Bernard Carayon, Député stratège
A 47 ans, Bernard Carayon s'affiche comme "le" spécialiste de
l'intelligence économique. Mais le député de la quatrième circonscription
du Tarn qui a le patriotisme économique chevillé au corps, possède
d'autres atouts.
Bernard Carayon est tombé dans la marmite politique dès
son plus jeune âge. "Les débats étaient l'axe principal des
conversations familiales. Mon père qui était inspecteur général
de l'Administration, au ministère de l'Intérieur avait une haute
estime du service de l'Etat et une bonne connaissance de son
fonctionnement. Il était aussi passionné par l'histoire des
idées politiques", explique-t-il. Faut-il alors s'étonner
que le fils suive les traces paternelles ? Après ses humanités
à Assas, il rejoint Sciences Po d'où il sort diplômé. Puis,
un DEA de Sciences politiques et un DESS de Défense en poche,
il poursuit son ascension par l'entrée dans le cabinet de Jacques
Chirac, à la mairie de Paris. Il travaille alors avec son
second mentor, Robert Pandraud, qu'il accompagnera quand
ce dernier deviendra ministre délégué chargé de la Sécurité.
Nous sommes en 1986. Bernard Carayon n'a que 29 ans.
Place Beauvau, il lutte contre le trafic des stupéfiants, contre
l'immigration clandestine et planche sur la création du service
national dans la police. "Nous l'avons mis sur pied en quatre
mois, un véritable tour de force", s'enorgueillit-il, renforçant
un peu plus une image d'homme de droite.
Fondation d'entreprises
D'ailleurs, la gauche ne le lui pardonne pas, lui renvoyant
souvent à la face son passé estudiantin et ses actions viriles
sinon musclées au sein du GUD (Groupe Union Défense). Il ne
semble pas être en odeur de sainteté auprès de ses collègues
parlementaires tarnais, Paul Quilès et Thierry Carcenac,
qui n'ont pas souhaité se prononcer sur "ce personnage",
nous ont-ils fait savoir. Bernard Carayon revendique
clairement "son héritage gaulliste" et "sans complexe"
son positionnement "à droite". L'un de passe-temps favoris de
ce lieutenant colonel de réserve ayant à son actif 150 sauts
en parachute, n'est-il pas de collectionner les livres anciens,
ceux des années 1880 à 1950 ? Parmi ses perles rares, on retrouve
des éditions originales de Barrès, Péguy, Bernanos.... Et s'il
parvient à entraîner dans ses chutes libres sa femme et ses
enfants, c'est pour mieux développer l'esprit de corps, exalter
ses convictions, ses valeurs que sont "la solidarité et la liberté"
et aussi développer l'esprit de camaraderie. Bernard Carayon
pense d'ailleurs qu'au Palais-Bourbon "on peut se faire de
vrais copains, compter sur des personnes sûres". A cet égard
il nourrit beaucoup d'estime pour le député socialiste d'Ille-et-Vilaine,
Jean-Michel Boucheron avec lequel il a créé une fondation
d'entreprises, baptisée Promotheus. Dotée d'un budget d'environ
280 000 euros, elle rassemble une dizaine d'entreprises d'Areva
à Dassault, en passant par Sanofi et Sagem, mobilise des experts
bénévoles de tous les horizons (Pierre Cabannes, François Ewald,
Jean-Paul Fitoussi...) et réfléchit sur les grands enjeux de
la mondialisation.
Simplicité
Ce qui prouve que ce jeune parlementaire, élu pour la première
fois en 1993 à 36 ans, sait rassembler au-delà de son propre
camp. Pour preuve encore, son élection en 1995 à la mairie de
Lavaur, conquise de justesse avec 50,5% des suffrages contre
le maire socialiste sortant Pierre Lozar. Ses électeurs
lui accordent leur confiance puisqu'ils l'ont réélu en 2001,
sans coup férir, avec plus de 55% des voix. Il met ainsi en
pratique la maxime d'Albert Thibaudet* qu'il cite volontiers
: "La politique c'est avant tout des idées, un ancrage territorial
et l'action". Les idées sont connues. L'ancrage territorial
est réel puisqu'il est député d'une circonscription dont l'épicentre
se trouve être son village natal. Pour ce qui est de l'action
locale, il pense ne pas ménager ses efforts : "Je me suis
battu pour installer des entreprises. J'ai réussi ces dix dernières
années, à faire venir 1100 emplois industriels, à améliorer
les réseaux de communications...", plaide-t-il. "Bernard
Carayon n'est animé d'aucun esprit de notabilité, de m'as-tu-vuisme.
Tout le monde chez lui, en toute simplicité : des professeurs
de collège, de lycée, des agriculteurs, des banquiers... Il
n'y a aucune convenance. Le plus c'est qu'en allant à la mairie
de Lavaur, sa garde rapprochée ne m'a jamais considéré comme
le parisien de service", témoigne Christian Harbulot,
directeur de l'Ecole de guerre économique.
Chef d'orchestre
Le député, ancien auditeur de l'Institut des hautes études sur
la sécurité intérieure (IHESI), rêve à une France compétitive,
forte et rayonnante. D'où son combat pour faire reconnaître
l'intelligence économique, "une politique publique adaptée
aux marchés stratégiques". "C'est la première fois qu'un parlementaire
offre à l'Etat une doctrine, et définit une méthode de travail
profitant autant aux entreprises qu'aux pouvoirs publics",
remarque-t-il. Depuis la remise de son rapport au Premier ministre
Jean-Pierre Raffarin, en septembre 2003, il a procédé
à plus de 250 interventions dans toute la France sur ce sujet
: devant le corps préfectoral, le corps diplomatique français,
à l'ENA, ou face à des étudiants et bien sûr, dans son fief
de Lavaur. "Environ 150 personnes se sont déplacées",
raconte Christian Harbulot. "Ce qui m'a marqué c'est
la moyenne d'âge, environ 50 ans, et l'attention de l'assistance.
L'auditoire était en attente devant un réel problème : comment
relancer l'économie du pays dans une compétition de plus en
plus rude ? ", ajoute-t-il. S'il n'avait pas fait de politique,
il aurait été pilote de course ("j'adore les bolides") ou bien
chef d'orchestre, comme Jacques Attali l'est à ses heures.
Son compositeur préféré ? Jean-Sébastien Bach : "Un
homme éminemment moderne, car il a inspiré une quantité de musiciens,
notamment les jazzmen". Son plus grand frisson ? "Avoir
joué le 4ème concerto, un des plus beaux, un régal pour tout
flûtiste". Ce qui prouve qu'il n'y a pas que la politique
dans la vie.