L'industrie aéronautique sur un air
de reprise
La 46ème édition du Salon du Bourget vient de fermer ses portes.
Le bilan est positif. Affluence record et carnets de commandes
en hausse. Des retombées pour l'ensemble du secteur.
"Un très, très grand Bourget" s'est félicité Charles
Edelstenne, président du Groupement des Industries françaises
aéronautiques et spatiales (Gifas) et organisateur du salon.
Après une précédente édition, en 2003, placée sous le signe
de la morosité, cette édition aura été celle de la reprise.
Ce succès s'explique par différents facteurs, notamment la reprise
du secteur aéronautique, le retour des Américains qui avaient
boudé la précédente édition et la présence de nouveaux appareils
dont le très attendu Airbus géant A380. Le public n'a d'ailleurs
pas boudé son plaisir. Ils ont été plus de 480 000 visiteurs
à s'être déplacés au Bourget.
Clou du spectacle mais pas visible dans les airs ou du moins
pas encore, le duel entre les frères ennemis Airbus et Boeing.
Au final, les deux constructeurs ont annoncé pour 48 milliards
de dollars de commandes, 33,5 milliards de dollars avec 280
commandes ou engagements d'achat pour l'européen contre 15,19
milliards avec 146 commandes pour Boeing. Airbus a ainsi enregistré
5 commandes pour son A380 ainsi que 95 pour son projet de moyen
porteur (250 places) A350 dont le lancement pourrait être annoncé
en septembre. Un avion qui viendrait concurrencer le 787 de
Boeing. Mais Airbus a aussi pu ajouter à son carnet de commande
138 A320. Au palmarès, Airbus est donc sorti en tête et entend
bien rester devant son concurrent en termes de livraison et
de commandes en 2005. "Nous aurons 51% du marché cette année"
a assuré son directeur commercial John Leavy. Mais le
constructeur américain n'a pas dit son dernier mot et entend
bien redevenir numéro un mondial de l'aéronautique civile en
nombre de commandes cette année.
L'aéronautique est un secteur économique porteur pour l'industrie
euro-péenne. Le Premier ministre Dominique de Villepin
qui s'est rendu au salon le dernier jour a d'ailleurs réaffirmé
que "l'industrie aéronautique et spatiale est un moteur essentiel
de l'économie française. En 2004, elle a créé 5000 emplois de
haute qualification et animée une filière de recherche et de
développement de pointe, dans laquelle elle investit plus de
4 milliards d'euros chaque année". En France on dénombre
près de 250 entreprises travaillant dans le secteur qui emploient
près de 130 000 salariés. Le chiffre d'affaire du secteur est
estimé à 30 milliards d'euros par an, dont 75% est réalisé à
l'export. Dominique de Villepin a souhaité aussi rappeler
le rôle des PME dans la conception aéronautique. "Elles forment
un tissu de grande qualité dont la capacité à répondre rapidement
aux évolutions technologiques et aux exigences économiques est
essentielle". Le Premier ministre a pris soin de rajouter
que "la relation entre les grands groupes et les PME doit
être fondée sur la confiance, la stabilité et la complémentarité".
Pour Dominique de Villepin, l'aéronautique est une "volonté
commune", le "fer de lance d'un esprit de conquête européen".
Le chef de gouvernement poursuit "avions, hélicoptères, drones
et fusées (...) illustrent le meilleur de notre ambition industrielle
française, capable de conjuguer un héritage ancien et les technologies
les plus avancées". Cette ambition est, d'ailleurs, "créatrice
d'emploi", a-t-il ajouté Un dynamisme que l'on retrouve
avec l'A380 fleuron de l'industrie européenne mais aussi dans
le domaine spatial la performance d'Ariane 5 et du satellite
de surveillance militaire Hélios 2. Ou encore l'exploit réalisé
par la société franco-allemande Eurocopter qui a vu l'un de
ses appareils se poser sur le toit du monde, l'Everest. Mais
pour autant, le ciel n'est pas forcément sans nuage. Ainsi,
Airbus et Boeing se livrent une guerre commerciale sans merci
sur fond de subventions, la recherche européenne est réduite
à sa portion congrue, les budgets militaires sont relativement
faibles, la hausse du prix du baril et la baisse du dollar sont
autant de points noirs. Enfin, l'absence de grands programmes
fédérateurs tant dans le domaine aéronautique, militaire que
spatial handicape le secteur. Après avoir entendu les professionnels,
le Premier ministre a voulu rappeler que "plus de 13 milliards
d'euros ont été consacrés à l'ensemble du secteur, sous forme
de commandes militaires". Par ailleurs, ayant défini un
contrat d'objectifs et de moyens avec le CNES, le Centre national
d'Etudes spatiales bénéficiera "chaque année de 685 millions
d'euros pour la période 2005-2010" a indiqué Dominique
de Villepin. Le gouvernement s'est fixé comme objectif de
"défendre des projets aéronautiques ambitieux comme l'A380
et de garantir l'indépendance de la France et de l'Europe dans
des secteurs stratégiques comme celui des lanceurs ou de la
radionavigation par satellite". Selon le Premier ministre,
il est indispensable "de développer la politique industrielle
en associant plus étroitement industrie, recherche et innovation".
Il propose deux pistes de travail : la coopération et la mise
en réseau de tous les acteurs, tels que les grands groupes internationaux,
les PME, les établissements de recherche publics et privés et
la mise à disposition de nouveaux moyens de financement pour
les entreprises qui le souhaitent. Sonnant comme un avertissement,
le chef du Gouvernement a évoqué la "concurrence mondiale
de plus en plus exigeante" qui implique une nécessité de
"faire des efforts pour garder un temps d'avance".