Jérôme Chartier - Le choix
du changement
Le député de la 7ème circonscription du Val d'Oise qui vient
de publier un ouvrage sur la modernisation de la vie politique
réclame ardemment un sursaut institutionnel pour redonner confiance
aux Français.
Début septembre. Terrasse d'un café proche du Palais-Bourbon.
Jérôme Chartier tout sourire est plongé dans la lecture
d'un grand quotidien qui relate les événements politiques et
querelles de pouvoir du moment. Mais en bon politique, Jérôme
Chartier sait garder plusieurs fers au feu. Un côté Sarkozy,
un autre côté Chirac. Non pas qu'il ne veuille pas choisir entre
les deux. Il est simplement loyal envers les institutions et
ceux qui les représentent, d'abord envers le Chef de l'Etat
à qui il reconnaît "un droit à être malade" et à qui
il souhaite un "prompt" rétablissement. Ensuite envers Nicolas
Sarkozy à qui il prédit un grand avenir. Ce membre du club
de la Boussole (1) ne trouverait d'ailleurs pas illogique que
le premier tour des futures élections présidentielles voit se
présenter plusieurs candidats de son parti politique. "L'UMP
n'est pas un bloc monolithique. Le temps où l'on était le doigt
sur le couture est bien révolu, Dieu merci".
"Grand soir"
Le député du Val d'Oise serait-il un franc-tireur loyal ? Difficile
de vraiment cerner le personnage qui n'a (presque) que la réforme
des institutions en tête. Son grand chantier : la modernisation
de la vie politique dont il anime le groupe d'études éponyme
à l'Assemblée nationale et qui a présenté le 21 avril 2004,
quinze propositions autour de six grands thèmes (2). Le livre
qu'il a publié le 21 septembre (3) et qui étoffe ces propositions
pourra servir "à celui qui veut bien les reprendre à son
compte". Peu importe que ce soit Jacques Chirac, Nicolas
Sarkozy ou Dominique de Villepin. Ce Vade-mecum politique
ne vise pas à changer le régime, mais à le rendre plus lisible
et plus efficace. En effet, les conditions d'une VIème république
ne sont pas réunies. Il faut généralement une rupture (comme
la Seconde Guerre mondiale) ou une prise de conscience collective
(comme la crise algérienne de 1958), bref un "grand soir", dit-il,
pour le susciter et l'entreprendre. "En plus, les Français ne
sont pas prêts", tranche-t-il.
Pacte républicain
Tout juste le jeune député-maire de Domont (14 000 habitants)
qui fêtera ses 39 ans en novembre, devenu secrétaire départemental
du RPR à 30 ans, souhaite-t-il préparer le terrain d'un aggiornamento
institutionnel "parce que les politiques n'osent pas s'occuper
des institutions, de peur de ne pas mesurer l'impact de leurs
décisions". "Or le pacte républicain procède des institutions".
Et pour avoir changé une dizaine de fois de mode d'élections
en vingt ans, les Français se sentent aujourd'hui perdus, déboussolés
"Demandez à un élu de vous expliquer le fonctionnement des
élections régionales", explique-t-il égratignant au passage
les réformes entreprises qui finalement ne mènent à rien : Le
quinquennat : "Ça n'a pas modifié la cote d'amour". Les
élections européennes : "Vous croyez vraiment que les grandes
régions ont rapproché les eurodéputés de leurs électeurs ?".
Faut-il voir dans ce fringant élu, découvert par François
Fillon ("Je n'oublie pas ceux qui m'ont aidé", affirme-t-il)
et par ailleurs féru de voile et de tennis, un Arnaud Montebourg
de l'UMP ? "Pourquoi pas, mais sans les excès", juge-t-il.
Prolongement naturel
Avec le recul, comment explique-t-il qu'il soit devenu député
? Quel est le sens de son engagement ? Rendre service, être
utile", répond-il avec simplicité et une réelle sincérité. L'empreinte
familiale joue à fond : du scoutisme à partir de sept ans, bénévole
de la Croix-Rouge à 14, un père directeur de publication de
la Vie catholique, une mère chercheuse en pharmacie qui consacre
sa vie à l'alphabétisation des gens du voyage, … "Je me suis
préparé à l'action publique et à l'intérêt général. Mes mandats
électoraux ne sont que le prolongement naturel de ma vie",
souligne-t-il. Ce qui explique pourquoi, il se soit retrouvé
propulsé à la tête du Forum pour la gestion de villes, organisme
de formation pour les cadres territoriaux et les élus locaux.
La suite logique devrait le conduire plus loin, plus haut. Vers
un ministère ? Gageons qu'il s'y prépare déjà.
(1) Créé en octobre 2002 par le juppéiste Eric Woerth ce
club réunit des élus " résolument engagés dans le soutien à
l'action du président de la République et du gouvernement "
(2) Le GEMVP regroupe 102 députés de toutes tendances politiques.
Les six axes de ces 15 propositions de 2004 étaient : rendre
le fonctionnement des institutions plus lisible, investir le
Parlement dans sa mission de contrôle, placer la communication
au coeur de l'action politique, donner tout son sens au comportement
électoral, confier à l'Etat l'essentiel de la prise en charge
du coût de la vie politique et enfin rapprocher l'élu du citoyen.
(3) Le lifting de Marianne - 50 propositions - Editions L'Archipel
- 238 pages - 17,95 euros.