Le 6 juin, une conférence à la Fondation pour la Recherche
Stratégique débattait des menaces de conflits qui sourdent en
Asie, dont l'Europe se désintéresse dangereusement.
"A partir de 2020, la Chine sera l'économie la plus grande.
L'Inde viendra ensuite. On souhaite que ces économies soient
plus ouvertes. Mais l'interdépendance économique n'est pas une
garantie de sécurité", a introduit Angus Lapsley,
conseiller de l'Ambassade du Royaume-Uni pour les affaires stratégiques.
L'interdépendance est nécessaire mais pas suffisante, au vu
du contexte international qui a produit la Première guerre mondiale.
Si le thème de la puissance chinoise n'a pas fait son entrée
dans la politique interne anglaise, le Conseiller de l'Ambassade
du Royaume-Uni ne manquait pas d'analyser les menaces asiatiques
: "La première est celle des conflits chauds, entre la Chine
et Taïwan, l'Inde et le Pakistan. La deuxième est la menace
d'un pays tombant dans le chaos, le Pakistan ou la Corée du
Nord. La troisième est celle de tensions fortes, sans conflits
chauds".
Prolifération
C'est de l'Asie aujourd'hui que dépend la stabilité mondiale.
Le terrorisme est présent dans le sud-est (Bali) et au Pakistan,
même si ce dernier maintient son calme. La région reste la plus
active dans le domaine de la prolifération, avec l'inquiétante
Corée du Nord et l'incertaine Iran. Camille Grand, conseiller
technique pour les affaires internationales au cabinet du ministère
de la Défense, rappelait que "la quasi-totalité des hypothèses
de guerre et de l'utilisation nucléaire sont asiatiques. La
Corée du Nord a brisé le tabou du respect du TNP. Ne briseront-ils
pas le tabou du non emploi de l'arme nucléaire ?" Bien que
la Chine ait amorcé un dialogue pour entrer dans le cercle de
la contre prolifération, elle et "l'Inde sont en train de
se doter de capacités militaires pour protéger leurs intérêts
énergétiques" précisait Angus Lapsley. Camille
Grand le confirmait : "les livraisons de matériel de
guerre ont cru de 50% en Asie Orientale depuis le début des
années 1980".
Conflits régionaux
Le continent compte les conflits larvés les plus explosifs.
D'après Angus Lapsley, "le Pakistan pose de graves
questions quant à son avenir et à sa stabilité. Les relations
entre le président Moucharaf et le Premier ministre Singh vont
dans un sens positif. Mais l'Inde est-elle suffisamment consciente
du problème du Cachemire ?" Quant à l'autre foyer de crise
potentiel, la Corée du Nord, la Chine veut éviter l'affrontement
avec elle. Mais reste très ferme à l'encontre d'éventuels essais
nucléaires. Elle souhaite surtout poursuivre les quatre points
de sa politique étrangère, à savoir "la continuation du miracle
économique, la réunification avec Taiwan, le leadership régional
et la continuité politique".
L'Europe doit prendre langue avec l'Asie
Les Européens n'entretiennent pas de relations autres qu'économiques
avec l'Asie. Or, en l'absence d'une OTAN asiatique, d'une Asie
véritablement représentée dans les institutions multilatérales,
de réelles mesures de confiance entre les Etats de la région,
et devant une Chine réticente à évoquer ces questions devant
le Conseil de sécurité, il convient de créer un véritable forum
multilatéral. Mais les Européens ne participent pas aux "Six-Party
Talks", ce dialogue à 6 nations (Etats-Unis, Chine, Japon,
Russie et les deux Corée) cherchant à convaincre la Corée du
Nord d'abandonner son programme nucléaire. Le jour où celle-ci
fera un pas de plus vers la provocation nucléaire, les puissances
devront interroger les autres pays d'Asie sur leurs options
dans ce domaine. D'où la nécessité de mener en Europe une révolution
culturelle de dialogue vers l'Asie. Certes, il ne sera pas du
ressort de l'UE d'apporter de la "hard security", mais
de faire valoir des modèles d'intégration. Le rapprochement
politique franco-allemand pouvant servir d'exemple à la méfiance
constante entre Japon et Chine, quand l'Euratom pourrait inspirer
un modèle visant à unir la région sur la question des besoins
énergétiques, peut-être.