l'insuline ou des vaccins.
Dans le domaine des plantes, le bénéfice des OGM apparaît moins
évident puisque les principales applications sont de limiter
les pertes des récoltes alors que l'Europe gère des excédents.
Cette question ne se pose pas dans les mêmes termes en Inde
ou en Chine. Mais de quel droit peut-on décréter d'un coup de
faucille qu'une nouvelle technologie n'a aucun intérêt pour
le monde entier ? Des multinationales se sont appropriées la
propriété des technologies de l'information, est-ce une raison
pour jeter son ordinateur ?
La conférence des citoyens en 1998 et la mission d'information
parlementaire en 2005 ont fait preuve de sagesse et proposé
l'examen des dossiers au cas par cas et l'évaluation entre les
bénéfices et les risques.
Nous proposions une pause sur les expérimentations en 2005,
jusqu'à ce que le Parlement ait voté une loi fondatrice sur
les biotechnologies. Nous n'avons malheureusement pas été entendus.
Le Gouvernement a autorisé de nouveaux essais qui n'étaient
pas tous nécessaires. "Des semenciers malins" ont cru qu'ils
pouvaient banaliser ce dossier en incitant des agriculteurs
à planter 1 000 hectares de maïs OGM, autorisés depuis…. 1998,
c'est-à-dire avant le moratoire européen. Ces "mises en cultures
confidentielles" ont contribué à attiser les braises. L'actuelle
loi a certes été respectée, mais pas l'esprit de la future loi.
Nous nous retrouvons à la case départ, comme il y a près de
dix ans.
Les faucheurs ont dans le même temps, sans discernement, détruit
des essais qui avaient pour but de contribuer à concilier agriculture
et environnement, en permettant à des plantes de consommer moins
d'eau. Nous paierons sans doute un jour notre immobilisme, car
la France aura non seulement perdu son potentiel d'innovation
en agriculture, mais également sa capacité d'expertise internationale.
Comme hier, des pseudos écologistes radicaux qui avaient focalisé
leur combat sur les déchets nucléaires veulent, aujourd'hui,
mettre en exergue les OGM pour dénoncer l'agriculture intensive.
Ceux-ci sont devenus les boucs émissaires, responsables de tous
nos maux, "victimes expiatoires" des déboires écologiques des
pays riches.
L'élaboration d'une véritable échelle des risques sur les dangers
écologiques de la planète devrait nous permettre de ne pas dépenser
autant d'énergie dans des débats subsidiaires. Pour sortir de
l'impasse, il faudra, lors du vote de la loi sur les biotechnologies,
fixer des règles transparentes qui garantissent aux citoyens
le droit de savoir et de choisir, car "la controverse augmente
l'incertitude, et l'incertitude la controverse".