Le Plan Emploi
Dominique de Villepin entend faire de la lutte contre le chômage
sa priorité. Réactions.
Eric Besson
Député de la Drôme, Secrétaire national du Parti Socialiste
à l'économie, à l'emploi et aux Entreprises
Le discours de politique générale du Premier ministre a déjà
fait une victime : la croissance. Alors que celle-ci décélère
et se caractérise par une faiblesse en emploi inédite, le Premier
ministre s'est abstenu d'annoncer une quelconque mesure en faveur
de la croissance. Cette impasse sur le principal levier de création
d'emplois et de richesses est une faute qui coûtera bien cher
à notre économie. La seconde victime, c'est le bilan du gouvernement
Raffarin. Ce dernier fait l'objet d'un réquisitoire sans faille
:
- Croissance en berne : 1,5% en 2005 ;
- Chômage en hausse : 230.000 chômeurs supplémentaires en trois
ans ;
- Emploi en baisse : 60.000 emplois détruits en trois ans;
- Déficits colossaux : -3,7% du PIB en 2004 (après 4,2% en 2003
et -3,1% en 2002);
- Dette abyssale : 65,8% du PIB (contre 59,0% en 2002).
Malgré son talent pour le maniement de la rhétorique, le Premier
ministre ne peut se dédouaner de l'échec des gouvernements auxquels
il a appartenu, et peut encore moins s'exonérer des choix qui
furent les siens.
Pour ma part, je retire deux leçons de ce discours. La première,
c'est la continuité affichée par Dominique de Villepin
en termes de politique économique et sociale. Il fait lui aussi
le choix de la rigueur en annonçant que les efforts en faveur
de l'emploi se feront à budget constant, ce qui contredit la
notion même d'effort ou de politique de relance. Les mêmes causes
produisant les mêmes effets, il y a donc fort à craindre ses
annonces en faveur de l'emploi se soldent aussi par un échec.
La seconde, c'est son positionnement libéral. En effet, les
mesures qu'il propose, souvent inspirées par les recommandations
du MEDEF (suppression des cotisations des employeurs sur le
SMIC, période d'essai de deux ans, non-prise en compte des embauches
de salariés de moins de 25 ans dans le calcul des seuils sociaux,…),
comprennent principalement de nouveaux reculs sociaux, notamment
en droit du travail.
Finalement, son message politique est bien proche de celui du
rapport Camdessus : la flexibilité pour tous et tout de suite.
On est bien loin modèle danois, qui repose justement sur un
équilibre entre les sécurités accordées aux salariés et la mise
en place d'un marché du travail plus flexible.
Les Français ne sont pas dupes. Ils savent bien qu'ils auront
pas la protection suédoise avec la fiscalité britannique. Pour
les socialistes, la lutte contre le chômage ne passe pas par
l'adoption d'une "mesure phare" mais par le retour à un cocktail
composé de croissance forte, d'un soutien à la consommation
populaire, d'un appui à la création d'entreprises et une politique
active de l'emploi. Pour réussir, il faudra, comme en Suède,
mettre en place simultanément une vraie sécurité dans le travail,
une grande liberté de choix donnée aux salariés dans un contexte
de flexibilité accrue, un haut niveau d'imposition, une réforme
audacieuse de l'Etat et un réel partage du coût du chômage.
Olivier Dassault
Député de l'Oise (UMP)
"Je veux fixer les repères, tracer la voie, remettre la France
en marche". C'est par ces mots, martelés sur les forges
de l'audace que le Premier ministre a détaillé son dispositif
d'urgence pour lutter contre le chômage.
C'est un plan de bataille, pour cent jours, qui s'articulera
autour de mesures concrètes. Au-delà de ces mesures, certaines
annonces appellent sans doutes quelques commentaires, y compris
sur la méthode de gouvernement retenue par Dominique de Villepin.
En premier lieu, comment ne pas se réjouir de voir enfin l'entreprise
considérée comme un vecteur de croissance et d'emploi et comme
l'un des centres de la vie économique. Les entrepreneurs, qui
sont avant tout des hommes et des femmes qui prennent et assument
le risque de porter un projet collectif, doivent considérer
que cette prise en compte de leur rôle est un pas significatif
vers le renouveau des relations qui doit avoir lieu entre l'entreprise
et la puissance publique pour donner à la France les chances
qu'elle mérite et renforcer l'attractivité de notre territoire.
Le ministre des Finances, Thierry Breton, qui est l'incarnation
du lien possible entre ces deux sphères, ne s'y est pas trompé
puisque c'est la confiance qui est au coeur du projet de loi
qui est actuellement débattu.
L'annonce des 500 000 apprentis d'ici cinq ans et des 100 000
postes de formation en alternance dans la fonction publique,
en sont un signe encourageant.
Le Premier ministre a aussi demandé l'application des dispositifs
existant pour sanctionner les "abus" de chômeurs en recherche
d'emploi. Cette impartialité est l'un des gages nécessaires
aux efforts supplémentaires, ou même aux sacrifices, que peuvent
consentir l'ensemble des acteurs économiques.
Bien sûr, pour être efficaces ces mesures techniques devront
être les prolégomènes d'une politique novatrice fondée sur la
responsabilité et la liberté. Il est temps de rompre avec les
idées toutes faites et d'essayer toutes les solutions en faveur
de la croissance, qui seule crée de l'emploi.
Un mot sur la méthode, enfin. Le recours aux ordonnances, qui
permettent au gouvernement d'agir directement grâce à l'habilitation
qui leur est donnée par le Parlement, a suscité des réactions
diverses dans les couloirs de l'Assemblée nationale et du Sénat.
De manière compréhensible, un certain nombre de mes collègues
s'émeuvent de voir ainsi réduit le rôle du Parlement. Pourtant,
nous nous sommes trop souvent alanguis, depuis 2002, dans les
affres de la procédure devant les deux chambres. Il est désormais
temps de réagir, avec les exigences de qualité que l'on est
en droit d'attendre de l'Etat, mais aussi avec l'efficacité
nécessaire aux réformes.
Le Premier ministre sera taxé d'audacieux ? Tant mieux. La France
en a besoin.