Coup de froid sur l'Europe
Le Conseil européen des 16 et 17 juin derniers a tenté de relancer
la machine européenne. Elargissement, budget, l'échec est retentissant.
"Il n'y a pas de plan B mais il y a un plan D pour dialogue
et débat" a expliqué à l'issue d'une première journée houleuse
à Bruxelles, Jean-Claude Juncker, le président en exercice
du Conseil européen. Un débat qui allait au fil des heures très
vite tourner court. Au coeur des discussions entre chefs d'Etats
et de gouvernements européens, la question de la poursuite ou
non de la ratification du traité constitutionnel. En dépit d'un
vote franc et massif en France et aux Pays-Bas contre le projet
de traité constitutionnel, le Conseil européen a eu du mal à
tourner la page. "La constitution donne la bonne réponse
aux nombreuses questions que les Européens se posent" a
par ailleurs affirmé Jean-Claude Juncker. "Les non
étaient dirigés contre l'Europe qu'on a plutôt que l'Europe
que l'on proposait" a même affirmé le président du Parlement
européen, Josep Borrel. Après plus de six heures d'âpres
discussions, les chefs d'Etats et de gouvernements ont fini
par décider de poursuivre le processus de ratification en y
apportant toutefois quelques aménagements. Le compromis présenté
par la présidence luxembourgeoise permet à chaque pays de choisir
librement son calendrier. Aucune échéance n'est fixée. Sautant
sur l'occasion, le Danemark, l'Irlande, la République tchèque
et le Portugal ont déjà fait savoir qu'ils repoussaient leur
propre référendum. La Pologne après avoir hésitée reporte son
référendum, le Luxembourg, après un temps de réflexion a décidé
de poursuivre le processus. Les vingt-cinq ont d'ores et déjà
prévu de se retrouver au premier semestre 2006 sous la présidence
autrichienne pour décider de la marche à suivre. Car plusieurs
questions restent en suspend. Comme celle de savoir s'il faudra
faire revoter les pays qui ont rejeté la constitution européenne.
Giscard d'Estaing y avait en son temps songé. La réponse
n'a pas tardé. Il n'en est pas question ni pour les Français,
ni pour les Pays-Bas. "En France, quand une décision a été
prise par le peuple directement on voit mal au nom de quoi on
demanderait au peuple de revoter" explique-t-on dans l'entourage
du président Chirac. Même son de cloche pour le Premier ministre
néerlandais Jan Peter Balkenende : "un non est un
non. Il n'y aura pas de second référendum". Autre point
d'achoppement, la question de l'élargissement. Enfin, sur budget
de l'UE pour les années 2007-2013, les vingt-cinq ont dû reconnaître
leur impossibilité à s'entendre. A Bruxelles, on parle même
de crise "grave" et "historique". "On touche le fond"
se sont alors exclamés plusieurs diplomates européens. Refusant
de revenir sur le "rabais" consentis aux britanniques en 1984,
Tony Blair est présenté comme le principal acteur de
cet échec. Jacques Chirac, n'est pas non plus exonéré
de toute responsabilité. En refusant de faire des concessions
sur la PAC, le président français a provoqué l'irritation britannique.
L'affrontement entre les deux hommes a pris le pas sur le débat
et a provoqué cette situation de blocage. Nombreux sont ceux
à penser que l'issue de la crise dépendra surtout de la capacité
de Tony Blair et Jacques Chirac à dépasser les clivages personnels.
"Il faudra ensemble, mais je dis ensemble à 25, définir ce
que peut être l'Europe de demain… Tous ensemble et pas sur la
volonté de quelques-uns" a averti Catherine Colonna,
la ministre aux Affaires européennes, à la veille de la présidence
britannique. De son côté, le secrétaire au Foreign Office Jack
Straw a reconnu que la crise que traverse l'Europe est "la
pire qu'il ait connu mais qu'elle pouvait être salutaire, à
condition de la transformer en catharsis de laquelle de meilleures
choses sortiront". Graham Watson, le président anglais
des eurodéputés centristes et libéraux à quant à lui souligné
"la responsabilité incombant désormais à la future prési-dence
britannique de l'UE de forger un nouveau consensus qui fasse
avancer l'Europe". Six mois qui promettent d'être longs
et difficiles (voir article de The House Magazine page 15).