La sécurité énergétique
au coeur des débats Face à la menace d'un troisième choc pétrolier, la Fondation
pour la Recherche Stratégique (FRS) a consacré une journée d'études
aux problèmes du secteur énergétique.*
Le bloc de l'Ouest contre le bloc de l'Est, le Nord riche contre
le Sud pauvre… Aujourd'hui c'est un nouveau clivage géopolitique
et géostratégique qui voit le jour. A l'origine de ce nouveau
distinguo : le pétrole qui coupe le monde en deux camps : les
pays exportateurs et les pays importateurs. Les premiers encaissent
sans sourciller près de 2 milliards de dollars par jour obtenus
grâce à la flambée des prix de l'or noir tandis que les autres
font et refont leurs calculs. L'argent des hydrocarbures représentant
parfois jusqu'à 90% des ressources budgétaires des "Etats encaisseurs".
Mais ce sont les pays importateurs qui ont tout naturellement
plus de raisons de se sentir vulnérables devant les aléas du
jeu pétrolier. Surtout face à la nouvelle crise qui bat son
plein aujourd'hui et qui est estimée comme "durable" par les
experts.
Les origines de cette crise sont nombreuses mais la première
d'entre elles est sans conteste la demande croissante des pays
industrialisés et émergents en hydrocarbures. Ainsi, la Chine
par son développement économique intensif est devenue le 3ème
importateur de pétrole dans le monde. Et même si le gouvernement
chinois aimerait mener une politique nationaliste d'autosuffisance
énergétique, comme le souligne Thierry Kellner, chercheur
à l'Université libre de Bruxelles, "40% de la consommation
pétrolière chinoise est satisfaite par les importations".
Mais ont également été montrés du doigt les pays gros consommateurs
de pétrole comme les Etats-Unis. Sa consommation pétrolière
représente 25% de la consommation mondiale. Une consommation
qui peut s'expliquer, certes par les spécificités climatiques
et géographiques du pays, mais aussi par leur mode de vie, "dont
la remise en question est impensable pour les Américains" affirme
Christophe-Alexandre Paillard, Administrateur civil au
ministère de la Défense.
Le flux pétrolier n'est pas près de se tarir
Et la production ? Contrairement aux alarmes émises par des
experts depuis deux décennies, le flux pétrolier n'est pas prés
de se tarir. Selon le Secrétaire général de l'Observatoire de
l'énergie au ministère de l'Economie, Richard Lavergne,
"aujourd'hui 50% de l'énergie provient de sources qui n'étaient
pas accessibles en 1973". La hausse des prix rend aujourd'hui
rentables des gisements qui ne l'étaient pas auparavant. Le
recours aux nouvelles technologies et aux sociétés de service
occidentales permet enfin l'entrée sur les marchés énergétiques
de nouveaux acteurs comme la Russie ou le Vénézuela. Alors,
si le problème n'est pas seulement dans l'extraction du pétrole
et du gaz, c'est leur acheminement qui devient problématique
en étant parfois au coeur de rivalités entre les pays. Un élément
qui joue un rôle significatif dans l'établissement des prix
de vente. S'y rajoute le problème de l'insuffisance des raffineries
dans les pays consommateurs. Du même coup apparaît un manque
de produits raffinés beaucoup plus important que celui de produits
bruts.
Comment remédier à la situation ? Richard Lavergne croit voir
une solution dans la maîtrise des énergies renouvelables, leur
diversification ou encore dans la coopération internationale
à long terme. Dunia Chalabi, Directeur de programme à
l'Agence internationale de l'énergie, le rejoint sur ce dernier
point. Pour elle, "la clef de la réussite en matière de sécurité
énergétique mondiale serait dans le dialogue entre les pays
producteurs et les pays consommateurs" qui se traduiraient
par des actions conjointes des gouvernements, des réunions d'experts
des pays impliqués et des échanges de données stratégiques.
* " Sécurité énergétique : vers de nouveaux rapports de
force ? " - 12 septembre 2005.